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VÉSICULES ABERRANTES PROPREMENT DITES

Mais nous trouvons bien plis démonstratifs les cas où les éléments érupüfs sont disséminés sur tout le corps.

M. Tenneson (2?) a su imposer à tous la croyance à ces éléments à distance auxquels il a donné le ñom de vésicules aberrantes. Voici comme il s'exprime :

«Lorsque chez les malades atteints d’un zona aigu typique, on examine chaque jour la surface cutanée toute entière, on constate neuf fois sur dix ce que depuis longtemps dans notre ensèignement nous nommons les vésicules aberrantes du zona. Ce sont des vésicules semblables

(1) Lecenpre. Société Médicale des Hôpitaux, 1898. (2) TENNESON. Bulletin de la Société méd. des hôpitaux, 1898.

à celles du zona, mais isolées, distribuées irrégulièrement à de erandes distances les unes des autres sur toutes les parties du corps. Ælles naissent successivement pendant plusieurs jours, sont toujours en très petit nombre et passent inaperçues quand on ne les cherche pas. »

A la définition de M. Tenneson nous ne changerons qu'une chose c’estque les vésicules aberrantes ne sont pas toujours en petit nombre.

C'est ce qui ressortira de certaines observations qui suivent.

Ainsi nous aurons l'observation de M. Brissaud que Boulland (1) a publiée en 1888.

Les quatre observations de Molinié 189%, celle de Haslund 1897.

Les trois de Leredde et Janselme 1898 et les deux de M. Giraudeau 1898.

Nous rappellerons enfin que la quatrième observation de Féré (2) sur les douleurs à distance présente aussi des vésicules aberrantes.

OBSERVATION XIV — (Brissaup).

Zona bilatéral et Fruption d’Herpès coincidant avec un sona(3).

La nommée Gaudry (Adèle), âgée de 46 ans, journalière aux Halles, est entrée à l’'Hôtel-Dieu annexe le 14 mai 1888.

Cette femme est d'une vigoureuse constitution, elle est. forte, je dirai même grosse. Ellé a le teint coloré des gens qui mènent la vie au grand air. Elle n’a jamais fait de maladies graves. Elle eut cependant un érysipèle léger de la face, il y a neuf ans. La malade eut cinq grossesses qui se sont toutes bien terminées, sans accidents, et les cinq enfants sont aujourd'hui en parfaite santé. ;

(1) Bouranp. Zona bilatéral, Thèse, Paris 88. (2) Soc. Mèd. des Hôp., 14 oct., 98. Voir page 23. (3) Zona bilatéral : BouLLanp, Thèse, Paris, 1880.

La maladie qui a décidé cette femme à entrer à l'hôpital a débuté le samedi 12 mai par une violente douleur dans le côté gauche. Elle n'avait point ressentide frissons et ne toussait pomt. Le lendemain, 13 mai, elle s'aperçut qu'elle avait le coté parsemé de plaques rôuges, et toute la région intercostale était le siège de vives douleurs.

À son entrée à l'hôpital, le lundi 14 mai, on constate un zona qui occupe les 9, 10° et 11° espaces intercostaux du côté . gauche et dépassant la ligne médiane au niveau de la colonne vertébrale.

En outre, on peut constater la présence de vésicules disséminées sur diverses parties du corps et en particulier sur l'abdomen du côté droit, sur la face antérieure des deux cuisses, sur les seins. Le bras droit est le siège d’une vésicule. De plus, on en trouve encore une au niveau de la commissure labiale du côté gauche. En arrière, il y en a sur le dos à droite et sur les fesses des deux côtés.

La malade n'a jamais eu de fièvre : à aucun moment, elle n’a souflert ailleurs que dans le côté gauche, là où les vésicules étaient très confiuentes. Son état général est excellent, l’appétit est bon. Toutes les fonctions s’accomplissent régulièrement. Notre malade n'a jamais eu de mal de gorge, ni rougeur, ni vésicules dans le pharynx.

Toutes les vésicules ont évolué normalement et simultanément. Elles étaient en pleine dessication au bout de trois semaines ; la douleur intercostale seule persistait.

Actuellement, 19 juin, on voit encore les traces des vésicules aussi bien au niveau de la région intercostale gauche qu'au niveau des vésicules isolées.

La malade se plaint toujours d’une douleur au côté gauche, douleur qui l'empêche de s'habiller et, en particulier, d’attacher les cordéhs de ses vêtements.

OBsERvATION XV (Mounir) (1).

Vésicules aberrantes Lebris Francois, âgé de 24 ans, poseur de rails entre à Saint-Louis le 10 décembre 1894. Aucun antécédent héréditaire

(1) Moznie. Vésicules aberrantes du zona. Thèse Paris, 1895.

