Esprit des Lois, XIII
Enfin Malesherhes, s'adressant au roi, au nom de la Cour des Aides : « Il n'est pas possible que Votre Majesté ne soit pas instruite de la rigueur des lois pénales prononcées contre la contrebande. Ceux qui s'en rendent coupables ne sont pas habitués à la regarder comme un crime. Ils y ont été élevés dès l'enfance; ils ne connaissent d'autre profession. Et quand ces malheureux sont pris, ils subissent les châtiments destinés aux plus grands crimes. Nous ne doutons pas que Votre Majesté ne soit attendrie au récit de ces cruautés et qu'elle n'ait demandé comment, dans l'origine, on a pu prononcer la peine de mort contre des citoyens, pour un intérêt de finance1. »
Déjà, pour le peuple, le contrebandier était un ami ; le voici qui devient un héros.
Alerte ! alerte ! mon joli coursier, Vite, vite dans la montagne, Emporte le contrebandier!
Refrain de nourrice qui berça notre enfance. Cependant que la « gent publicaine » se raidissait et redoublait de rigueur.
1. Remontrances de la Cour des Aides, 1775, éd. or. p. 9-10. Cil. abr.
LES GAPIANS
« J'arrive en France, écrit un contemporain. Quelle est donc cette triple ligne de troupes qui gardent tous les passages? Je vois des milliers de soldats sans uniforme, mais bien armés : contre qui sont-ils levés? — contre quelques contrebandiers... »
« Je rencontre dans un bois voisin une troupe de fauxsauniers. Je les interroge et j'apprends d'eux que plus de mille sujets du roi, répandus dans le royaume, sans domicile, sans état, s'exposent tous les jours, afin de gagner leur vie, à périr par la main du bourreau, pour vendre à leurs concitoyens leur sel à un prix raisonnable. Je repasse : les malheureux ont été pris. Ils sont dans les cachots du tribunal dont les fermiers généraux ont obtenu l'érection ' . »
Pour combattre les contrebandiers, les fermiers généraux avaient une armée d' « employés ». — Le peuple les appelait des « gâpians ».
L'autre jour, à la barrière, Les gâpians m'ont arrêtée.
— Dit'nous, jeune demoiselle, N'avez- vous rien de caché?