L Anti-financier, p
4. Annales de Michel Forai, publiées par J. Brun-Durand (Valence, 1879, in-8*), p. 40.
lieutenant-criminel du bailliage de Melun1. Il avait été remplacé, le 3 décembre 1738, par Gaspard Levet, seigneur de Mal aval, conseiller et secrétaire du roi.
Le nombre de condamnations aux supplices les plus atroces que cet homme prononça, pour le compte d'une compagnie financière, fait frémir d'horreur. Aussi bien, c'est le sentiment qu'il répandait parmi ses concitoyens, qui, devant lui, s'écartaient et cessaient de parler. On l'appelait à Valence «c le Torquemada des quarante (les fermiers généraux) ». Et il en était arrivé à en faire trophée. Avec le temps, à mesure qu'il vieillissait, ces supplices qu'il entassait, et parfois pour des motifs futiles, avaient tourné son esprit à un sadisme sanguinaire. « Ce monstre, tourmenté de la goutte, ne pouvant se soutenir, se faisait porter au pied des échafauds, et là, dans un fauteuil, il savourait les tourments et la douleur des misérables qu'il faisait exécuter *. » La nuit, en rêve, il voyait des monceaux d'or, des monceaux de « louis effectifs » où ruisselait du sang.
Bouret d'Érigny et La Morlière pouvaient être rassurés, Mandrin était en bonnes mains.
Avec une courageuse obstination, les Parlements ne cessaient de renouveler leurs remontrances contre ce tribunal monstrueux. Il n'offre aucune garantie, il viole les règles de la justice, il est contraire à la constitution de la province et les effets de la terreur et de l'horreur qu'il répand autour de lui sont affreux. « La dépopulation causée par la Commission de Valence, disent les magistrats de Grenoble, touchera le cœur paternel du roi : il passe dans les pays étrangers un nombre de ses sujets bien plus considérable que
4. Encyclopédie méthodique, section Financez, *• Sur les Finances, p. 32.
celui des malheureux retranchés de la société ou morts dans les supplices, quelque effrayant qu'il soit pour l'humanité ; ainsi se dépeuplent les villages1. »
Du moins ce tribunal d'exception a « rempli sa destination », il a « répondu aux vues intéressées de la Ferme9 », s'il est vrai que le peuple ne cesse de le poursuivre de ses malédictions 8.
« Trente ans écoulés depuis l'établissement de la Commission de Valence, dit en 1764 le parlement du Dauphiné, n'ont pu affaiblir dans l'esprit des peuples les vices de son origine et de sa constitution ; au lieu d'y reconnaître un tribunal légal pour juger les crimes contre les droits du seigneur roi, ils n'y voient que l'organe du fermier général, organe dont l'intérêt est de se rendre nécessaire, en proportion des revenus qui lui sont assignés sur la caisse, et, par conséquent, de grossir et de multiplier les crimes, de trouver des coupables et de cimenter son existence par la perpétuité de ses poursuites. *»
Les « gens du roi » eux-mêmes joignaient leurs protestations à celles des conseillers. M. de Moidieu, procureur général auprès du parlement de Grenoble, écrivait au ministre de la guerre, le 4 mai 1755, au moment où l'on préparait l'arrestation de Mandrin :
« La province et MM. les fermiers généraux doivent trouver une grande différence du temps présent à celui où la