‹ MandrinChapitre 67 sur 266 · Abbrégé, p · texte numérisé non relu

Abbrégé, p

2. L'intendant du Dauphiné au Garde des Sceaux, 17 Juin 1754. A. A. S. Turin, 222, f. 261.

sont étalées le 22 juin à Millau et débitées sur la place du marché, « plus publiquement que Ton ne vend les aiguillettes et les chapelets », comme l'écrit M. de Nayrac, subdélégué de Vabre à son collègue de Lodève1. Les contrebandiers trouvèrent à Millau le meilleur accueil. Pour amuser la population, Mandrin y fit faire l'exercice à «es hommes, qui se mirent en ligne sur la place et tournèrent, virèrent, pivotèrent, à l'ébahissement des badauds. Sensibles à cette faveur, les habitants de Millau achetèrent aux compagnons des étoffes et du tabac pour plus de six mille livres. Et quand ceux-ci se furent éloignés, les excellents bourgeois dépêchèrent encore à leur suite un exprès, qui leur redemanda des indiennes pour quatre louis. Mais le stock en était épuisé. Au lieu d'indiennes, les margandiers donnèrent du tabac2.

Le .23 juin, les Mandrins passèrent par Saint-Rome-du- Tarn. Il arriva que l'un deux y fut insulté par un ivrogne et se mit en demeure d'en tirer vengeance. L'ivrogne se réfugie dans la première maison venue. Le contrebandier se jette à sa poursuite, enfonce la porte, rencontre de la résistance, tire un coup de feu : un corps tombe; c'était une jeune femme, et qui, pour un plus grand malheur, se trouvait enceinte.

Mandrin assembla le conseil qui réglait les différends au sein de sa troupe, en manière de tribunal. Le contrebandier, qui avait tué la femme, fut acquitté, car il n'avait pas commis ce meurtre de propos délibéré ; mais il lui fallut donner vingt-deux livres pour les funérailles 9.

Cet assassinat est un de ceux qui ont été le plus vivement

1. Relation do M. de Nayrac, subdélégué à Vabre, 21 juill. 4754, à M. de Bonefon, subdélégué à Lodève. Archives de V Hérault, G 1978.

2. Relation de M. de Nayrac. — Arrêt de la Cour des Aides de Montauban, 30 juill. 1754. Archives de Tarn-et-Garonne, série G, registre 1754.

3. Lettre de l'intendant de Vabre, du 21 juillet 1754, Archivé de ï Hérault. G 1978.

reprochés à Louis Mandrin; non seulement iL en était innocent, mais il en traduisit l'auteur devant ce qu'il aurait appelé la juridiction compétente.

Mandrin recrutait ses hommes avec soin. Il leur avait donné l'organisation des années régulières et les payait de même. Dix louis- d'or d'engagement et six livres par jour durant les campagnes ; 30 sous « en temps de paix », plus une part dans les « bénéfices ». Il prenait de préférence des déserteurs, — parfois des officiers réformés — , les sachant déjà rompus à la discipline militaire et habiles au maniement du fusil. Il écartait impitoyablement les malfaiteurs et les voleurs1. Ses premiers adhérents furent pour la plupart des « pays », originaires de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs, de Saint-Pierre de Bressieux, de la Côte-Saint-André, puis de la Novalaise en Savoie. Dans les archives de M* La Bonnardière, notaire au Pont-de-Beauvoisin, on trouve un certain nombre de testaments faits par des contrebandiers de la bande de Mandrin. Citons celui d'Antoine Jaussaud, désigné parmi les Mandrins sous le sobriquet de 1' « Associé », ceux de Dodelin, de Laforest, de Paccard et de Mathieu Pradel, originaire de Domessin. Ils font des dons aux églises, ils sont qualifiés d' « honorables » ; quelques-uns d'entre eux sont décorés du titre de « bourgeois ».

Mandrin s'était choisi comme second un jeune homme du lieu des Échelles en Savoie, François d'Huet de Saint-Pierre, auquel il donna le titre de « Major ». Le lieutenant de Mandrin, nommé Broc, de qui il sera question dans la suite, n'entra dans sa troupe que plus tard. Saint- Pierre est souvent confondu, à cause du titre qu'il portait, avec Mandrin lui-même ; d'autant que, à cette époque, il exerçait

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