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Le mime au mime (17 sept. 1754). Ibid., n

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de Barraux, et les place lui-même aux bons endroits1.

Le gouvernement s'était flatté que l'annonce de l'arrivée des « La Morlière », précédés de la réputation que chef et soldats s'étaient acquise durant des campagnes fameuses, jetterait les contrebandiers dans la consternation. Le comte d'Argenson ajoutait naïvement : « Il serait fort à désirer qu'ils en eussent pris alarme assez vivement pour se disperser et épargner à ces troupes la peine qu'elles auraient i les détruire*. »

Evidemment, — mais les Mandrins n'étaient pas hommes à s'effaroucher de la sorte.

Bien au contraire, ne voilà-t-il pas que ces marauds s'en viennent, jusqu'au milieu du Pont-de-Beauvoisin, partie France, insulter au grand jour M. le colonel de La Morlièret en compagnie de M. Bouret d'Érigny lui-même3?

D'autre part, les argoulets ne tardèrent pas à faire parler d'eux : c'est un brave homme qui est tué à Voiron, pour ne pas avoir répondu à l'appel d'une sentinelle4; c'est la foire du village de Ballon en Savoie qui est envahie par les soldats français ; — « plusieurs des habitants furent blessés et l'officier criait : « Tue ! tue ! qu'on tire sur ces gueux de Savoyards § ! » — c'est l'un des consuls français du Pont-de- Beauvoisin qui est appréhendé, « dans l'exercice de ses fonctions et revêtu de son chaperon », par ordre de La Morlière lui-même et conduit en prison6. En quelques

1. Le ministre à La Morlière, 23 sept. 1754. A. G., ms. 3385, n«291.

2. Le ministre de la guerre à du Coudray, capitaine des volontaires du Dauphiné. A. G., ms. 3384, n«303.

3. Le ministre de la guerre au gouverneur du Pont-de-Beauvoisin, 30 sept. 1754. A. G., ms. 3385, n« 298.

4. Le ministre de la guerre au gouverneur du Dauphiné, 16 déc. 1754. A. G., ms. 3386, n* 346.

5. Mémoire de l'ambassadeur de Sardaigne en France, 29 avr. 1755, A. A. E.t ms. Turin, 124, f. 305.

6. Le ministre de la guerre à l'intendant du Dauphiné, 16 nov. 1754. A. G., ms. 3386, n* 134.

semaines, les argoulets se firent détester dans le pays, à Tégal des gâpians, dont on disait, dans le régiment même de La Morlière :

« C'est tous des canailles1! »

En dehors des corps d'employés, des volontaires de Flandre et des volontaires du Dauphiné, une foule d'autres troupes étaient tenues en éveil pour faire face aux contrebandiers. Le ministre de la guerre invite La Morlière à se tenir en rapport constant avec le duc de Randan, lieutenantgénéral en Franche-Comté, avec le marquis de Rochebaron, commandant pour le roi en Lyonnais et Forez, avec le duc de Villars, gouverneur de Provence, et avec le comte de Moncan, commandant en Languedoc, — afin de se concerter avec eux et prendre des mesures communes1.

Au camp de Valence, sous les ordres du marquis de Voyer, on tenait tout prêts les régiments d'infanterie de Navarre, de Bretagne, de Bigorre, de Nice, de Vaubecourt et de la Roche-Aymon, et les régiments de Dragons-Dauphin et du Languedoc \ Un cordon immense de troupes interceptait les passages depuis le Jura jusqu'à la Méditerranée : le comte de Saulx-Tavanes est posté à Dijon, le baron d'Espagnac à Bourg, le comte de Marcieu à Grenoble.

Le marquis de Ganay, gouverneur d'Autun, en écrit au ministre de la guerre :

« Quand fera-t-on cesser cette chaîne humiliante et coûteuse de tant de troupes assemblées dans trois ou quatre provinces, uniquement à l'occasion de ce bandit4? »

1. Déposition de Cl. Gény, dit Beissant, devant le sénateur Dichat, &

£ropos de l'attentat du château de Rochefort (voir plus bas). Archives de i Savoie.

2. Lettre (23 sept. 1754) du ministre de la guerre à la Morlière. A. G., ms. 3385, pièce 291.

3. Mercure de France, janv. 1756, p. 186, lettre de Beaune du 24 juillet 1755.

4. Rapport au ministre de la guerre, avr. 1755, A. G.t ms. 3406, n« 178.

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Imagine-t-on plus éclatant hommage à la puissance d'impulsion, à l'énergie, à l'activité du jeune maquignon de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs ?

Mandrin est un simple d'esprit. Il ne comprend pas les pharisiens. Il a d'instinct horreur du publicanisme. Sa pensée fruste et brutale, violente, avec une sincérité d'enthousiasme qui met entre ses mains grossières des ressorts assez forts pour bouleverser un État, croit que c'est pour le bien des « petits » qu'il va ainsi, fonçant à l'aveugle sur ceux qui dépouillent les braves gens. Et les financiers, leurs buralistes, leurs rats-de-cave, leurs argoulets et leurs gâpians s'enfuient à son approche ; — comme, dans la campagne, à l'approche du paysan, s'envolent, avec un menu bruit d'ailes, les moineaux qui pillent la moisson.

(20 août-5 septembre 1754.)

