Interrogatoire de Jos. Merlin
Berlioz et à Champel, attendu sa pauvreté. Aussi bien le torrent, en débordant depuis, lui avait emporté tout son fonds * ».
Ce Joseph Merlin, paysan de Saint- Etienne- de- Saint- Geoirs, était logé depuis plus de quinze ans chez les Mandrin et nourri par eux. Le père, François- Antoine, puis son fils Louis, avaient payé ses dettes. En retour il leur avait abandonné tous ses biens, à l'exception de ses bois et d'une maison qu'il possédait, attenante au jardin des Mandrin.
Au mois de janvier 1749, Merlin s'absenta pour aller demeurer quelque temps à la Côte-Saint- André. En rentrant il trouva, comme il le dit lui-môme, sa maison « saccagée1 ». Louis Mandrin avait commencé par pénétrer chez lui pour lui prendre deux chemises et tous ses papiers. Peu après, Pierre Mandrin, âgé de vingt ans, étant rentré au pays après avoir servi dans les armées du roi, s'était introduit, avec son frère Louis et avec Jean Joug, leur domestique, dans la grange de Joseph Merlin. Il y avait pénétré en montant sur les épaules de son frère qui s'appuyait contre le mur, de manière à atteindre une fenêtre qui donnait au levant sur son jardin, « laquelle fenêtre il avait fait tomber, car elle n'avait aucune ferrure3 ». De l'intérieur, il avait ensuite ouvert la porte. Louis et Pierre Mandrin avaient pris dans la grange deux tonneaux de onze charges, avec leurs chantiers. Comme ces tonneaux n'étaient pas entièrement pleins, ils avaient eu soin de les remplir avec du vin tiré d'un troisième fût. Le cordonnier, Etienne Mo tuel, qui travaillait dans son échope, en prenant sa distraction dans le va-et-vient de la rue, avait aperçu les deux Mandrin au
1. Les pièces de procédure, dépositions et interrogatoires relatifs à l'affaire du Glier, aux Archives de l'hère, bailliage de Saint-Marcellin.