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Ilrid., p

S' adressant enfin au souverain, l'illustre magistrat s'écrie avec émotion : « Daignez, Sire, réfléchir un instant sur ce tableau de la régie des Fermes ! Par la foi accordée aux procès-verbaux, le prix est continuellement mis au parjure ; par les délations, c'est à la trahison domestique qu'on promet récompense. Tels sont les moyens par lesquels plus de 150 millions arrivent tous les ans dans les coffres de Votre Majesté1. »

Parmi les « employés », il y en avait que les fermiers génépaux appelaient les a ambulants ». Armés de fusils et d'épées, mais sans aucun signe distinctif, ils parcouraient les chemins et les bois à la recherche des fraudeurs. On les nommait les « bandes noires ». Il leur était loisible d'arrêter et de fouiller qui bon leur semblait. Un particulier refusait-il, à leur sommation, de ralentir sa marche, ils étaient en droit de l'abattre d'un coup de feu.

Sur la frontière de Savoie, que le Guiers vif séparait de la France, il arrivait que des paysans guéassent la rivière pour aller faire en terre étrangère leur provision de sel, car ils l'y trouvaient à meilleur compte. Embusqués au creux des rochers, comme des chasseurs à l'affût, les gâpians les « arrêtaient » à coups de fusils *.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 1753, un employé, Antoine Bariod, tua de la sorte, dans sa barque, un marinier du nom de Noël Segond, qui descendait le Rhône, et cela au moment même où Segond, hélé par Bariod, allait aborder. La famille, veuve, mère, frères et sœurs, intentèrent une action en dommages et intérêts aux fermiers généraux, réclamant 4000 livres d'indemnité ; la barque en question ne contenait

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