‹ MandrinChapitre 162 sur 266 · lbid · texte numérisé non relu

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5. Lettre du baron d'Espagnac, 26 mars 1755. A. G., ms. 3406, n* 60.

bravoure reconnue1 ». On les multipliait le long des frontières, où elles étaient postées à tous les passages.

Les gouverneurs des provinces renouvelaient leurs instructions aux officiers municipaux. Comme on savait la sympathie des populations pour les contrebandiers, le ministre de la guerre faisait interdire, dans les provinces frontière, le port des armes à tous ceux qui n'y étaient pas formellement autorisés. Interdiction également, de s'assembler en armes pour les processions, noces, baptêmes, fêtes et autres occasions V

Le comte Jacques-Raymond de l'Hospital avait été envoyé, le 27 janvier 1755, en qualité de maréchal de camp, pour servir spécialement contre les contrebandiers, sous les ordres du comte de Marcieu, en Dauphiné \ comme le baron d'Espagnac servait en Bourgogne et Bresse sous les ordres du comte de Tavanes. En l'absence du comte de Marcieu, il devait avoir le commandement général de la province. Il établit son quartier général à Voiron. Il avait à cette date trente-cinq ans. Dès son arrivée, le comte de l'Hospital déploya le plus grand zèle contre les « bandits ». Il réclamait des exécutions exemplaires et publiques, à la manière de la Cour des Aides de Montauban. a Je pense encore, écrit-il, le 8 avril 1755 au ministre de la guerre, qu'il serait de la plus grande importance de faire exécuter sur la frontière les contrebandiers pris, comme aux Echelles, au Pont-de- Beauvoisin et à Aoste, et de les y laisser exposés bien en vue : ces lieux sont pleins, en deçà et en delà, de contre-

1. Correspondance de Grenoble du 28 février 1755, dans la Gazette de Hollande du 14 mars 1755, n*21.

2. Ordonnance du gouverneur du Dauphiné, 22 mars 1755, Grenoble, placard imprimé adressé aux officiers municipaux de Saint-Etienne-de- SaintrGeoirs. Archivée municipales.

3. Lettre à lui adressée par le ministre de la guerre, 27 janv. 1755. A. G., ma. 3397, n» 177.

bandiers et d'esprits mutins ; la punition ne fait impression aux hommes, qu'autant qu'elle est évidente, et je crois que c'est le moment de la rendre rigoureuse et authentique. Peu d'exemples de cette nature inspireraient beaucoup plus de terreur aux contrevenants et rendraient plus présente l'idée redoutable qu'on doit avoir de la puissance du roi, que les exemples multipliés et ensevelis à Valence1. »

Ce comte de l'Hospital avait pris pour femme la fille atnée de M. de Boullongne, intendant des Finances. Sa bellesœur avait épousé le fils du fermier général Caze. Entré dans une famille de financiers, ce gentilhomme, quoique officier, en avait adopté les idées et les mœurs. Cependant là n'étaient pas les motifs qui l'avaient fait envoyer en service contre les Mandrins en un poste éloigné, sur les frontières ; mais dans les relations de sa femme avec le prince de Soubise, ce général de Cour qui se fera si bien battre à Rosbach : « car l'on donne cette subsistance à M. de l'Hospital, écrit d'Argenson, pour cocuage volontaire, à cause que sa femme est la maîtresse déclarée de M. de Soubise qui a grand crédit ». Le marquis d'Argenson croit devoir ajouter : « Cet emploi est honteux *. »

Le « grand crédit » de M. de Soubise était fondé, comme on sait, sur sa bonne intelligence avec Mme de Pompadour. « Bébé, raconte le duc de Croy, était une jolie petite chienne barbette que M. de Soubise avait donnée à la marquise : c'était un lien d'amitié de plus \ »

M. le comte de l'Hospital va s'associer intimement avec

1. L'Hospital au ministre, 8 avr. 1755, Grenoble. A. G., ms. 3406, n» 86.

2. Mémoires du marquis d'Argenson, à la date du 31 janvier 1755.

3. Journal du duc de Croy, éd. de MM. de Groucby et Paul Cottin, I. 421, note.

La Morlière. L'un et l'autre s'entendront avec le fermier général Bouret d'Érigny ; ils s'assureront la complicité de M. de Fumeron, premier commis au Ministère de la guerre et leurs hauts faits rempliront la fin de ce récit.

Le comte de FHospital, au retour d'une inspection des troupes postées sur les frontières contre les Mandrins, faisait son rapport au ministre :

« J'arrive aujourd'hui, dix-huitième jour de marche de ma tournée, par les bords du Guiers et sur ceux du Rhône... Dans le moment je reçois avis, du bas Dauphiné, qu'il y a des assemblées assez nombreuses de religionnaires (c'est-àdire de protestants) au Buis et à Nyons. Ces fermentations, avec l'esprit et l'appât de contrebande, dont je me suis aperçu, qui règne généralement dans cette province, depuis le noble jusqu'au roturier, exigeaient indispensablement Tordre que vous avez donné pour interdire le port d'armes dans cette province à tous ceux qui n'en ont pas le droit1. »

Depuis 1753, en effet, on signalait des « mouvements » parmi les Réformés du Dauphiné et parmi ceux des Cévennes. La Cour s'en inquiétait, des troupes étaient envoyées dans le pays1. Le retentissement, en 1754, des six campagnes de Mandrin a accru les espérances et l'activité des mécontents. Les voici qui font des assemblées, constituent en secret des dépôts d'armes ; ils guettent l'occasion favorable pour un nouveau soulèvement où les Mandrins leur donneraient la main.

1 . Le comte de l'Hospital au ministre de la guerre, 8 avr. 1755, Grenoble. A. G. t ann. 1755, n» 86.

2. Le gouverneur du Dauphiné au ministre de la guerre, 15 nov. 1753. Fontainebleau. A. G., ms. 3377, n* 52.

On a des renseignements précis sur les complots qui se forment à cette date parmi les religionnaires des Cévennes l, sur les dépôts d'armes qui sont faits secrètement à Pallières, au Vigan, à Molières. Auprès des villages d'Arphy, de Molières et de Bren, on a creusé des souterrains recouverts de gazon, au pied de la montagne. A la tête du mouvement se trouvent sept ministres et huit « proposants », qui sont entrés en correspondance avec les Anglais.

La présence des Mandrins dans le Rouergue, en 1754, met en rumeur les protestants du Languedoc. Bonafons, subdélégué à Lodève, en écrit à l'intendant. Il demande des soldats et ajoute : « Les calvinistes dans les Cévennes, qu'on a appelés Camisards, commencèrent à peu près dans ce goût-là2. »

La situation devient assez grave pour que le maréchal de Richelieu soit envoyé dans le pays en mission spéciale. « Ainsi tout se prépare à la guerre civile, observe le marquis d'Argenson, et voilà que le roi n'emploie plus ses forces que contre ses sujets. » Il ajoute : « Tout s'achemine à une grande révolution, dans la religion ainsi que dans le gouvernement8. »

Il est certain, écrit l'intendant du Languedoc, que les ministres protestants ont pris avantage des succès remportés par les Mandrins pour exposer au peuple que « ces gens-là » se joindraient à eux, les disciplineraient, « peut-être môme ont-ils avancé quelque chose de plus 4 » .

1. Lettres de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et du baron d'Espagnac sur l'interrogatoire subi par Jacques Boyer, fils d'un ministre protestant à Anduze, Archives de t Hérault, C 440 et 441.

2. Le subdélégué de Lodève à l'intendant du Languedoc, 21 juill. 1754. Archives de l'Hérault, G 1978.

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