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Le même au même, 24 juil. 1755, ibid, f

extraordinaire, qui allait se rendre à Turin, elle était une marque « d'amitié et de complaisance » de Louis XV, vis-à-vis de son oncle le roi de Sardaigne, et pas du tout, comme on pourrait être tenté de le croire, une manière de réparation offerte à Charles-Emmanuel III *.

Mais au moment où la Cour de France envoyait cette circulaire à ses représentants auprès des puissances étrangères, elle avait à se préoccuper de soucis plus importants. Le 18 juillet, Rouillé émanerait, dans une dépêche à M. de Mirepoix, ambassadeur de Louis XV à Londres, les entreprises violentes des Anglais et mettait dans son vrai jour la mauvaise foi de la Cour britannique décidée à s'emparer des possessions françaises dans F Amérique du Nord. Le vaisseau YAlcide, commandé par M. de Hocquard, avait été saisi par une escadre anglaise de onze vaisseaux, au Cap Roze, près Terre-Neuve.

« Quelque parti, écrivait Rouillé, que Sa Majesté jugera à propos de prendre pour venger Foffense faite à sa couronne, elle vous ordonne, Monsieur, de partir de Londres avec toute votre maison, le plus tôt qu'il vous sera possible, sans prendre congé ni des princes et princesses, ni des ministres * » .

Dans ces conditions, puisque aussi bien ils étaient contraints d'envoyer un ambassadeur porter des excuses au roi de Sardaigne, les ministres français eurent le tort très grave, comme on le verra, de ne pas lui donner cette satisfaction franchement et galamment.

Le bruit se répandit que l'ambassadeur choisi, pour aller à Turin, serait le duc de Nivernais, puis que ce serait le duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne. Et, de fait, c'est sur

1. « Lettre circulaire sur le différend entre la Cour de France et celle de Turin, à l'occasion de l'enlèvement de Mandrin, fait en Savoie», 8.d. (juillet 1755). A.A.E., ms. Turin 223, f. 4853.

2. Rouillé à Mirepoix, 48 juil. 1755. A. A. E., ms. Angleterre 439, f. 255.

ce dernier que le choix de Louis XV s'arrêta en premier lieu. Puis, sous la mauvaise humeur que produisit le rappel de Sartirane, on laissa partir d'Aiguillon pour son gouvernement de Bretagne, en faisant sentir à Turin que l'ambassadeur choisi ne serait pas un personnage aussi considérable; car il fallait punir Charles-Emmanuel III de ne pas s'être immédiatement incliné devant le geste de Louis XV1. Procédés mesquins et maladroits. La désignation du duc d'Aiguillon avait transpiré. « Il est sûr, écrit de Turin le chevalier de Chauvelin, qu'on attache ici une grande valeur au personnel de celui qui sera chargé de cette commission, et je dois vous prévenir qu'on verrait au moins avec humeur que le choix tombât sur un sujet qui n'eût point de décoration égale ou équivalente à celle de M. le duc d'Aiguillon3. »

Parti de Turin le 23 juillet, le comte de Sartirane était à Paris le 28 du même mois8, ce On a marqué beaucoup de plaisir de mon retour, écrit-il le 1er août. Plusieurs personnes de tout rang et de toute espèce ont été à ma porte pour s'informer au juste si j'étais arrivé \ » Il suit avec intérêt les agitations de la Cour de Versailles pour le choix de « l'ambassadeur extraordinaire ». Cela ne se faisait pas tout seul. Parmi les courtisans, le projet lui-même rencontrait la plus vive opposition. L'indignation devenait plus grande encore à la pensée que le choix pourrait tomber sur un des hauts dignitaires du royaume. « L'on dit que tous ceux à qui Ton l'a proposée (cette commission), l'ont refusée, la regardant comme désagréable et encore parce que ce serait une trè9 grande bassesse d'envoyer un grand seigneur de la part du

1. Rouillé à Chauvelin, 43 juil. 1755. A. A. E., ras. Turin 225, f. 39-42.

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