‹ MandrinChapitre 111 sur 266 · Voltaire, Œuvres, éd. Garnier, XXX · texte numérisé non relu

Voltaire, Œuvres, éd. Garnier, XXX

4. Voltaire à Dupont, 14 janv. 1155, Ferney. Ibid., XXXVIII (1885), 320.

hardiment exécutées, qui ont fait les jeunes et grands généraux de l'époque révolutionnaire, les Hoche et les Marceau. Il avait déjà leurs idées, il avait leur vigueur, il avait leur enthousiasme. Il n'est rien d'être un grand homme : il faut venir à son moment.

C'est encore Voltaire qui parle ; il avait pu étudier nos contrebandiers de près :

« J'ai eu à craindre les sifflets sur les bords de la Seine (Prométhée) et les Mandrins sur les bords du lac Léman. Ils prenaient assez souvent leurs quartiers d'hiver dans une petite ville auprès du château où je suis, et Mandrin vint il y a un mois se faire panser de ses blessures par le plus fameux chirurgien de la contrée. Du temps de Romulus et de Thésée il eût été un 'grand homme; mais de tels héros sont pendus aujourd'hui. Voilà ce que c'est que d'être venu au monde mal à propos : il faut prendre son temps en tout genre1... »

Du moins l'opinion publique ne s'y trompait pas. « Lie peuple aime ce Mandrin à la fureur, écrit Voltaire à son ami Dupont. Il s'intéresse pour celui qui mange les mangeurs de gens*... »

Partout le peuple favorise Mandrin. La constatation en revient, lamentable et naïve, dans la correspondance des intendants et des subdélégués avec les ministres. La valeur du bandit, qui appuyé sur les sentiments populaires, réduit à l'impuissance les représentants de l'autorité8.

1. Lettre à M. de Cideville, 23 ianv. 1755, Prangins, Œuvres, éd. Garnies XXXVIII (1885), 323.

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