AU DUC
Une voix appelait dans la sombre demeure, Et, du seuil où l'on doit laisser sa liberté, Aux dogues d'un préau demandait, tout à l'heure, Le prisonnier qu'hier on leur avait jeté. Quoi! si plein de jeunesse et si joyeux naguère, Ce nouveau malheureux, pauvre ami! c'était toi! L'ami qu'on a daigné prêter à ta misère, L'autre prisonnier, c'était moi ;
Car il a bien fallu qu'ici Ton me réponde : Il est là ! J'accourais, tu m'as tendu la main ; Et nous avons, enfants ! parlé de notre monde. Comme si tu devais y revenir demain; Puis, comptant les arceaux du commun sarcophage Où, pour battre à l'étroit, le cœur s'est amoindri Et, mesurant l'espace et l'air qu'on s'y partage. Tous deux, pourtant, nous avons ri !
Oui, nous avons pesé le fer de la torture. Mais au grand jour, sans toi, revenu tristement, Que j'ai trouvé la pierre impitoyable et dure Pour les hôtes scellés à ce froid monument ! Hélas! pour ces tourments, qu'un espoir y prolonge. On n'a plus le repos que dans le désespoir. . . Oh! par le soupirail où le regard y plonge, Que ce tombeau m'a paru noir !
Aux jours qu'on a brisés ce présent qu'on enlève, Comme une longue nuit ne laisse qu'un sommeil • Entre hier et demain aujourd'hui n'est qu'un rêve : Pour reprendre ses jours on attend un réveil. Les heures, que ce vide affreux vous a ravies, Y comptent sans vibrer vos éternels loisirs ; C'est une mort qu'il faut suspendre entre deux vies À des regrets, à des désirs.
Tu pleures, n'est-ce pas? quand le soir te ramène, Au coucher du soleil, le frisson des rameaux, Un peu de la chanson de quelque voix lointaine, Un pauvre souvenir glissé par les barreaux» N'est-ce pas qu'on retrouve un indicible charme A puiser des regrets dans un cœur oppressé ? Et qu'on aime à jeter, à travers une larme, Un long regard vers le passé ?
L'avenir est si loin ! et tout ce qu'on envie Se retrouve au delà d'un si vague horizon, Lorsqu'il faut traverser ce désert dans la vie, Qu'on y craint, devant soi, d'égarer sa raison. Mais pour charmer l'ennui d'une si longue attente Des chants seront permis à ta captivité; Elève tes accents : quand un prisonnier chante On écoute dans la cité.
Au moins un Dieu sourit encore à la jeunesse
Et lui rend, en ce lieu, de ces jours qu'on lui prend.
(Qui n'aurait pas pitié des beaux ans qu'elle y laisse?)
Ce matin, sous un voile à demi transparent,
Pour offrir au malheur quelqu'ineffable échange,
Un envoyé du ciel frappait à votre enfer:
Il se fermait pour moi ; mais j'ai vu sur un ange Retomber la porte de fer.
Et dans ce Paradis que tu quittes à peine N'auras-tu pas, aussi, dû laisser un amour Qui te pleure tout bas et qui veut dans ta chaîne Un moment avec toi s'enlacer à son tour ? Une femme ! oh ! c'est là, c'est quand son front se penche A votre front brûlant, c'est quand sur vos genoux, Elle a dans vos deux mains sa main petite et blanche, Là, qu'un baiser doit être doux !
Comme elle doit aimer, être bonne, être belle. Avoir des mots charmants à répondre aux soupirs, La femme qu'au captif amène un tendre zèle, Un caressant orgueil d'être tous ses plaisirs ! Il n'échappera plus à sa voix amoureuse. . . Elle sait qu'attentif au cher bruit de ses pas Il écoute, il attend, quand elle apporte, heureuse ! Du bonheur pour lui plein ses bras.
On n'a plus froid au cœur contre un sein qui palpite . Eh! qu'importe la main qui ferme des verroux Sur un tendre, mystère ? Amour tarit si vite Les pleurs" qu'on laisse boire à ses baisers jaloux! Où ne vient pas l'amour dès qu'un soupir l'appelle? Va, tous les jours au seuil on frappera pour toi. Quelquefois cependant ce ne sera pas elle. . . Alors, ami, ce sera moi.
Juillet 1833.