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ou personnel n'est à noter. Les parents sont vivants et se portent bien.

Il y a 15 jours environ, à la suite d’un refroidissement, le malade a constaté l'apparition de trois vésicules d’herpès sur la lèvre inférieure. Il n’a d’ailleurs éprouvé alors ni fièvre, ni symptômes généraux.

Ilya8 jours, il a commencé à se plaindre de douleurs lancinantes dans la moitié gauche du cou, vers la nuque. Ces douleurs se sont manifestées, avant tout accident cutané, et c’est seulement quatre jours après que le malade à constaté l’éruption

Le jeudi soir, en effet, apparait sur la nuque, à gauche de la ligne médiane, un large placard rouge. Au bout d'un temps très court, les vésicules se sont développées. Le vendredi, l'éruption gagne vers le cuir chevelu : le samedi, elle envahit -d’abord toute la moitié gauche de la région cervicale, puis la partie supérieure de la même moitié du thorax.

Hier dimanche, et aujourd'hui, l’éruption s’est encore un peu étendue, tout en conservant les caractères que nous avons signalés.

Dès le début, par suite de la rupture des vésicules, l’éruption a été très suintante.

Lundi 10 décembre. L'état actuel est le suivant: un vaste placard éruptif occupe la moitié gauche de la nuque, la partie voisine du thorax à gauche de la ligne médiane, et la partie inférieure et postérieure du cuir chevelu dans la moitié correspondante.

Toute la partie latérale gauche du cou et le moignon de l'épaule gauche, la partie inférieure et postérieure de la joue gauche de même que la partie antérieure du cou, sont le siège d’une éruption confluente qui dans les régions sus et sous hyoïdienne dépasse un peu la ligne médiane. =

En somme, les placards éruptifs débordent en arrière la ligne des apophyses épineuses et dépassent en avant la ligne médiane De haut en bas, la hauteur de la lésion est de 35 centimètres environ.

(Nous ne suivrons pas M. Molinie dans l'analyse détaillée de chacune des parties de cette éruption faite de vésicopustules recouvertes de croûtes, sur une base érythémateuse. Les éléments en sont plus jeunes sur le moignon de l’Epaule.).

Ainsi le malade est atteint d'un vaste zona qui a envahi

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toute la sphère de distribution du plexus cervical superficiel.

I y a de la douleur qui la nuit, par le repos, se calme et est remplacée par du prurit qui pousse le malade à se gratter.

Vésicules aberrantes. — En examinant le malade avec soin, nous sommes frappé par l'existence de vésicules disséminées sur le corps. Sur la face antérieure du thorax et de l'abdomen, nous voyons dispersées sans aucun ordre, apparent du moins, quatre où cinq vésicules qui présentent les caractères suivanis :

Elles paraissent, les unes en voie de développement, les autres en voie de dessication. Les premières ont un pourtour assez régulièrement circulaire une surface lisse, elles sont, non pas complètement hémisphériques, mais plutôt déprimées en leur centre sans qu'il y ait d’ombilication à proprement parler. Leur contenu est clair, transparent. Le volume de ces vésicules est à peu près celui d’un grain de millet, la plus grosse est comme un grain de chennevis. Toutes sont entourées d’une petite aréole rouge.

Sur le dos, nous trouvons, disséminées également, à la partie inférieure de la région dorsale et à la région lombaire, des éléments semblables aux précédents. À gauche de la ligne médiane, il y a cinq vésicules absolument identiques à celles de la face antérieure du tronc. Nous nous croyons donc autorisé à considérer l’ensemble de toutes ces vésicules isolées, comme étant de même nature, développées toutes, sous l'influence de la même cause.

Le développement des dernières ne s’est accompagné d’aucune douleur’ proprement dite, le malade se plaint seulement d’éprouver des démangeaisons sur toutle corps, mais ne peut localiser le point de départ de ces sensations La pression sur chacune de ces vésicules détermine une légère sensation de brûlure.

La première observation de M. Molinie ne présente plus rien d’intéressant. Ces vésicules, encore très visibles le 18 décembre disparurent le 21 avec la guérison de la maladie. I] y eut donc ici quatre vésicules aberrantes sur la face antérieure du tronc et huit sur la face postérieure. Un élément enlève à ce cas un peu de sa valeur démonstrative, l’auteur en convient lui-même sans que sa conviction en soit pourtant ébranlée: c'est qu’il y eut des inoculations secondaires qui se manifestèrent par de l’ecthyma.

Les vésicules aberrantes avaient des caractères qui ne pouvaient permettre qu’on les prenne pour des accideats d’inoculation.

