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Abbrégè, p

LES ÀRGOULETS

Cependant les fermiers généraux commençaient à trouver que l'aventure prenait une fâcheuse tournure. Ce bandit, ce brigand, ce malandrin, Mandrin, de qui le nom allait se répandant dans la France entière, leur coupait la bourse par trop lestement. L'exemple devenait contagieux. Les grena* diers du régiment de Piémont, stationnés à Vienne, aux confins du pays sillonné par nos compagnons, désertaient pour les aller rejoindre1. On voyait des volontaires de Flandre, ce établis à Bourg pour surveiller les contrebandiers, passer la frontière avec les chevaux des officiers ».' Ils traversèrent Nantua, Châtillon et la planche d'Arlod sur le Rhône, « trois sapins joints ensemble n'ayant aucun garde du corps, jetés d'une rive à l'autre, et s'élevant de plus d'une vingtaine de pieds au-dessus du fleuve ». Les officiers durent racheter leurs chevaux et les ramener par le pont de Lucey (Bellegarde)1. Les dragons d'Harcourt vendaient publiquement, avec poids et balances, du tabac de contrebande et ils accueillaient à coups de sabre les employés

1. Le ministre de la guerre au gouverneur du Dauphiné, 1754, 18 juill. 11 fait allusion à une lettre du Garde des Sceaux, Maehault, alors chargé des finances, datée de Montélimart, 4 juillet 1754. A. G., ms. 8384, Dièce 44.

2. Notice sur ChâUUon-de-Michaille par le baron Passera t de la Chapelle, communiquée par M. l'abbé André Ghagny.

des Fermes qui venaient leur en faire des observations. Les milices bourgeoises montraient de la répugnance à protéger les intérêts des financiers1. La maréchaussée était impuissante2.

Le Contrôleur général décida donc d'envoyer sur la frontière de la Suisse et de la Savoie des corps spéciaux empruntés aux « troupes légères » — lesquelles étaient soigneusement distinguées des « troupes réglées3 ». — Dès le 21 août 1753, on en avait vu prendre quartier au Pont-de- Beau voisin, partie France, un fort détachement : des volontaires du Dauphiné, sous le commandement du capitaine du Coudray.

De ces volontaires du Dauphiné, il est question dans un rapport du marquis de Paulmy, qui rentrait précisément de son voyage d'inspection sur la frontière des Alpes. « C'est un reste de différentes troupes légères, écrit-il, qui ont servi dans les armées d'Italie pendant la dernière guerre. » Il loue la valeur des officiers. « Au reste il y a assez de division dans ce corps et beaucoup de dérangement dans sei finances4. »

Le Pont-de-Beauvoisin, au nord du massif de la Char* treuse, sur le Guiers, avait stratégiquement une grande importance. La ville, qui s'étendait sur les deux côtés du fleuve, était française sur la rive gauche, mais savoyarde, c'est-à-dire relevant de la cour de Turin, sur la rive droite. Les deux parties communiquaient par un pont pittoresque, hardiment jeté sur le torrent, en une seule arche, qu'avait

2. Lettre (9 sept. 1754) du Contrôleur général à l'intendant d'Auvergne, publ. par M. Ul. Ronchon, Us Exploits de Mandrin dans la Haute-Loire,

3. Ordonnance du gouverneur du Dauphiné, 6 Juin 1755, placard aux Archives de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirt.

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