Journal de Marsin, fév. 1755. A, G., ms. 3406, n
le commandement en l'absence du chef. Un grand garçon de cinq pieds cinq pouces, âgé de vingt-six ans, le visage rond et plein, les yeux bleus. Ses cheveux, d'un blond très vif, tiraient sur le roux, « pourquoi il porte une perruque blonde à bonnet », car pour être brigand, on n'en est pas moins homme. François Saint-Pierre avait servi dans les troupes hollandaises. Il était de bonne famille1; mais des revers de fortune avaient obligé sa mère, qui était veuve, à prendre un bureau de tabac aux Echelles. Cette fortune, le contrebandier était en train de la refaire. Déjà il avait déposé chez sa mère la somme, respectable pour l'époque, de 25 000 livres2. Le «Major » avait un frère cadet, Jean d'Huet de Saint-Pierre, dit Jambon, également enrôlé dans la bande de Mandrin. Jean avait servi dans les troupes françaises en qualité d'artilleur ; il avait déserté à l'époque où son régiment était en garnison à Grenoble8. Jean Saint- Pierre était le meilleur ami de Mandrin. Ils restèrent étroitement unis jusqu'à l'heure de la mort.
Enfin Mandrin était toujours accompagné d'une garde personnelle de six contrebandiers robustes et résolus, que l'on nommait ses « canonniers », car chacun d'eux était armé d'une grosse espingole, chargée de cinquante balles, un vrai canon.
De nombreux témoignages indiquent, non seulement la confiance que chacun de ces hommes avait en son jeune chef, mais l'affection qu'ils lui portaient. Et c'étaient des jalousies parmi les camarades, à la moindre marque d'amitié
1. Lettre adressée de Grenoble, 20 mai 4755, à M. de Malyvert, conseiller au Parlement, éd. J.-J. Veraier, p. 10.
2. Signalement communiqué le 24 septembre 1754 au gouverneur de la Savoie, éd. J.-J. Vcrnier, p. 22. —Journal de Marsin. A. G., ms. 3406, n» 147, — Arrêt du 27 janvier 1755 de la Cour des Aides de Mautauban, Archives de Tam-et-Garonne, série C, rég. de 1755.