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Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, I

publiées pour réprimer la concussion et le péculxt; il en citait les termes, où s'affirmait la nécessité « d'accorder an peuple la justice qu'il réclamait contre les exactions des traitants » ; exactions « qui avaient été portées an dernier excès et avaient causé la ruine presque entière de l'Etat1 ». Usure, péculat, concussion, agiotage, accaparement; — dans son violent discours, Carra touchait toutes les cordes. Les fermiers généraux, s'écriait-il, « ont achevé de transmettre dans leurs propres mains la fortune publique, et les dernières gouttes de la sueur et du sang du peuple ». Ses imprécations roulaient comme un tonnerre. « Non, s'écriait-il, vous ne laisserez pas ces vils financiers mollement endormis sur des coffres d'or et d'immenses portefeuilles d'assignats ! » On ne devait cependant pas être très bien couché sur des coffres d'or et sur des portefeuilles d'assignats.

Les considérants du projet de décret déposé sur le bureau de rassemblée étaient très violents :

« Non, vous ne laisserez pas ces stupides sangsues dans l'ombre du silence, sans les faire dégorger de tout le sang qu'elles ont sucé sur le corps du peuple !

« Législateurs, il n'y a point de temps à perdre ! Tous ces voleurs de deniers publics, ces sangsues du peuple, ces exécrables agioteurs vont se hâter de vendre leurs possessions territoriales et de fuir, en portant à vos ennemis le reste de la fortune publique, si vous ne vous hâtez vous-mêmes de les prévenir ! »

Le décret fut adopté.

Les commissaires liquidateurs se mirent donc à l'œuvre; mais, dès le 5 juin 1793, le député Montant prétendait au sein de la Convention qu'ils cherchaient à retarder la reddi-

1. Discours de Carra à la Convention, 26 févr. 1793. Moniteur, n* 60. p. 277.

tion des comptes et à détourner les sommes qui leur étaient confiées. Un décret fait rendu sur sa proposition, qui supprimait la commission et ordonnait l'apposition des scellés sur les papiers des ci-devant fermiers généraux.

La perquisition ne fut opérée chez Lavoisier que les 10 et il septembre, en son domicile du boulvard de la Madeleine, par deux délégués du comité des Piques. L'illustre savant venait d'être chargé, par le comité de l'instruction publique, d'organiser la nouvelle commission des poids et mesures. Fourcroy et Romme, délégués du comité, assisté* rent à la perquisition et à la mise sous scellés, pour en retirer les objets relatifs aux poids et mesures dont Lavoisier était le dépositaire.

A l'action que la Convention dirigea ainsi contre les fermiers généraux, vinrent se joindre les dénonciations d'anciens employés des Fermes, aigris par de vieilles rancunes contre leurs ci-devant patrons. L'on s'empressa de les en croire sur parole et l'on alla jusqu'à leur promettre une prime proportionnelle aux recettes qu'ils parviendraient à procurer au Trésor ; — au fait, c'était exactement le système que les fermiers généraux avaient employé durant un siècle contre les contrebandiers, les faux-sauniers et tous les prétendus fraudeurs.

Ces dénonciateurs se réunirent à leur tour en commission. Ils avaient à leur tête un certain Gaudot, qui avait été receveur des a entrées de Paris » au Port-Saint-Paul. 11 avait été mis en prison pour avoir « opéré un vuide de 500 000 francs dans sa caisse et avait recouvré liberté par suite du bris des prisons effectué pendant les premiers moments de la Révolution4 ». A lui se joignirent l'ancien

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