Déposition de Fr. Moures
elle se débattait devant les flammes qui lui léchaient les chairs et s'efforçait de leur échapper en se tordant comme une couleuvre blessée; mais Treillard et Chillard la rejetaient dans le feu, à coups de pied, qui lui meurtrissaient la peau, et en l'accablant d'injures.
Veyron-Lacroix étant entré, Michelle Vinoy se précipita vers lui, le saisissant par son justaucorps :
« Monsieur, sauvez-moi ! empêchez que l'on me tue tout à fait, ou du moins ayez la complaisance de faire venir un confesseur avant que je ne meure ! »
Treillard répondit en ricanant :
ce Tu n'auras pas besoin de confesseur, nous te confesserons bien nous-mêmes l ! »
La malheureuse s'accrochait au tablier de Louise Humbert, en la suppliant de lui venir en aide :
« Mon Dieu ! mon Dieu ! ayez pitié de moi5 ! »
La fillette ensorcelée poussait de grands cris. Il faisait nuit. La pièce n'était éclairée que par la lueur fumeuse d'une chandelle que tenait un garçon tailleur8. La chandelle brasillait et vacillait en répandant dans la chambre une clarté mouvante qui faisait se profiler les assistants en grandes ombres vagues sur le mur. Mme Buisson, qui avait peur qu'on n'incendiât son logis, s'était emparée d'une « bène » pleine d'eau qu'elle répandait sur les flammes4. Alors Treillard saisit la prétendue sorcière et, la jetant violemment contre un pétrin, dans un coin de la chambre :
« Tu en verras bien d'autres • ! »
François Moures était rentré, « car la curiosité est ordi-
1. Dépositions de Vevron-Lacroix, dit Carrière, et de Louis Tourtat.