‹ MandrinChapitre 196 sur 266 · Courrier <V Avignon, mai · texte numérisé non relu

Courrier <V Avignon, mai

5. Le gouverneur de Pierre-Encise au ministre de la guerre. A.G., ms. 3406, n«266.

« Toute l'Europe a les yeux fixés sur cet événement (l'arrestation de Mandrin) et sur la manière dont il se terminera. Je suis instruit, par plusieurs lettres de Suisse et d'Italie, de l'éclat qu'a fait cette aventure et je sais que les ministres étrangers, résidant à Turin, en considèrent attentivement le progrès. La punition des coupables ne peut passer pour une réparation, quelque authentique qu'elle soit. On ne peut empocher les indifférents d'imaginer que ces mêmes gens, punis dans un temps avec éclat, peuvent être récompensés dans un autre avec profusion. »

Le chevalier Ossorio n'était pas une bête.

a La seule remise des contrebandiers, poursuivait le ministre italien, peut être une satisfaction évidente, incontestable; c'est la seule manière de prouver que le roi de France ne veut point se prévaloir de la supériorité de sa puissance pour exercer, ou, du moins, pour autoriser des actes de violence contraires au droit des gens1. »

Tout cela était on ne peut mieux dit ; mais on sait le temps que les dépèches mettaient pour parvenir de Turin à Versailles et à Marly, quatre ou cinq jours; cependant que, à Valence, Levet de Malaval ne s'endormait pas.

En France, principalement dans les provinces voisines de la Savoie, le scandale était aussi grand qu'en Suisse et qu'en Italie. La ville de Grenoble est « en rumeur », écrit le capitaine Diturbide à son compère La Morlière*. Le marquis de Saint-Albin, beau-fils du gouverneur du Dauphiné, se répandait en propos violents sur l'expédition de Rochefort, où des officiers français s'étaient conduits

1. Dépêche de Chauvelin, 30 mai 1755, Turin. A. A. E.t ms. Turin 224, f. 398.

2. Diturbide-Larre a La Morlière, 18 mai 1755, le Pont-de-Beau voisin. A. G. ms. 3406, n* 235 bis.

comme des voleurs. La Morlière qui, sur Tordre du ministre de la guerre *, a été se terrer à Grandvaux, écrit à ce dernier pour lui en dire son ennui2. M. de Thoury, président au Parlement de Grenoble, racontait les déprédations dont son château avait souffert, l'argent pris dans le prie-Dieu de la fermière par des officiers du roi, la croix d'or qui lui avait été arrachée du cou et les jarretières qui lui avaient été détachées des genoux à cause des boucles dont elles étaient fermées. La Morlière croyait excuser le capitaine Diturbide en alléguant que la fermière Jeanne était la maîtresse de Mandrin ; car on en arrivait là. Finalement, Mme de Piolenc, femme du Premier Président au Parlement du Dauphiné, mit le beau-frère de La Morlière, M. de Séjent, capitaine de cavalerie dans les volontaires de Flandre, à la porte de chez elle8.

À Paris, l'événement ne fut publié que le 17 mai. Le gouvernement avait fait son possible pour en retarder la nouvelle; mais dès que celle-ci parut au jour, elle éclata. « L'attentat violent, énorme, inouï fait contre la souveraineté de Votre Majesté, écrit l'ambassadeur sarde à Charles- Emmanuel III, fait beaucoup de bruit à Paris, il n'est plus question que de cela4. » Pour calmer l'émotion populaire et la préparer à ce qui allait se passer, on répandit le bruit dans les cafés, dans les promenades, aux Tuileries, au Palais-Royal, au Luxembourg, que la Cour de Turin renonçait à réclamer le contrebandier*. On sait aujourd'hui

1. La Morlière au ministre de la guerre, 24 mai 1755, Grandvaux. A. G.. ms. 3406. n* 262.

2. La Morlière au ministre de la guerre, 23 mai 1744, Grandvaux. A. G., ms. 3406, n°26J.

3. Diturbide-Larre à La Morlière, 18 mai 1755, le Pont-de-Beau voisin. A G ms. 3406, n* 235 bis. '

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