‹ MandrinChapitre 204 sur 266 · Marquis d'Argenson, Mémoires, 5 juin · texte numérisé non relu

Marquis d'Argenson, Mémoires, 5 juin

étaient celles des prêtres. Malaval lui avait d'abord envoyé comme confesseur un gros dominicain. Le contrebandier le reçut en lui jetant un verre de vin à la figure1. Puis, quand il revit le juge :

« Cet homme, qui s'est présenté de votre part, était bien gras pour venir me parler de pénitence8. »

Un recollet n'eut pas meilleur succès. Mandrin l'accabla d'injures.

« Si j'étais en liberté et que j'eusse mon sabre, je te hacherais en morceaux. Et s'il m'était possible de te tenir, je te ferais passer à travers ces barreaux ! Sors d'ici, gueux8 ! »

Les adieux que lui firent, les 15 et 16 mai, ses deux anciens valets, La Pierre et le grand Bertier, qui allaient au supplice, l'avaient cependant ébranlé un moment. La Pierre parla à Mandrin en termes émus et très forts ; mais celui-ci ne tarda pas à trouver l'oubli de ces idées noires dans le fond d'un flacon de liqueur4.

Les derniers jours qu'il fut en prison, Mandrin disait en riant, à son juge :

« Après tant de visites que j'ai reçues, ne serait-il pas dans la bienséance que j'allasse en faire de porte en porte mes plus respectueux remerciements ?

— Vous êtes trop fatigué, répondit le magistrat, mais dans quelques jours vous pourrez bien donner au public cette marque de votre reconnaissance'. »

Singulière allusion au supplice qui devait être subi sur la grand'place de la ville.

Mandrin exprima le désir de voir son cher curé de Saint-

1. Lettre de Valence, du 27 mai 1755, éd. Harold de Fonlcnay, p. 35.

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