OgservarTioN XVI (2° Morte).

Humas François, employé de commerce, âgé de 57 ans, vient de la consultation de l’hôpital Saint-Louis, le 7 janvier 1894.

Cet homme a eu une pneumonie, il y a 7 ans et l’an dernier, une bronchite intense qui a duré plusieurs semaines: Il n’a jamais eu d'hémoptysie ni de pleurésie et ne connaît pas de tuberculeux dans sa famille.

L'affection actuelle a commencé à la fois, raconte le malade, par des douleurs sur le cou et des boutons sur la même région. Le premier bouton s’est montré sur la nuque, d’autres se sont rapidement développés tout autour. Puis en des points divers de la partie droite du cou, des plaques éruptives se sont montrées. En trois jours, l’éruption avait atteint le développement qu'elle présente aujourd'hui. Ces phénomènes se sont accompagnés de douleurs vives que le malade compare à des brülures, à une cuisson presque continuelle. En même temps, Humas François a éprouvé une violente céphalalgie, mais il n’a pas eu de fièvre, car l’état général est resté bon malgré l’insomnie. Il a continué à manger de bon appétit, il n’a eu aucun symptôme gastro-intestinal et la soif est restée très modérée.

Le malade n’a jamais eu aucune éruption de ce genre.

Le 7 janvier, toute la région à laquelle se distribuent les branches superficielles du plexus cervical droit sont envahies par l’éruption. Celle-ci forme un vaste placard rouge, qui, de la racine des cheveux en arrière, se porte en avant jusqu’au voisinage de l’angle du maxillaire inférieur. Ce placard remonte en hautet en avant jusqu’auprès de l'oreille et descend en bas jusqu'à l'extrémité inférieure du cou. Dans toute cette étendue on ne voit que quelques ilots de peau saïne et blanche de petites dimensions.

Autour Ge cette vaste nappe érythémateuse on trouve, disséminés sur les téguments normaux, de petits espaces érythémateux très irrégulièrement limités, présentant une éruption de vésicules d’herpès. Sur toute l’étendue de ces altérations cutanées on voit de très nombreuses vésicules.

En haut, quelques groupes d'éléments remontent jusqu'au vertex, où ils sont très faciles à voir par suite de la calvitie du malade. Par le toucher, on sent facilement d’autres groupes de vésicules disséminées sur la partie postérieure et droite du cuir chevelu, cachées par les cheveux, ces vésicules ne sont perceptibles qu'au toucher, la vue ne décèle nullement leur existence.

Sur la nuque, au voisinage de la ligne médiane, de nombreuses excoriations abondamment suintantes, qui agglomèrent les cheveux, les rendent adhérents entre eux. En d’autres points de la nuque, sur ce même fond rouge, on voit des vésicules desséchées, transformées én croûtes, les unes épaisses brunâtres, les autres minces et jaunätres. Ces croûtes sont petites, les plus larges n'ont pas plus d’un centimètre de diamètre.

À côté, disséminées, on voit des vésicules encore pleines de liquide, les unes isolées, très petites, miliaires; les autres un peu plus larges et atteignant les dimensions d’un grain de chenevis, dont la surface est aplatie, mais dont le centre n’est pas ombiliqué.

La plupart de ces vésicules sont confluentes et forment ainsi des soulèvements épidermiques blancs, aplatis, larges, atteignant le diamètre d'une pièce de cinquante centimes.

Dans la région dorsale, l’éruption ne descend pas au-dessous de l’épine de l’omoplate et ne dépasse pas la ligne médiane. On voit un très petit groupe près de l’apophyse épineuse de la première vertèbre dorsale. Ce groupe estformé d’une vingtaine de vésicules, très rapprochées les unes des autres et toutes de la même période de leur évolution, plates, remplies d’un liquide blanc jaunàtre. À leur base, ces derniers éléments, très voisins les uns des autres sont pourtant séparés entre eux par de min- - ces espaces de peau rouge vif qui tranchent nettement sur la

coloration blanche de ces vésicules.

Plus en dehors, on voit plusieurs autres groupes de vésicules qui ont en moyenne les dimensions d’une pièce de deux francs, mais d’une forme très irrégulière. On voit, au centre de quelquesuns des placards éruptifs des croûtes plates brunâtres, qui semblent indiquer un certain degré de nécrose des parties les plus superficielles des téguments.

Sur le cou, les vésicules sont très rapprochées, et forment des plaques assez larges formées chacune d’un nombre assez

considérable d'éléments, puisque ce nombre varie de 25 à 50.

D’autres placards éruptifs et des vésicules isolées se voient

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