‹ MandrinChapitre 213 sur 266 · Chansonnier Clairambault, p · texte numérisé non relu

Chansonnier Clairambault, p

4. Correspondance de Valence du 28 mai, insérée dans le Courrier d'Avignon, juin 1755 ; Abbrégé, p. 71.

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LÀ MORT DU COlfpREBANDIER 469

des croquis de la figure du supplicié, qui lui permirent ensuite de peindre son portrait. Celui-ci fut gravé à Valence même. L'original en semble perdu; du moins la gravure en a-t-elle été retrouvée. Elle est reproduite ici. Portrait fut-il jamais fait dans des circonstances plus affreuses et destiné à plus de retentissement?

Ce môme jour, 27 mai, avait été exécuté Saint-Pierre le cadet, condamné à la roue comme Mandrin. Il fut mis à mort une heure après que la sentence eût été prononcée. Il éveilla la compassion de tous les spectateurs par son extrême jeunesse.

Il appartenait à une très bonne maison de Savoie. Celleci avait fait, auprès du capitaine Diturbide, une démarche où se traduit l'esprit de famille du temps. Pour l'honneur du nom, il importait d'éviter la flétrissure d'une condamnation publique. Aussi, les parents de Saint-Pierre s'engageaientils à faire prendre Manot, le successeur de Mandrin, à deux conditions : la première, que Saint-Pierre, le cadet, soustrait à une peine afflictive, serait renfermé par lettre de cachet pour le restant de ses jours. « Ils m'ont assuré, écrit le capitaine Diturbide, que c'est le plus grand service qu'on pourrait leur rendre1 ». La seconde condition était que Saint-Pierre l'aîné, qui avait rempli les fonctions de major auprès de Mandrin et se trouvait à présent dans la bande de Manot, y serait tué par les argoulets, lorsque cette bande serait surprise. Ainsi serait gardé sans tache l'honneur de la « maison ». Le capitaine Diturbide avait accepté la proposition, mais lui aussi arriva trop tard.

Dans ce seul mois de mai, Levet de Malaval fit rompre

1. Diturbide- Larre à La Morlière, 16 mai 1755, le Pont-de Beauvoisin. A.G.yins. 3406, n* 2S7 bis.

ou pendre quatorze contrebandiers; il en tenait douze autres dans sa geôle pour les fournées prochaines. Et tous les jours on lui en amenait de nouveaux1.

4. Lettre de Valence, 27 mai 1755, imprimée à la suite du jugement condamnant Mandrin. Archives de la Drame.

On a dit l'émotion produite en Italie par l'équipée de Rochefort. Le chevalier de Chauvelin, ambassadeur de France à Turin *, est submergé sous des flots de protestations, de représentations, de récriminations. Pour diplomate qu'il soit, il en perd son assurance.

En France, dès qu'il eut connaissance de l'événement, c'està-dire le 19 mai 1755, le comte de Sartirane(en italien Sartirana), ambassadeur de Charles-Emmanuel III auprès de Louis XV, fit tenir à Rouillé, secrétaire d'État pour les affaires étrangères, une protestation contre cette « violation énorme » des droits de souveraineté attachés à la couronne

1. Les documents relatifs au différend qui se produisit entre les Cours de France et de Sardaigne, après la prise de Mandrin, sont conservés aux Archives des Affaires Ltrangères, mss Turin 223, 224, 225. — La contrepartie s'en trouve aux Archives de Turin. D'après les documents de Turin, a été publiée l'importante étude de A.-D. Perrero, VArreslo in Savoia del capo-contrabbandiere Luigi Mandrin. Vertenza tra la Corte di Torino e quella di Francia (1755), dans Curiosità e ricerche di Sloria subalpina, livre XIX, Turin, 1882, p. 337-867.

2. Claude-François, chevalier, puis marquis (1758) de Chauvelin, commença sa carrière dans l'armée. Successivement brigadier d'infanterie (1744), maréchal de camp (1746), commandant des troupes du roi de France en Corse, avec le grade de lieutenant-général (1749), il fut nommé, cette môme année 1749, ministre plénipotentiaire à Gènes. Quand il prit congé, le 28 mai 1753,du doge et du 8énat de Gènes, il fut inscrit sur le livre aor de la noblesse génoise. Il fut nommé ambassadeur du roi de France à Turin, auprès du roi de Sardaigne le 26 mars 1753, et eut sa première audience le 6 janvier suivant. Il rentra en France en 1765 pour prendre, le 12 novembre, la charge de grand-maltre de la maison du roi. 11 mourut à Versailles le 24 novembre 1773.

de son maître. Il en demandait une réparation éclatante, avant tout la restitution des contrebandiers arrêtés1.

