‹ MandrinChapitre 115 sur 266 · nov. 1754. Ibid, f · texte numérisé non relu

nov. 1754. Ibid, f

Sénat de Savoie s'opposait à leur extradition et, au besoin, les faisait évader1.

Le roi de Sardaigne n'avait d'ailleurs dans tout le pays qu'un unique régiment de dragons; encore, quand il s'agissait de courir sus à des contrebandiers, hésitait- il à le mettre en mouvement2. Dans les estaminets du Pont-de-Beauvoisin, dragons Sardes et Mandrins trinquaient en francs camarades3. Mandrin se montrait partout ouvertement. Le 22 novembre 1754, il fut aux noces d'un des hommes de sa bande qui se célébrèrent publiquement à Yenne, avec fifres, tambourins et violons4. Il venait souvent à Groisy-en-Bornes, où il avait un dépôt de marchandises. Il y était reçu en bienfaiteur du pays. « Les meilleurs mets lui étaient réservés, le meilleur fourrage était pour ses chevaux; chaque maison faisait avec joie des préparatifs pour loger quelqu'un des siens1. »

Et comme Rouillé, ministre des affaires étrangères, s'en plaignait auprès du comte de Sartirane, ambassadeur sarde à la Cour de France, l'Italien répondait finement :

« Je puis assurer à Votre Excellence que le roi, mon maître, a envoyé en Savoie les ordres les plus précis afin que l'on fasse tout son possible pour arrêter ce chef de contrebandiers ; malgré cela, il n'est pas étonnant que Mandrin se montre en Savoie, puisque de temps en temps il fait de semblables apparitions dans les villes de France6. »

Mandrin était aimé des Dauphinois comme il l'était des Savoyards, a Les habitants du Dauphiné, écrit La Morlière, favorisent les contrebandiers. Les gens de naissance eux-

1. Séchelles à Rouillé, 21 nov. 1754. A. A. £., ms. Turin, 223, f. 348.

2. Montperoux à Rouillé, 13 nov, 1754. A. A. É.y ms. Genève 66.

3. Journal de Marsin, éd. Rochas, ï Arrestation de Mandrin, p. 8.

4. Joly de Fleury à Rouillé, 28 nov. 1754, A, A. Ê.t ms. Turin 223, f. 357.

5. Gabriel de Morlillet, Mandrin et Echinard, extr. du Bulletin de VAsso* dation florimontane d'Annecy (1855), p. 1.

6. Rouillé aChauvclin. 7 déc. 1754. A. A. É.t ms. Turin 223, f. 369.

mêmes et ceux qui sont en charge, leur donnent des avis pour les garantir des mesures que les troupes du roi prennent contre eux1. »

Mandrin profitait de son séjour en Suisse et en Savoie pour préciser et pour compléter l'organisation de sa bande. H faisait des recrues auxquelles il donnait 300 livres d'engagement et une solde d'un écu par jour2. Les bénéfices des expéditions étaient régulièrement répartis entre les chefs, c'est-à-dire entre ceux qui partaient avec chevaux, valets et marchandises. Il arrivait parfois qu'un chef engageât dans une expédition des chevaux, des valets et des marchandises, sans y prendre part lui-même. Il n'en touchait pas moins un « dividende», proportionnellement moindre, il est vrai. Enfin il se trouvait des négociants pour placer leurs fonds dans les expéditions contrebandières, qui devenaient, par leur régularité, de véritables opérations commerciales.

N'avait-on pas vu, dès le xvie siècle, les premiers personnages du royaume équiper des vaisseaux pour les corsaires qui faisaient la course sur l'Océan? L'une de ces Compagnies de navigation est signalée en 1541 par l'ambassadeur espagnol. Les armements sont faits en commun par le roi de Navarre, l'amiral de France, le cardinal de Tournon et Mme d'Étampes. Le seul but de cette assemblée d'actionnaires était de dépouiller de leur cargaison les navires battant pavillon d'Espagne, à leur retour du Nouveau Monde. Un siècle plus tard, la fameuse expédition dirigée par Pointis sur Carthagène-des-Indes ne se fit pas dans d'autres conditions. Encore les Mandrins ne se proposaient-ils pas de détrousser les gens, mais uniquement d'écouler leurs marchandises dans les conditions les plus avantageuses au public.

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