Ibid
tions pareilles avaient produit de part et d'autre des institutions semblables — s'il est permis, quand il s'agit de contrebande et de flibuste, d'employer ce mot si grave : « institutions ».
Comme les flibustiers, les contrebandiers étaient à la fois très indépendants les uns des autres et très unis. Comme eux encore, ils se divisaient en trois classes : les chefs, puis les valets ou domestiques (que les flibustiers nommaient les engagés) 9 enfin les journaliers *. On donnait ce dernier nom à des domestiques engagés pour un temps déterminé, généralement très court.
Les chefs étaient ceux qui avaient les ressources nécessaires pour louer des valets et des journaliers, pour s'approvisionner en contrebande, pour se procurer les armes essentielles, enfin pour acheter des chevaux. C'est la caractéristique des chefs : ils possèdent des chevaux.
Chaque chef était ainsi à la tête d'une petite troupe, où valets, journaliers, chevaux et marchandises lui appartenaient en propre. « Ils ont rassemblé que lqu' argent, écrit Fontanieu, avec lequel ils ont commencé par acheter des chevaux et des marchandises, et c'est ordinairement par le nombre des chevaux qu'ils entretiennent, qu'on peut juger de leur force. Nous appelons ces sortes de contrebandiers « chefs » en Dauphiné2. »
S'agit-il d'organiser une expédition? ces chefs se réunissent et élisent l'un d'entre eux pour « capitaine ». Et c'est encore ce que faisaient, sur les côtes d'Amérique, les flibustiers. Fontanieu en parle d'une manière précise : « Lorsque les contrebandiers du premier ordre veulent entreprendre
1. Lettre du 5 avril 1755, d'un capitaine dans Fischer nommé Georgy, espion parmi les contrebandiers. A. G. ms. 3406, n° 81.