‹ MandrinChapitre 217 sur 266 · Cité parA.-D. Pcrrero, p · texte numérisé non relu

Cité parA.-D. Pcrrero, p

au chevalier de Chauvelin de marquer à Votre Majesté mon regret et mon mécontentement de l'entreprise téméraire qui a été faite sur le territoire de la Savoie. Les ordres que j'ai donnés, et ceux que je suis disposé à donner, mettront, à ce que j'espère, Votre Majesté dans le cas d'être satisfaite.

Ma tendre amitié pour Elle et les liens du sang qui nous unissent, me déterminent même à lui témoigner moi-même la sincérité de mes sentiments à cette occasion. J'ai reçu des preuves trop constantes des siens à mon égard pour n'être pas persuadé qu'EUe voudra bien s'en rapporter à moi du soin de la contenter sur ce qui s'est passé et de prendre les mesures les plus efficaces pour empêcher qu'à l'avenir il n'arrive rien de pareil. Je profite de cette occasion pour renouveler à Votre Majesté l'assurance du désir que j'ai, et que j'aurai toujours, d'entretenir avec Votre Majesté l'union la plus intime et la plus parfaite confiance.

« Je suis, avec l'amitié la plus tendre, de Votre Majesté le bon frère et neveu

Signé : « Louis1. »

C'était évidemment très touchant. Rouillé recommandait en outre à Chauvelin d'avoir soin, en remettant cette épttre au roi de Sardaigne, d'y joindre <r tout ce qu'il jugerait devoir faire impression sur l'esprit et sur le cœur de Sa Majesté ». Le roi de France se proposait d'ailleurs de faire indemniser les personnes victimes des dommages occasionnés lors de l'entreprise du il mai et de faire restituer les objets enlevés. Enfin, assurait Rouillé, on s'occupait de faire des recherches pour savoir si réellement des officiers avaient été mêlés à l'aventure ; que si Ton en trouvait,

1. Louis XV à Charles-Emmanuel III, 26 mai 1755, Marlv. A. A. E.t ms. * urin 224, f. 365-66. "

ils seraient punis. Le ministre terminait en faisant appel à tous les talents de l'ambassadeur français à Turin, « pour empêcher une rupture entre les deux Cours1 ».

Dès que Chauvelin fut en possession de la lettre autographe de Louis XV, c'est-à-dire le 31 mai, il s'empressa d'en aller faire part au chevalier Ossorio. «Le chevalier Ossorio médit, écrit-il à Rouillé ', que le roi son mattre sentirait sûrement le prix de l'attention délicate qu'avait le roi son neveu de lui écrire ». Mais il ajouta « tout aussitôt », « avec vivacité », « en regardant fixement » l'ambassadeur français :

C'est fort bien, Monsieur, mais « ce qui se dit dans l'intérieur du cabinet ne saurait passer pour une satisfaction. La souveraineté blessée par un acte de violence ne saurait être dédommagée et réintégrée que par une action d'éclat. Un détachement est entré à main armée et en pleine paix dans le territoire de Savoie; il y a enlevé, à la face de toute l'Europe, des gens qui devaient se croire dans un asile sacré ; tous les princes, jaloux, avec raison, des droits attachés à leur indépendance, attendent avec empressement la satisfaction qui, seule, peut constater et rendre réel le désaveu de cet attentat. Les souverains seraient en butte aux violences de leurs voisins plus puissants qu'eux, s'il suffisait de désavouer verbalement une entreprise visiblement contraire au droit des gens, et si les effets ne devaient nécessairement confirmer les paroles. Il n'y a qu'un genre de satisfaction proportionné à l'outrage, hors duquel tout le reste est insuffisant et illusoire :... la restitution de Mandrin et de ses camarades3. »

1. Rouillé à Chauvelin, 26 mai 1755. A. A. E.t ms. Turin, 224, f. 368.

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