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par des gens obscurs et inconnus. En effet, si quelques commis manquent d'égards pour des personnes considérées, les chefs de la Finance s'empressent de désavouer leurs subalternes et de donner satisfaction : et c'est précisément par ces égards pour les Grands, que la Finance a eu l'art d'assujettir à un despotisme sans bornes et sans frein tous les hommes sans protection. Or, la classe des hommes sans protection est certainement la plus nombreuse dans votre royaume ; et ceux qui ne paraissent protégés par personne, sont ceux qui ont plus de droit à la protection immédiate de Votre Majesté. »

Le chevalier de Goudar résumait l'opinion générale : « Parce que 40 personnes ont les Fermes de l'État, 400000 ménagers ne peuvent pas subsister; parce que 300 maltôtiers regorgent des choses superflues, trois millions de sujets manquent des choses nécessaires. Toutes les richesses de l'État vont se perdre dans leurs coffres. On compte les Fermiers par le nombre de leurs millions. Il n'y a que ces gens là qui soient opulents ; ils ont chez eux le bien de tout le royaume l. »

1. Testament politique de Louis Mandrin, éd. de 1755, p. 42-43.

Malesherbes disait à Louis XVI, en parlant de ce qu'on nommait alors les « deniers du roi » : « Ces droits sont moins onéreux par les revenus mêmes que le Trésor reçoit du peuple, que par les frais de régie et les gains des fermiers. » En un livre, qui servit de pâture aux nouvellistes et dont Voltaire parle très souvent, un avocat au Parlement, ci-devant employé aux gabelles, par conséquent très compétent en ces matières, Edme-François Darigrand, s'exprime ainsi :

« J'ai sous les yeux un département de quarante pauvres paroisses, dont les produits de tous les droits d'aides ne montent qu'à 15 000 livres. Chaque paroisse a un buraliste, qui reçoit les droits de gros à raison d'un sol pour livre, ce qui fait 250 livres pour eux tous. Ces buralistes comptent à deux commis qui touchent de 2 700 à 800 livres. Voilà donc déjà 3000 livres, ou environ, de distraites des 15000 livres payées par les quarante paroisses. Les commis portent les 12000 livres restantes à la direction. Cette direction fournit

1. [Malesherbes], Remontrances... que présentent au roi... les gens tenons sa Cour des Aides à Paris; Paris, en la Cour des Aides, le tt mai 1775, in-12. — Necker, Compte rendu présenté au ?%oi au mois de janvier 1781 ; Paris, 1782, in-4»r-^- [Darigrand], UAnlû financier, éd. citée. — Fr. Véron de Forbonnais, Recherches et considérations sur les Finances de la France; Liège, 1758, 6 vol. in-12. — P. Boiteau, État de la France en 1789, éd. citée. - H. Taine, L'Ancien régime, éd. diverses.

un bureau général, un directeur, un receveur, un commis de bureau et un contrôleur ambulant. Les émoluments de tous ces employés réunis, avec les frais de bureaux, peuvent se monter à 16000 livres. Mon département en supporte le quart (4000 livres), ce qui réduit à 8000 les 15 000 livres de recettes ; c'est cette somme qui se verse dans la caisse de Paris, où elle supporte, en proportion avec toutes les autres recettes, les frais communs d'une régie fastueuse où tant de protégés sont payés pour ne rien faire, les intérêts des fonds d'avance, les intérêts des cautionnements, et enfin la part proportionnelle des profits des Fermes, article immense ! Tous ces prélèvements faits, il ne reste peut-être pas mille écus à porter dans les coffres du roi1. »

Les vices de cette administration étaient encore aggravés par l'incapacité des employés qui la composaient. « L'un des fermiers généraux m'a dit hier, écrit d'Argenson à la date du 13 mars 1753, que le travail des Fermes générales ne pouvait se soutenir longtemps comme il est, par la mauvaise gestion de cette grande machine. » Cette incapacité éclatait dès les premiers rangs, c'est-à-dire parmi les fermiers généraux eux-mêmes. D'Argenson le constate encore : « Cette compagnie de quarante associés tfa pas six personnes qui travaillent et les autres n'y entendent précisément rien et ne sont bons qu'à recevoir leurs répartitions. »

Turgot s'en plaint à Louis XVI : « Les places de fermiers généraux, qui devraient être accordées aux seules personnes qui pourraient le mieux les remplir, ont été presque toujours données par la faveur. » Mme de Pompadour les distribuait à ses parents ; la du Barry à ses amis. Ce n'étaient qu'intrigues et pots-de-vin *. « Les places

1. L'Anti- financier, p. 81-82 (citation abrégée). t: Lettre du marquis d'Argenson, A. A. È., ms.

France 502, f. 234.

d'adjoints, poursuit Turgot, ont eu le même sort. » Et il en allait de même dans toute cette vaste administration. « La protection, dit Turgot, a rempli les emplois de sujets incapables. »

Diderot demandait à un jeune homme embarrassé de prendre pied dans le monde :

« Savez-vous lire?

— Oui.

— Un peu calculer?

— Oui.

— Et vous voulez être riche ?

— Oui.

— Faites-vous secrétaire d'un fermier général. »

Une fille d'Opéra était receveuse d'un grenier à sel, une autre était entreposeuse de tabac.

Le fardeau que ces impôts devaient faire peser, par leur nature même, sur le commerce et sur l'industrie, était donc encore alourdi par l'inhabileté et par l'avidité de ceux qui en avaient assumé le recouvrement. Le témoignage en est donné par la bouche autorisée du Premier Président de la Cour des Aides ! . En Dauphiné, province qui va nous occuper particulièrement, les négociants signalent la gêne que leur occasionnent, non seulement les droits et les redevances dont on les accable, mais la manière dont la perception en est opérée *. Il était des marchandises qui devaient nécessairement passer par Lyon — qu'elle qu'en fût d'ailleurs la destination, — parce qu'elles étaient assujetties à des droits qui ne pouvaient être perçus que dans cette ville. Pour le transit, il fallait des passeports, non seulement à l'entrée et

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