Le même au même, 2 déc. 1754. Ibid, f
à le faire entrer dans l'armée autrichienne. Devenir un soldat était le rêve de Mandrin, qui goûta cette proposition et offrit à son interlocuteur tout F argent dont il pourrait avoir besoin pour mener son projet à bonne fin. Georgy demanda trois semaines pour la réponse,» comptant profiter de ce temps pour s'immiscer dans la confiance du contrebandier ».
Cependant Mandrin eût préféré prendre service dans Tannée française. Il fit lire à Georgy une lettre que lui aurait écrite le comte d'Argenson, ministre de la guerre. « Après lui avoir fait voir la fin honteuse qui l'attendait, cette lettre lui promettait sa grâce. » Néanmoins, ajouta Mandrin, je n'ai pas trouvé assez de sécurité dans ces assurances. Il avait raison, c'était un piège qui lui était tendu pour le faire tomber dans un guet-apens.
« J'aime ma patrie, dit-il encore, et je ne crois pas avoir manqué au roi en m'en prenant aux fermiers généraux. »
Puis il lui conta comment les Fermes lui avaient fait perdre 40 000 livres au temps où il avait son entreprise de mulets dans l'armée d'Italie.
« Je serais prêt à quitter le métier que je fais si je pouvais espérer que le roi me fît grâce1. »
Mandrin laissa à Georgy son adresse, à Plan-les-Ouattes.
Quand le comte d'Argenson apprit l'espoir dont le jeune contrebandier s'était bercé, d'obtenir peut-être son pardon, il protesta vivement. Il travaillait dans ce moment avec Bouret d'Érigny à réduire Mandrin par d'autres moyens que la clémence.
La fabuleuse épopée que Mandrin avait tracée en quelques mois, et, plus encore, sa popularité grandissante, commen-
1. Monlperonx à Rouillé, 2 déc. 1754. A. A. £., ms. Genève 66, f. 236-37.
çaient à émouvoir la Cour de France et les fermiers généraux. Le 12 novembre 1754, Louis XV renouvelle ses ordonnances contre les contrebandiers. Bouret d'Érigny se multiplie. Il parcourt les frontières de la Suisse et de la Savoie, se met en rapports avec les officiers qui y sont installés, leur trace une ligne de conduite contre l'ennemi commun. Il correspond avec l'ambassadeur français auprès du roi de Sardaigne *. Il installe au Pont-de-Beauvoisin un contrôleur général des Fermes, qui est en même temps subdélégué de l'intendant du Dauphiné 2, M. Le Roux de la Motte, avec mission d'organiser l'espionnage parmi les contrebandiers et de leur dresser des embûches.
La Morlière est toujours au Pont-de-Beauvoisin, à la tête de ses argoulets. Depuis le 16 octobre 1754, d'Espagnac est installé à Bourg-en-Bresse, muni d'ordres semblables8.
Vis-à-vis des Mandrins, le rôle des argoulets de la Morlière et celui des compagnies placées sous les ordres du baron d'Espagnac devaient avoir un caractère surtout défensif . L'offensive était réservée à un corps d'élite, aux chasseurs de Fischer. Jean-Christian Fischer, d'origine allemande, peut-être alsacienne, était venu comme palefrenier dans la suite du maréchal d'Armentières. Il s'était distingué au siège de Prague, où le maréchal avait remarqué son activité et sa bravoure. De sa propre initiative, Fischer avait commencé d'y former un corps de troupes légères. Le 1er novembre 1743, celui-ci ne constituait encore qu'une compagnie, laquelle s'était progressivement accrue, jusqu'à former huit compagnies d'infanterie et huit de cavalerie. Les chasseurs de Fischer se distinguèrent particulièrement en 1747, au fameux
1. Chauvelîn à Rouillé, 20 nov. 1754. A. A. E„ ms. Turin 223, f. 343.