‹ MandrinChapitre 218 sur 266 · juin · texte numérisé non relu

juin

3. Chauvelin à Rouillé, 2 juin 1755. A.A.E., ms. Turin 224, f. 411.

Le lendemain de cet entretien était un dimanche. Le roi de Sardaigne recevait à la Vénerie. L'ambassadeur français s'y rendit de bonne heure. « Je me fis annoncer au roi de Sardaigne, écrit-il à Rouillé. Je le trouvai avec M. le duc de Savoie. Je lui remis la lettre du Roi et je l'accompagnai des expressions les plus propres à caractériser la tendre amitié de Sa Majesté pour le roi son oncle et la disposition où elle est de le satisfaire dans cette occasion. » Le roi de Sardaigne prit la lettre, la lut très lentement, la relut une seconde fois et en parut satisfait. « Ensuite, prenant un air encore plus ouvert, ajoute Chauvelin, il me dit qu'un témoignage aussi frappant des sentiments du Roi confirmait et réalisait les espérances que M. le comte de Sartirane lui donnait d'une satisfaction complète. »

« Ma cause, disait Charles-Emmanuel, est la cause de tous les souverains. Le roi mon neveu est plus intéressé que tout autre à en soutenir et à en défendre les droits. »

Habile allusion aux attentats contre la souveraineté française que les Anglais commettaient à l'époque même dans l'Amérique du Nord.

« L'entreprise sur mon territoire ayant été publique et éclatante, poursuivait le roi de Sardaigne, je ne puis douter que la réparation ne le soit de même et je l'attends avec d'autant plus de confiance et d'empressement, qu'elle prouvera à toute l'Europe l'amitié que le roi mon neveu a pour moi * ! »

Le 26 mai, Mandrin avait été exécuté. Le bruit en arriva à Turin, les premiers jours de juin. Un négociant de Lyon en apporta la confirmation précise à Chauvelin, le 5 du mois. L'irritation générale en fut portée à son comble, ce Cette

1. Chauvelin à Rouillé, 2 juin 1755, A.A.E., ma. Turin 224, f. 418.

exécution fut généralement tenue pour un mépris et un affront plus grands que l'attentat lui-même1. »

« Le chevalier Ossorio et le Premier Président ont été mandés à la Vénerie (chez le roi de Sardaigne), mande Chauvelin, et la conférence a été très longue* ».

Le 7 juin, Ossorio fit venir l'ambassadeur français : c'était pour lui dire de ne plus paraître à la Cour8.

Le roi de Sardaigne mettait le représentant de Louis XV littéralement à la porte.

Que se passait-il en France ? Louis XV, tiré de son implacable indifférence par la lettre d'excuses que ses ministres venaient de le forcer d'écrire, paraît s'être ému dans ce moment. Le mercredi 28 mai, il avait mandé son Contrôleur des finances et son ministre des affaires étrangères pour exiger d'eux un récit exact de ce qui s'était passé. Force fut alors à Moreau de Séchelles de laisser de côté ses versions « ostensibles ». Louis XV, avec son intelligence ouverte et son jugement très droit, comprit immédiatement la gravité de la situation et que, si l'on continuait de suivre les voies où les fermiers généraux tratnaient la politique française, on aboutirait aux pires complications. Déjà l'on en avait suffisamment sur les bras. Il ordonna au Contrôleur général d'écrire immédiatement au président de la Commission de Valence de surseoir à l'exécution de Mandrin. Moreau de Séchelles prit sa plume avec un empressement d'autant plus grand qu'il savait que, à l'heure où le courrier emporterait sa missive, Mandrin aurait été exécuté. Le jugement était du 24. Il avait donné ordre à Levet de Malaval de faire supplicier

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