Article 1", titre V
dats que d'être âgés de vingt ans au moins. Si bien que les sujets les moins recommandables étaient accueillis. « Ces brigades (d'employés), écrit un intendant, sont composées de gens de toute espèce... Il n'est pas étonnant que de pareilles troupes soient méprisées '. »
Les fermiers généraux disposaient des emplois de leur administration ; mais, comme le fait observer Turgot, dans son rapport du 11 septembre 1774, « la cupidité, qui vend comme elle achète tout, a rempli les places de sujets indignes qui, pour regagner ce qu'il leur en a coûté, volent le roi, le public et le fermier ».
Au reste, l'employé devait se .hâter d'amasser un pécule, vu l'instabilité de sa situation. A chaque renouvellement de bail, les nouveaux fermiers avaient à caser leurs créatures, et ceux qui partaient laissaient sans appui leurs protégés. Ajoutez que les financiers cédaient aux sollicitations les plus diverses, à celles des gens en place de qui la faveur leur était nécessaire, à celles des femmes coquettes et des filles au hardi minois.
Le chevalier de Goudar écrit, en un pamphlet que les contemporains ont attribué à Voltaire : « Le déplacement continuel des commis dans les Fermes forme une source inépuisable de contrebandiers. Chaque fermier général a ses créatures particulières à placer, aux dépens de celles qui sont placées. Le département des employés est aujourd'hui en entier du district des filles. C'est l'Opéra qui est chargé des premières commissions et les coureuses des rues des dernières* ».
Il suppose une lettre à Louis Mandrin : « J'avais la plus jolie sœur de tout Paris. Vous devez donc bien juger que je
1. Mémoire de Fontanieu (1732). Bibl. nat., m s. franc. 8476.
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ne manquai pas d'avoir un bon emploi dans les Fermes... Mais elle eut dernièrement la petite vérole et mon emploi vient de m'ètre ôté pour le frère d'une sœur qui ne Ta pas eue encore1 ».
Une fois en place, les employés, forts des protections qui les soutenaient, ne mettaient aucun frein à leur conduite. « Ce sont des insolents, écrit d'Argenson, à la date du 13 mars 1753, des fripons que Ton prend sur le fait, volant la Ferme. »
D'ailleurs les fermiers généraux et leurs agents étaient d'accord pour tirer de la matière imposable le plus de suc possible : ils y avaient un intérêt commun, « On juge de la capacité des commis, de leur aptitude à l'emploi, de leur zèle, de leur travail, par le nombre de procès qu'ils ont2. » ce Les commis, dit Forbonnais, sont toujours portés à exercer de nouvelles rigueurs et à imaginer de nouvelles gênes pour se faire valoir auprès de leurs commettants. » Aussi bien, vis-à-vis du contribuable, les fermiers généraux donnaient invariablement raison à leurs subordonnés. Les plaintes contre un employé devenaient-elles plus fréquentes ? C'était « un zélé, un homme utile qui prenait à cœur les intérêts de la Ferme8 ». Que si, par extraordinaire, un directeur provincial, était obligé de révoquer l'un de ses agents, la compagnie le rétablissait ; que si, par miracle, les tribunaux contraignaient les fermiers à restituer les marchandises qu'ils avaient injustement fait confisquer sous prétexte de fraude, le contribuable ne recevait aucune indemnité en sus de cette restitution, bien que les marchandises lui fussent généralement rendues avariées, car les délais avaient été très longs, et que souvent,