La Cour de Versailles avait prévu l'orage, sans croire qu'il se déchaînerait avec un tel fracas.

Rouillé était un ministre « incapable et mal choisi * ». Sous son nom, les affaires étrangères étaient dirigées par l'abbé Delaville, premier commis ; mais en cette circonstance c'est le Contrôleur des finances, Moreau de Séchelles, qui donnera les instructions nécessaires à son collègue des affaires étrangères, et Séchelles lui-même ne fera que répéter ce que lui souffleront les bureaux des Fermes générales. Aussi allonsnous retrouver les procédés que nous avons déjà vu employer. Séchelles va fabriquer pour Rouillé des dépêches « ostensibles », pour reprendre son expression, auxquelles seront jointes chaque fois des dépêches particulières. Les dépêches « ostensibles », adressées au chevalier de Chauvelin ou à Rouillé, seront pour le comte de Sartirane à Paris ou pour la Cour de Turin3. La Cour de France crut d'ailleurs habile de laisser aussi longtemps que possible son ambassadeur auprès du roi de Sardaigne dans l'ignorance des faits réels, en ne lui transmettant que les versions « ostensibles », ainsi qu'elle avait fait à l'égard de Marcieu, commandant en Dauphiné; afin de ne pas priver Chauvelin, dans la défense de la cause dont il était chargé, d'une ardeur et d'un air de conviction qui lui auraient sans doute fait défaut s'il avait connu la vérité.

La première version adoptée est celle que nous connaissons : les contrebandiers se sont disputés sur la frontière pour le partage de leurs « vols », et le parti le plus faible,

4. Sartirane à Rouillé, 19 mai 1755. A. A. E., ms. Turin 224, f. 348. 2. Besenval, Mémoires, éd. cit. II, 5.

8- Le comte d'Argenson à Marcieu, 22 mai 1755. A. G., ms. 3406. n« 253 (minute).

Mandrin et ses amis, ayant été rejetés en France, les argoulets les ont arrêtés; mais ce système de défense dut être abandonné presque dès le premier moment, devant la réplique indignée de la Cour de Sardaigne. La deuxième version, que l'on se vit alors contraint de substituer à la première, nous la connaissons aussi : les employés des Fermes, sans ordres de leurs supérieurs, ont pris sur eux de s'en aller spontanément en Savoie tirer vengeance de tant de duretés que les contrebandiers n'ont cessé de leur faire subir; la Cour de France désapprouve leur initiative et a fait incarcérer les quatre directeurs des Fermes qui en ont été les promoteurs1.

D'autre part, on s'empressa d'éloigner de la frontière et de cacher dans des lieux écartés, La Morlière, Diturbide- Larre, Ségent, beau- frère de La Morlière, le chevalier de La Morlière son neveu, MM. deChampagnacetde Saint-Amour, en tout dix officiers, les plus compromis2. La Morlière fut remplacé au Pont-de-Beauvoisin par le marquis de Gantés, brigadier des armées du roi et commandant des volontaires du Dauphiné. On appelait ces derniers « les Gantés », comme on nommait les volontaires de Flandre « les La Morlière ».

Et de la sorte, quand Sartirane se rendit auprès de Rouillé pour lui renouveler de vive voix ses représentations, le ministre de Louis XV crut-il pouvoir lui dire que le gouvernement français était étranger à l'aventure, et que déjà, avant toute réclamation, les coupables avaient été punis8.

1. Lettre ostensible de Moreau de Séchelles à Rouillé, Paris, 17 mai 1755. Copie en fut envoyée à MM. de Chauvelin et de Sartirane, après corrections par le ministre des Affaires étrangères, le 18 mai. A. A. E., ms. Turin 224, f. 340-341. Cest l'original avec Tes corrections.

2. Le comte d'Argenson à Marcieu, 22 mai 1755. A. G., ms. 3406 n* 253 (minute).— Marcieu à d'Argenson, 28 mai 1755. A. G., ms. 3406, n* 273.

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