Procès-verbal publ.par 01. Bouchon, p
dant d'Orléans le signalait à M. Rouillé : « C'est un scélérat qui, après s'être fait plusieurs affaires criminelles, a été obligé de quitter le pays où vraisemblablement il ne serait pas revenu sans l'occasion qu'il a trouvée de se joindre à Mandrin qu'il accompagne dans toutes ces expéditions1. »
Mme du Hamel ne put signer le procès-verbal qui fut dressé de ces faits, « à cause de la frayeur dont elle était saisie ». La pauvre femme mourut huit jours plus tard, le 2 septembre s. La visite des margandiers n'avait pas été pour la rétablir.
De Riom, de Clermont et d'Issoire, on avait dépéché en hâte toute ia maréchaussée du pays, afin d'arrêter les « brigands ». Des divers points de l'horizon, on vit donc arriver les gendarmes, lourdement et magnifiquement, le 29 août, trois jours après le départ des compagnons; ce qui se répète à chaque page de cette histoire.
A la sortie de Brioude, Mandrin avait divisé sa troupe en deux corps, dont l'un avait pris la route de Massiac ; l'autre, le plus important, et dont il conserva le commandement, repassa par Saint-Georges d'Aurac et entra dans le Velay. En Velay, pays de montagnes, par les cols, par les gorges tapissées de sapins, où coule avec bruit l'eau intermittente des torrents, sur les plateaux d'où l'on découvre au loin la plaine bleuâtre qui ondule, bleue et transparente comme une mer immobile, — il semble que Ton voie serpenter les files hardies et rapides des contrebandiers. Cols et gorges d'un accès difficile, dont les paysans, amis des margandiers, leur indiquent les plus secrets détours.
Craponne est bâti sur des plateaux volcaniques ; mais au fond d'une cuve de prairies verdoyantes, que bordent, en
1. Barentin à Rouillé, 7 janvier 1755, Orléans, A. A. E. ms. Genève 6fi. i. A. Vernière, p. 44.
manière de clôture, des quartiers de rocs amoncelés. Après un crochet sur Yssingeaux, Mandrin y arriva le 28 août.
Les margandiers heurtèrent à l'huis de l'entreposeur des tabacs.
La maison de la recette buraliste de Craponne existe aujourd'hui encore, intacte, telle qu'elle était quand elle fut envahie par les Mandrins ; avec ses murs ventrus, tout de guingois. Les petites fenêtres sont jetées irrégulièrement sur les quatre façades, car elle a jour sur rue de toute part, elles ont des contrevents pleins, en bois naturel, bruni par le temps, scellés aux chambranles par des pentures en fer noir. Sur chacune des deux façades principales, une porte vitrée, basse, à linteau cintré, et fermée la nuit d'un vantail de bois, les montants et le linteau rayés de nervures du xv* siècle. La toiture est en tuiles rouges et s'avance en auvent, couvrant une galerie à jour sur la rue, que soutiennent des poutres obliques engagées dans le mur. La maisonnette, en son exquise vétusté, se dresse au centre delà petite ville.
Les Mandrins s'y présentèrent au milieu de la nuit ; mais l'entreposeur, Dominique Boule, avait pris la fuite, laissant à sa femme le soin de recevoir les compagnons. Celle-ci dut accepter du faux tabac pour 3 400 livres qu'elle s'en fut emprunter : 2 200 livres au maire de Craponne et 1200 livres à M. Daurier d'OUias. La somme ne fut réunie que difficilement. « On la lui compta (à Mandrin), comme on put, en or et en argent ; jusqu'à secouer en sa présence le sac des liards, et encore celui des deniers1. »
Comme de coutume, on laissa un reçu.
« Hé, que diable ! dit le contrebandier2, consolez- vous.