A. A. E.t ms. Turin 224, f. 186 et
3. Le ministre de la guerre à La Morlière. A. G., ms. 3385, n* 410.
siège de Berg-op-Zoom. Ils comptaient alors quatre cents chasseurs à pied et deux cents à cheval, presque tous alsaciens. Ils avaient la réputation d'être des soldats particulièrement résolus et braves et la conservèrent1. « Je voulais, écrit encore en 1761 le duc de Croy, je voulais avoir les troupes et gens déterminés de Fischer2. » Le service des éclaireurs, la protection des convois, les razzias, coups de main et camisades, les reconnaissances et entreprises aventureuses, tel était leur lot.
Leur uniforme était entièrement vert, du moins pour l'infanterie. La cavalerie conservait la veste verte, mais recouverte d'une pelisse rouge, les culottes rouges, le bonnet noir avec plume et cocarde blanche et la shabraque rouge ornée aux coins de trois poissons jaunes — (allusion au nom de Fischer ; pêcheur). L'équipage du cheval était rouge également avec trois poissons de laine jaune.
C'était un corps franc et le premier corps de chasseurs, c'est-à-dire de troupes légères, qui ait figuré dans l'armée française.
En 1754, Fischer, à la tête de ses chasseurs, avait le rang de lieutenant-colonel. Le baron d'Espagnac lui rendra ce témoignage : « C'est un des officiers les plus intelligents que je connaisse et toujours occupé de ses devoirs. Sa vigilance, son exactitude, les peines infatigables qu'il se donne et une bravoure décidée le rendent digne de tout intérêt8. »
On plaça les « Fischer » à Cuiseaux, petite ville de Bourgogne, sur la route de Bourg à Lons-Ie-Saulnier, et dominant la région. De là, soit que Mandrin rentrât en France
1. H. Ganier, Costumes des régiments... d'Alsace et de la Sarre (Épinal, 1882, in-fol., p. 65-67.
2. Journal du duc de Croy, éd. Grouchy et Paul Cottin, I, 523.
3. Lettre au ministre de la guerre, 29 mars 1755, Bourg. Archives de la Guerre.
par les Rousses et le pays de Gex, soit qu'il y rentrât par le Bugey, il devait être atteint, i l'issue des gorges ou au passage de la Loire. Fischer avait ordre « de poursuivre sans relâche et d'attaquer les contrebandiers partout où il les rencontrerait ».
Le premier soin de Fischer fut d'aller à Genève pour y étudier de près ses futurs adversaires. Il y arriva le 8 décembre 1754 i. Son intention était de s'efforcer d'y gagner les chefs par des promesses de grâce et de récompenses *. Mais on a vu que telles n'étaient pas les idées des fermiers généraux. « Il ne faut pas penser i faire aucun accommodement avec les contrebandiers, écrit le comte d'Ârgenson i d'Espagnac, mais tâcher de se saisir d'un ou de plusieurs de leurs chefs, si il (Fischer) peut les faire tomber (mots rayés, remplacés par attirer) en lieu convenable pour cela *. » Et à Fischer lui-môme : « Vous n'avez d'autre projet à suivre que celui de tâcher d'attirer Mandrin et les autres chefs dans quelque piège où on puisse les saisir. C'est une occasion de vous distinguer, que vous ne devez pas manquer, et, puisqu'il vous semble que Mandrin est si aisé à prendre, je vous invite i déployer tout votre savoir-faire pour le faire tomber dans le panneau que le sieur Georgy a mandé lui avoir tendu 4. »
Fischer repartit de Genève le 10 décembre et retourna à Bourg '.
Le régiment de Montmorin à Belley, celui d'Harcourt en Franche-Comté, et, en Bourgogne, le régiment de Champagne complétaient ce système de défense contre les Mandrins. On
4. Le ministre à Fischer, 16 déc. 1754. A. G., ms. 3386, n« 337.
2. Le ministre à d'Espagnac, 16 nov. 1754. A. G., ms. 3386» n*333.