‹ MandrinChapitre 147 sur 266 · Mémoire du maire de Bourdeau, A. G. ms. 3406, n · texte numérisé non relu

Mémoire du maire de Bourdeau, A. G. ms. 3406, n

2. Mémoire des officiers municipaux de Taulignan, A. G., ms. 3406, n» 157.

peine de la vie, que lui et ses hommes sont soldats du roi, mais qu'il est essentiel qu'ils passent pour des Mandrins. Puis il envoie chercher Jean-Pierre Clergue, échevin royal, qui s'empresse d'accourir :

« Ne vous effrayez pas, mon bonhomme, lui dit le capitaine, nous n'en voulons qu'à la caisse des Fermes. Il s'agit de fournir immédiatement deux hommes et deux chevaux i la brigade de Mandrin, qui loge à la Merluche. »

A ce mot de « Mandrin », l'échevin s'effare. L'officier croit le calmer par des injures et des bourrades, qui ne font que mettre au paroxysme la terreur du malheureux. Enfin l'échevin dit à l'officier qu'il va lui donner satisfaction et il rentre dans la ville dont il s'empresse de faire fermer les portes ; il y fait sonner le tocsin et mettre les bourgeois en armes, « conformément aux instructions de M. le gouverneur de la province ». Il était neuf heures du soir1.

M. de Romme, au pied de l'enceinte close, jurait comme un templier, à la vue des bourgeois debout sur les remparts, impassibles, le mousquet au poing :

« Ouvrez! Ouvrez les portes! », criait M. de Romme; mais les bourgeois ne bougeaient non plus que des statues. Enfin l'officier dut prendre le parti de retourner à La Merluche où il commanda à Pinet de lui servir de guide jusqu'au Puy-Saint-Martin. Pinet, nouveau venu au pays, ne savait pas le chemin.

« Ah ! tu ne sais pas le chemin ! »

Des coups de plat de sabre, des soufflets et des coups de poing semblèrent un bon moyen de le lui enseigner ; cependant que, rempli d'alarme, enfermé dansTaulignan, l'échevin

1. Les officiers municipaux et principaux habitants de Taulignan au comte de Marcicu, 25 avr. 1755. A. G., ms. 3406, n« 126 bis.

LA CHEVAUCHEE DES GENS DU KOI 349

royal écrivait au chevalier de C h abri lion, commandant à Voiron, dans les volontaires de Flandre :

« Nous avons autour de nous quatre-vingts contrebandiers logés autour de Taulignan, à un endroit qu'on appelle la Merluche ; ils prétendent nous brûler dans Taulignan et nous faire marcher à leur tête et nous couper par morceaux. Nous vous prions de donner main forte. Ils comptent passer la nuit ici. J'ai fait partir l'exprès qui vous remettra la présente. Nos portes sont fermées et nous les amusons en attendant du renfort avec impatience.

Signé : « Clergue1. »

Tandis que le capitaine de Romme écrivait de son côté au même chevalier de Chabrillon :

De Taulignan, 9 heures du soir :

« Je suis depuis lundi soir à la poursuite d'une bande qui a passé l'Isère... J'ai demandé ici un guide au consul. Il m'a quitté en me disant qu'il allait me l'envoyer. Le drôle est disparu, est entré dans la ville et s'y est barricadé. Je n'ai point, vous jugez bien, voulu à neuf heures du soir, forcer les portes, ni monter à l'escalade. Je l'attends demain pour savoir la raison de leur folle extravagance.

Signé : « Romme2. »

Le lendemain, de grand matin, l'affaire s'explique. Ce ne sont pas des Mandrins, ce sont les gens du roi. Dès six heures, Téchevin accourt, il se confond en excuses. Combien il est fâché de ne pas avoir fourni immédiatement tout ce que l'on désirait.

« Avancez ici ! » réplique le capitaine.

1. J.-P. Clergue, échevin de Tauligan, au chevalier de Chabrillon, 24 avr. 1755, Taulignan. A. G., ms. 34l'6, n* 126 bis.

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