Gazette de Hollande, n* 96 (29 nov
6. Montperoux à Rouillé, 13 nov. 1754, A. A. £., ma. Genève, 66, f. 205 v.
avertir le chirurgien de ne plus revenir le panser. C'est, diton, ce qui a fait prendre à Mandrin le parti de quitter Carouge », écrit le résident de France à Genève, en date du 13 novembre. Mandrin alla à Fribourg pour achever de s'y faire guérir1.
Il a déjà été question de cet aubergiste de Carouge. On a des renseignements sur lui par un officier du nom de Marsin, qui parvint à se glisser, comme nous le verrons par la suite, parmi les contrebandiers et les espionna pour le compte du gouvernement français2.
« Je traversai la montagne du Mont Sion, écrit Marsin, et, en arrivant à Carouge, je fus loger au Lion d'Argent, chez le nommé Gauthier, aubergiste. Il refusa d'abord de me loger, mais, lui ayant montré une lettre de Lasnet (marchand, du Pont-de-Beauvoisin, partie de Savoie, ami de Mandrin), il me demanda si j'étais de la bande. Sur quoi, je répondis que je venais pour m'y incorporer, et, dans le moment, je fus le bien venu. » Gauthier, dit encore Marsin, était entière* ment au fait des affaires de Mandrin. « C'est lui qui fait tous les achats d'armes, de munitions de guerre et de marchandises, qui reçoit toutes les lettres dans doubles enveloppes et qui a le secret de tout. »
Il avait une assez grande fortune et prêtait de l'argent aux contrebandiers qui ne disposaient pas des ressources nécessaires pour acheter des chevaux et des armes. Au retour de leurs expéditions, les compagnons le remboursaient avec intérêt. Les comptes s'apuraient régulièrement.
Quand il ne logeait pas chez Gauthier, Mandrin était à
1. Montperoux à Rouillé, 13 nov. 1754. A. A. E.t ms. Genève 66, f. 205.
2. Journal de Marsin. Ce précieux document est conservé aux Archives du Ministère de la guerre, section historique, ms. 3400, n* 147. Il a été publié partiellement par A. Rochas, l'Arrestation de Mandrin et son supplice à Valence, extrait du Journal de Valence, 1889, p. 6-13.
cette époque chez Rochard, aubergiste à Plan-les-Ouattes, paroisse de Saint-Julien, à une demi-lieue de Genève, également sur territoire de Savoie. Il mettait chez lui une partie de son argent en dépôt. Dans une des salles de l'auberge, il avait tout un arsenal de fusils, de gibecières et d'armes diverses1.
Mandrin et ses hommes étaient très bien vus en Savoie. L'ambassadeur français à Turin en écrit au chevalier Ossorio : « La dépense qu'ils font dans les villages et l'exactitude avec laquelle ils paient à haut prix les denrées qu'ils consomment, leur rendent les paysans favorables9. »
Le séjour des contrebandiers à Carouge était devenu une des curiosités du pays. Les touristes ce poussaient jusquelà » afin de les y voir8. Pour se rendre en Suisse, les Mandrins guéaient la rivière d'Arve. Ils la traversaient de nuit, avec précaution. Après avoir fait un quart de lieue sur les terres de l'État de Genève, ils gagnaient le Chablais, passaient le lac, et allaient faire leurs emplettes de tabac à Neufch&tel'.De Genève, on pouvait les apercevoir marchant dans la campagne par files de quatre-vingts à cent hommes, avec des ballots de tabac suisse posés en sautoir sur leurs montures*.
Les baillis, qui commandaient sur les bords du lac Léman, défendaient, il est vrai, aux bateliers de passer les contrebandiers, et aux hôteliers de les loger; mais ils n'exer-
1. Journal de Marsin, éd. A. Rochas, V Arrestation de Mandrin, p. 9; et lettre (2 déc. 1754, Genève) de Mon tpe roux à Rouillé. A, A. E.t ms. Genève 66, f. 236-37.
2. Mémoire du 20 nov. 1754. A. A. E., ms. Turin, 223, n* 340.
3. Gazette de Hollande, n* C1V (27 déc. 1754), correspondance de Chain* béry du 9 décembre.