Aàbrégé, p
Genix-d'Aoste l. On lui répondit qu'il n'était plus temps de le faire venir.
Plusieurs « dames de charité » le visitaient. C'étaient des âmes pieuses qui s'étaient donné pour mission la conversion des pécheurs. L'une d'elles lui parlait du ciel vers lequel elle levait ses grands yeux; Mandrin l'interrompit :
« Dites-moi plutôt, Madame, combien il y a de logis (auberges) d'ici en paradis, car il ne me reste que six livres à dépenser sur la route". »
Et comme il remarqua que cette plaisanterie trop brusque avait fait de la peine, il présenta ses excuses. La « dame de charité » profita de l'avantage qu'elle avait dans l'instant pour parler avec plus de force ; Mandrin en fut touché.
Levet de Malaval, qui s'était fait porter dans la prison, étant repris d'un de ses accès de goutte, intervint dans ce moment. Bien qu'il n'eût pas le cœur tendre, note Mme de Bressac8, il se mit à pleurer de son côté. Les natures les plus cruelles ont de ces sensibleries. Comme la dame nommait à Mandrin le Père Gasparini, jésuite italien, « homme de mérite et de la maison (collège) de Tournon », il parut fléchir.
Malaval insistait : « Je ne viens point en qualité de juge, lui disait-il, mais plutôt en qualité d'ami et de frère. Je ne vous annonce rien de sinistre. Il ne faut cependant pas vous flatter ; mes fonctions sont remplies. Mettez ordre, à tout événement, aux affaires de votre conscience. Je vous en offre les moyens. Vous trouverez ici de grands directeurs qui méritent votre confiance4. »
1. Lettre de Valence du 27 mai 1755, publ. par Harold de Fontenay, p. 35; — Abbrégé, p. 60.