‹ MandrinChapitre 44 sur 266 · Déposition de Laurence Humbert · texte numérisé non relu

Déposition de Laurence Humbert

dont celle-ci périssait, ou qu'on allait la brûler vive S François Moures, garçon tailleur, âgé de dix-huit ans, passait devant la maison. Il était neuf heures du soir et ce jeune apprenti se rendait à l'église, avec la femme de son patron. Ce qui fait un tableau d'une jolie poésie : dans le bourg qui s'éteint, à l'entrée de la nuit, quelques fenêtres s'éclairent l'une après l'autre, silencieuses, et cet apprenti de dix-huit ans s'en va à l'église avec la femme de son patron. Il entendit les cris de la petite Mandrin, ce qui l'obligea, dit-il aussi, d'entrer dans la maison et de monter dans la chambre. Michelle était debout au milieu de la pièce, raide, les yeux fous, son enfant dans les bras. Elle portait une camisole d'un bleu éteint, à raies, dont la partie supérieure s'était déboutonnée, découvrant le cou jusqu'aux aisselles; les manches en étaient retroussées jusqu'aux coudes; elle avait un jupon de finette grise dont les plis tombaient tout droits. Mme Buisson, chez qui l'on se trouvait, était auprès de la fenêtre. Une quinzaine de personnes se tenaient autour de l'accusée. Le malheureux bébé, ^effrayé de tant de bruit, pleurait. Ce qui fit que Moures, « craignant que l'on ne fit du mal à l'enfant », le prit à sa mère, et, sortant de la maison, il le remit à une femme qu'il ne connaissait pas2. La femme de son patron, qui l'avait attendu, voulut alors l'emmener à l'église; mais lui, demeura planté devant la maison. A l'intérieur, la femme Vinoy se débattait en sanglotant. Treillard s'était emparé d'elle et, après lui avoir retroussé ses vêtements jusqu'aux seins, il s'efforçait de la jeter dans le feu qu'on venait d'allumer en faisant flamber une poignée de paille prise à la paillasse du lit qui était dans le coin de la pièce. La malheureuse poussait des cris affreux;

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