ANESTHÉSIE DE L'OUIE, DU GOÛT ET DE L'ODORAT
Les troubles sensoriels par anesthésie sont beaucoup plus fréquents. Nous réservons pour un chapitre suivant les troubles visuels qui méritent une place à part de par leur importance et dans certains cas de leur gravité exceptionnelle car ce sont ordinairement des atrophies de la papille. Et nous nous occuperons en ce moment de l’ouie, du goût et de l’odorat.
Une fois, nous avons vu l’anesthésie ou plutôt l’hypoesthésie de ces sens coexister, c’est dans l'observation de MM. Klippel et Aynaud de paralysie faciale zostérienne (1).
Deux fois l’ouie et le goût furent pris en même temps sans troubles olfactifs : 1° dans une observation de Testaz que nous citerons à la paralysie; 2 dans celle de Grassmann où il y eut aussi de l’œdème de la joue du même côte qu'un zona occipito-collaris. Deux fois lhypo-
(1) KztPpEL et AYNAUD. Journal des praticiens, 15 avril 1899.
acousie exista seule avec paralysie faciale zostérienne, c’est dans l'observation de Lannois et dans notre observation inédite de paralysie faciale dans le zona.
Disons dès maintenant que c'était un zona occipito= collaris qui ne dura pas plus de douze jours. L'hypoacousie, est à la sortie dela malade, leseul symptôme qui persiste encore. Ici les troubles du goût furent recherchés avec soin, ils n’existaient pas.
L'hypo-acousie a encore existé dans le cas de Voigt que nous citons plus haut et dans lequel il y eut de lhypéresthésie du goût. De même l’hypo-agueusie exista dans l'observation de Raymond où il y eut hyperacousie.
Dans tousles cas d’anesthésie que nous venons de rapporter, il y eut coexistence d’une paralysie faciale et des troubles sensoriels.
Devant de tels exemples, la première explication qui. s'offre, consiste à rattacher les troubles du goût et de l’ouie à la lésion du facial. Tout pourrait s'expliquer par une semblable lésion, à cause de la corde du tympan et des filets nerveux qui vont du facial aux muscles des osselets.
Cette théorie séduisante ne nous peut satisfaire entièrement.On affirme d’une façon moins nette l'intégrité du nerf auditifetduglosso-pharyngien quand on songe que la lésion du facial est déjà une manifestation à distance et qu'il n’y à pas de raison pour qu’une telle manifestation n'ait pas lieu sur d’autres nerfs aussi bien que sur celui-là.
En second lieu, cette explication ne suflit pas pour tous les cas. Il faut un autre responsable que le facial pour l'ædème de la face que l’on remarque dans le cas de Grassmann (1), pour les hallucinations visuelles du
(1) Voir observation LIT.
MO
malade de Féré (1), et surtout par l’anosmie du cas de M. Klippel. D'autant plus que dans ce cas l’anosmie et l’agueusie existaient également du côte oppose au zona. Enfin nous avons de même observé dans le service de M. le docteur Klippel (2) un cas de douleurs zostériennes à distance, où il n’y eut pas de paralysie faciale et où l’on trouva pourtant à l’essai du quinine une diminution nette quoique pas absolue de la sensation du côté du zona intercostal.
Il semble enfin que le nerf du sens de l’espace puisse être lui-même atteint. M. Lannois rapporte un cas de paralysie faciale survenue brusquement et accompagnée de zona de la face du cou et du moighon de l'épaule du même côté. En même temps, le malade fut pris d'accès de vertige de Ménière. Le zona disparut, mais la paralysie faciale et le vertige durèrent deux ou trois mois. Il y eut de l’hypoacousie.
Ainsi que le fait observer M. Lannois, ces cas sont intéressants pour leur rareté et la difficulté de leur interprétation.
Si on peut admettre, soit un phénomène réflexe, soit une névrite de propagation, il vaut mieux invoquer une infection commune, donnant à la fois le zona et une paralysie analogue à celle du tétanos céphalique.
Il faut ainsi toujours en revenir à cette théorie infectieuse dont tout prouve l'existence et qui seule peut tout expliquer.
(1) Voir observation II.
(2) Voir notre observation inédite de douleurs, observation VI.