Registre de catholicité des Échelles (Savoie
3. Lettre de Passerat de la Chapelle, 26 mai 1755, Chàtillon-de-Michaille. A. G.t ms. 3406, n« 268.
4. Lettre del'avoyer de Berne, 24 mars 1757. Archives de la Haute-Savoie, E97.
et vont jusqu'à piller les recettes buralistes du roi de Sardaigne1.
Au reste, la Cour de Turin commençait à être ennuyée des embarras que les contrebandiers lui créaient, ce M. le chevalier Ossorio, écrit Chauvelin, m'a renouvelé, dans toutes les occasions que j'ai eues de le voir, les assurances les plus précises de la disposition sincère où est le roi de Sardaigne de faire arrêter, s'il est possible, les contrebandiers et malfaiteurs qui infestent nos frontières, et je crois pouvoir répondre à cet égard de la vérité de ses intentions1. »
Les termes de l'accord verbal intervenu jadis, au nom des deux Cours, entre les marquis de Senneterre et de Dormea, furent renouvelés. Les rois de France et de Sardaigne s'engageaient à faire arrêter, sur simple réquisition de l'un â l'autre, dans leurs Etats respectifs, les contrebandiers convaincus de pillage des deniers royaux, d'incendie et d'assassinat. Chauvelin obtint en outre, de la Cour de Sardaigne, la publication d'une déclaration qui traitait les contrebandiers de malfaiteurs publics et interdisait de leur donner asile en Savoie ; il obtint que le roi de Sardaigne mtt deux régiments de dragons sur la frontière de France, au lieu d'un seul — le roi de France lui versant une indemnité pour le supplément de dépenses. Un détachement de dragons sardes fut posté à Carouge, aux portes de Genève, où, depuis de longues années, les margandiers avaient leurs principaux entrepôts. Enfin le chevalier de Chauvelin obtint que les autorités de Savoie missent à prix la tète des contrebandiers dont les noms seraient publiés 8.
1. Séchelles à Rouillé, 11 oct. 1755. A. A. E , ms. Turin 225, f. 331-33.
2. Chauvelin à Rouillé, 14 mai 1755. A. A. E., ms. Turin 224, f. 335.
3. Le même au même, 22 sept. 1755. A. A. E., ms. Turin 225, f. 294-300.
Et c'est ainsi que l'on vit proscrire par la Cour de Sardaigne les derniers survivants de la bande héroïque, son nouveau chef, Claude Mandrin, tout le premier. La liste comprend des noms devenus fameux, les deux Camus, les deux Coconnier, Prêt-à-boire, Binbarade, tous les autres1.
Le 18 octobre 1755, le gouvernement de Savoie fit livrer aux autorités françaises Antoine Chalcat, que nous avons vu blessé aux côtés de Mandrin, durant le combat de Gueunand, et Manot le Tailleur1. Levet de Malaval les fit supplicier à Valence, les 21 et 22 janvier 1756*.
Dans la nuit du 27 avril 1757, trois des Mandrins, Dodelin, Custod et Paccard, tentés par la promesse d'une grâce entière, faite au nom du roi de Sardaigne, livrèrent quatre de leurs camarades dans une grange près d'Ayn (canton du Pont-de-Reauvoisin). L'un de ces malheureux fut tué en se défendant, deux autres furent condamnés à mort par le Sénat de Savoie, le quatrième fut retenu en prison *. De temps à autre, le Sénat de Savoie renouvelait les listes de proscription. Jacques Pascal, « l'un des plus fameux de la bande de Mandrin », pour reprendre les expressions que lui applique M. de Cerisier, commandant sarde au Pont-de- Beauvoisin (part de Savoie), périt en se défendant contre un détachement de dragons piémontais, le 26 septembre 1757 à cinq heures du soir\
Les contrebandiers, sous la direction de Claude Mandrin, en arrivèrent donc à s'attaquer directement en Savoie, aux
1. Relation delà Cour de Sardaigne et de la République de Genève, depuis le iraité de Turin (1754) jusqu'à la fin de Tannée 1773, par Ch. de Bois- Melly, dans Miscelaneadt Storia italtana, t. XXVIII (Turin, 1890, gr. in-8») p. 8.
2. Chauvelin à Rouillé, 22 oct. 1755. A. A. E., ms. Turin 225, f. 371.
3. Arrêts de la commission de Valence. Archives de la Drômet B 1304.
4. « Mémoire au sujet de saufs-conduits accordés à ces contrebandiers. » A. A. E, ms. Turin 228, f, 224.
5. Cerisier, commandant au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), à M. de Sinsan, 27 sept. 1757. Archives de la Savoie, G 2.
troupes du roi de Sardaigne, comme, en France, Louis Mandrin en était arrivé à s'attaquer aux troupes de son roi 1.
Enfin, Claude Mandrin, se voyant également poursuivi en France, en Savoie et dans la République de Genève, prit le parti, avec trente de ses camarades, de se retirer, dans l'intérieur de la Suisse. Ainsi, comme Chauvelin le mande, avec un cri de triomphe, à la Cour de France, « nos frontières furent affranchies de ce fléau1 ».
Dans les cantons suisses, Claude Mandrin jouit paisiblement de la fortune acquise. Il laissa passer le temps. L'oubli s'étendit sur lui. Il s'établit dans le Valais, où il mourut après y avoir fait souche de Mandrin. Ses descendants y subsistent aujourd'hui encore. Ce sont des marchands de vin dont les affaires sont prospères.
Le traité de Turin, signé le 24 mars 1760, par les représentants des Cours de France et de Sardaigne, en délimitant précisément les frontières communes aux deux États, régla aussi les diverses questions relatives à la police desdites frontières, à l'extinction de la contrebande et aux cas d'extradition.
L Chauvelin a Rouillé, 26 Juin 1757. A. A. E, ms. Turin 227, f. 241. 2. Le même au même, 20 avr. 1757. Ibid, L 172.
LA FAMILLE D« rfANDIUN
En décrivant la jeunesse de Louis Mandrin, on a déjà noté l'énergie que l'esprit de famille avait acquise dans l'ancienne France. Par là s'explique la société de ce temps. Force irrésistible qui poussa le jeune homme dans la voie où il entra, comme elle y devait pousser après lui tous les siens.
Ailleurs a été contée l'histoire de ces sorcières qui, aux xve et xvie siècles, exerçaient leur terrible profes&ion héréditairement, de mère en fille : la mère avait péri sur le bûcher, la fille savait qu'elle y périrait un jour, ce qui n'était pas pour l'empêcher de s'engager dans la carrière fatale et y engager après elle son enfant.
Louis et Pierre Mandrin ont été suppliciés. Leurs frères Claude et Antoine marchent sur leurs traces. Le 27 novembre 1759, Antoine1 fut condamné à trois années de galères par le tribunal de Belley. Il disait s'appeler Antoine Perreau de Versailleux en Dombes ; mais il fut reconnu par Rendu, le notaire de Lancrans qu'il avait pillé.
Le plus jeune des quatre frères de Louis Mandrin, Jean, né en 1742, avait quatorze ans quand, en 1756, le roi jugea nécessaire d'intervenir, à la manière du temps, de crainte