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Gazette de France, 1755, n

En ne quittant pas immédiatement la Cour de France, sur Tordre qu'il en avait reçu, le comte de Sartirane avait commis une faute dont les représentants de Louis XV allaient adroitement profiter. Aussi bien, le Conseil du roi avait fini par comprendre où menait la diplomatie à la financière du Contrôleur général. L'abbé Delaville, premier commis aux affaires étrangères, et le chevalier de Chauvelin, ambassadeur à Turin, vont prendre l'affaire en main et en conserver la direction.

Les dépêches de Chauvelin montrent qu'il sut habilement faire comprendre au chevalier Ossorio que, si le départ de Sartirane, au sujet duquel on n'avait à Turin aucune indication, s'était effectué après la notification au roi de Sardaigne de l'offre faite par Louis XV d'une ambassade extraordinaire, il faudrait le considérer comme une offense au roi de France, car rien ne justifiait plus cette mesure après la réparation solennelle que celui-ci avait proposée. C'est ce que Sartirane n'avait pas compris. Sa conduite n'aurait pu se défendre que si la Cour de Sardaigne avait considéré toutes les difficultés comme aplanies par l'ambassade chargée d'exprimer les regrets de Louis XV; mais il était loin d'en être ainsi. Plusieurs questions demeuraient en suspens ; entre autres celle que soulevait la punition des officiers

français impliqués dans l'entreprise de Rochefort; parmi lesquels La Morlière, que le chevalier Ossorio affirmait en avoir été l'acteur principal1. Chauvelin cherchait ainsi à retourner les rôles, en faisant attribuer la qualité d'offensé au roi de France.

« M. le chevalier Ossorio, écrit-il, réfléchit quelque temps et me dit :

— Monsieur l'ambassadeur, songez-vous que des troupes sont entrées dans la Savoie, y ont enlevé de vive force des gens qui devaient y être en sûreté et que, nonobstant notre réclamation, deux de ces gens ont été jugés et exécutés avec éclat?

— Oui, Monsieur, répondit l'ambassadeur français, je songe à tout cela; mais je sais aussi que le Roi a blâmé l'entreprise, en a puni les auteurs, qu'il a donné des ordres pour surseoir les procédures, qu'enfin il offre au roi de Sardaigne la réparation la plus entière et la plus authentique, et lui donne constamment dans toute cette affaire les preuves les plus délicates de son amitié1. »

Il est curieux de voir ainsi la situation se modifier en faveur de la France, grâce à la fermeté de son représentant, au point que celui-ci obtient de Charles-Emmanuel l'envoi d'un courrier sur la route prise par Sartirane, pour arrêter l'ambassadeur sarde en France, s'il y pouvait être rejoint. Ce n'était que dans le cas où le courrier trouverait Sartirane sur les États du roi son maître, qu'il serait autorisé à venir jusqu'à Turin 8.

Mais Sartirane, impatient de savoir comment sa conduite serait jugée à la Cour de Sardaigne, forçait les étapes,

4. Chauvelin à Rouillé, 15 juin 1755. A.A.E., ms. Turin 224, f. 475.

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