‹ MandrinChapitre 244 sur 266 · Ducis, p · texte numérisé non relu

Ducis, p

qu'il n'adoptât, lui aussi, la profession où les siens ne s'étaient que trop illustrés. Au fait, le petit bonhomme, dès l'âge de douze ans, avait fait campagne avec son grand frère. Il fut arrêté, en vertu d'une lettre de cachet du 44 novembre 1756, et traduit dans les prisons de Grenoble. Il s'agissait de lui faire contracter un engagement pour les colonies. « Comme il n'a encore que quatorze ans et cinq mois, écrit l'intendant du Dauphiné, et que les ordonnances n'admettent aucun engagement contracté avant seize ans accomplis, on sera obligé de le garder en prison jusqu'à cette époque, à moins que vous (le ministre de la guerre) ne m'honoriez d'ordres qui m'autorisent à lui faire contracter un engagement avant l'âge prescrit '. »

Il n'y a rien là qui doive étonner. C'est l'ancien régime. Les coutumes et les mœurs justifiaient cette intervention toute familiale du pouvoir royal, autant que la conviction où chacun était que Jean Mandrin, abandonné à lui-même, poursuivrait la contrebande, où déjà ses frères l'avaient entraîné.

Jean Mandrin ne partit cependant pas pour l'Amérique et il ne fut pas indéfiniment détenu en prison. En 1765, il est libre, et sa mère, la vieille Marguerite Veyron-Churlet, veuve de François Mandrin, l'institue son légataire universel.

Dès le 26 janvier 1756, la veuve Mandrin, — son fils Louis a ayant donné dans des traverses et dissipé une partie considérable de l'héritage de son père » — « par la sûreté de ses droits et avantages de mariage », s'était « emparée des immeubles dépendant de ladite succession1 ». Le

1. L'intendant du ministre, 8 déc. 1756, Grenoble. Extrait de la correspondance de l'intendant du Dauphiné de 1747 à 1759. Bibliothèque du château de Terrebasse, Isère.

2. Procédure du 28 janvier 1756. Protocle de M* Veyron-Lacroix, notaire

19 mai 1763, ladite veuve, se trouvant « en détresse » dans son lit, « pour certaine infirmité corporelle », fit son testament. Elle léguait 15 livres au curé et 15 livres aux pauvres. Sa fille atnée, Marie Mandrin (née en 1726, mariée depuis 1745 à Hugues Bouillier, maréchal ferrant) recevait 100 livres; Marianne Mandrin, femme de Benott Dardarin, de qui il vient d'être question, recevait 5 sous, outre ce qui lui avait été donné lors de ses noces ; sa troisième fille, Cécile, recevait 150 livres et, en cas où elle ne se marierait pas, la jouissance d'une chambre dans la maison paternelle. Cécile Mandrin épousa, le 28 octobre 1765, Pierre Fleuret, dit Court-toujours, garçon boulanger1. Antoine- François Mandrin, le contrebandier, recevait 180 livres et l'usufruit de la fameuse chambre sous le poêle de Saint- Etienne -de -Saint- Geoirs, et la chambre au-dessus, de même longueur et largeur, ainsi que la jouissance d'un lit garni. Antoine-François Mandrin mourut en 1775. Enfin, le cadet des fils, Jean Mandrin, était institué légataire universel *, comme il vient d'être dit.

Après la mort de sa mère, celui-ci fut s'installer à La Frette (Isère). Il s'y maria le 25 février 1767, avec « honneste Marie Sillans, fille de feu François et de Marianne Bellier », veuve en première noces de Antoine Bouvats.

Jean Mandrin eut de son mariage avec Marie Sillans un fils auquel il donna le nom de Pierre, en mémoire de son frère, le supplicié de 1752. Nous avons sur ce Pierre Mandrin

royal à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs. vol. 1770, f.87. Etude de M« Veryon- Lacroix à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs.

1. Protocole de M* François Buisson, notaire royal à Saint-Etienne-de- Saint-Geoirs, vol. 1765. f. 130 v». Etude de M* Veyron-Lacroix a Saint- Etienne-de-Saint-Geoirs.

2. Protocole de M* François Buisson, notaire royal à Saint-Etienne-de- Saint-Geoirs, volume 1765, f. 66 \:

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