Les Mandrins « percent » à Saint-Georges d'Aurac (Auvergne).— Excès à Brioude.— La recette buraliste de Craponne (Velay). — Mandrin ouvre les prisons de Montbrison. — Il rentre en Suisse par la Bourgogne et la Franche-Comté. — Les gâpians de Pont-de-Veyle et du Fort deJoux.

Coupant les cordons de troupes qui avait été disposées pour lui fermer la route, Mandrin rentre de Savoie en France, le 20 août 1754*.

Il trompe les postes de soldats et de gâpians qui le guettent et vient tout d'une traite avec ses hommes jusqu'à Saint- Georges d'Aurac, en Auvergne, où il passe la nuit du 25 août. M. Marie, subdélégué de Langeac, en écrit à son intendant : les contrebandiers n'ont pas fait de mauvais traitements dans sa subdélégation, sauf aux domestiques d'un aubergiste d'Aurac qui faisait des difficultés pour les accueillir8.

Le 26 août, nos compagnons arrivent en vue de Brioude. Aux abords de la ville, Mandrin place des sentinelles; il en établit notamment un poste au petit bois de Saint-Ferréol ;

4. Ant. Vernièrc, Courses de Mandrin dans l'Auvergne, le Velay et le forez (extrait de la Revue d'Auvergne, 1889); Clcrmont-Ferrand, 4890, in-8 de 98 pages — Ul. Bouchon, Les exploits de Mandrin dans la Haute- Loire (Veïay et Basse-Auvergne); Privas, 1905, in-8* de 121 pages.

3. Le subdélégué de Langeac à l'intendant d'Auvergne, 28 août 1754, éd. UI. Rouchon, p. 20.

cependant qu'un peloton d'avant-garde entre dans Brioude, s'empare des portes et des avenues et tire enfin un coup de feu, signai convenu. Il n'est pas six heures du matin. Les habitants de Brioude sont éveillés au bruit des tambours et des fifres : c'est l'entrée de Mandrin à la tête de soixante contrebandiers. Il est en habit de drap gris à boutons de cuivre, coiffé de son chapeau festonné d'or \ Après s'être assuré le gîte dans deux auberges, il se dirige vers l'entrepôt des tabacs, rue de la Vieille-Cartellerie, paroisse Saint-Pierre, au coin de la Grand'rue. Il est suivi de vingt-neuf chevaux chargés de « faux tabac ». Il met pied à terre devant l'entrepôt, dont il fait ouvrir la porte-cochère ; les bennes nouées de cordes sont empilées dans la cour.

Les contrebandiers étaient très surexcités. Ils étaient harrassés par la longueur et par la rapidité de la course qu'ils avaient dû fournir depuis la frontière. Mandrin avait de la peine à les contenir.

Ils réclament l'entreposeur. L'entreposeur est mort. Sa veuve, dame Angélique du Hamel, est âgée et elle est malade dans son lit. Comme des furieux les margandiers se précipitent dans sa chambre, en bousculant deux servantes qu'ils trouvent sur le palier. Ils entrent avec un affreux vacarme et en proférant mille injures. Ils disent à Mme du Hamel qu' « elle est la cause qu'ils ne peuvent faire tranquillement leur métier de contrebandiers et que, comme elle leur a occasionné beaucoup de pertes, ils sont venus la forcer de prendre tout leur faux tabac, sans quoi ils la jetteront par la fenêtre ». L'une des servantes a pu s'échapper pour aller prévenir les autorités. Cependant les contrebandiers contraignent la dame à leur donner ses clés et ils se mettent à forcer

1. Signalement communiqué le 21 octobre 1754 par le Contrôleur général au ministre des affaires étrangères. A. A. E. ma. Turin 323, f. 243.

les tiroirs, à ouvrir les armoires, où ils trouvent 4350 livres dont ils s'emparent. Mais ils n'entendent pas voler cet argent. Ils vont laissera l'entreposeusede leur tabac de contrebande, de ce bon tabac, qu'ils vendentaux représentants de laFerme, une qualité dans l'autre, au prix moyen de 5 livres la livre poids de marc.

Afin d'être assurés de donner mesure exacte, en honnêtes marchands, les compagnons envoient prendre les poids de la ville, malgré la résistance que leur oppose le fermier du poids du roi. Ils pèsent le tabac déposé chez Mme du Hamel. Il y en a pour 15421 francs, sur lesquels ils n'en ont encore touché que 4350. Les plus violents rentrent tumultueusement dans la chambre de la malade. Vainement Mandrin s'efforçait de les apaiser ' .

Cependant M. Croze de Montbriset, président en l'élection de Brioude, et J.-Fr. Magaud, conseiller du roi, faisant fonctions de procureur, assistés de leur greffier, se présentent aux portes de l'entrepôt. Ils en sont repoussés à coups de crosse par les compagnons qui y ont été placés en sentinelles.

Les Mandrins menaçaient la veuve du Hamel, si elle ne leur versait pas l'argent qui leur restait dû sur leur tabac, de la faire rôtir dans sa maison à laquelle ils allaient mettre le feu. L'entreposeuse terrifiée leur offrit toute sa vaisselle plate, mais les compagnons ne voulaient pas de vaisselle, et il fallut que la belle-sœur de Mme du Hamel se mtt à courir la ville pour tâcher de trouver de l'argent. Elle revint avec 2310 livres qu'elle avait empruntées, partie au receveur des tailles, partie au prévôt de l'église et à des amis particuliers. Ce qui fit un total de 6660 livres que les contrebandiers empochèrent, tout en continuant d'en récla-

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