‹ Manifestations A Distance Dans Le ZonaChapitre 35 sur 55 · CRE AE · texte numérisé non relu

CRE AE

Etat actuel le 19 juillet 1898. Zona typique occupant le côté droit du thorax et la face interne du membre correspondant. L'éruption ne déborde pas en dedans la ligne médiane du sternum. Elle est constituée par des groupes de vésicules citrines, bien pleines reposant sur une base érythémateuse. Cette plaque pectorale est orientée horizontalement et située à trois ou quatre travers de doigt environ, au-dessus du mamelon. En dehors, cette plaque ne déborde pas la ligne mamelonnaire verticale.

L'éruption recommence sur le bord antérieur de l’aisselle. A ce niveau elle est représentée par un petit groupe de vésicules coalescentes ecchymotiques. De petits groupes éruptifs sont disséminés dans le ereux axillaire. De nombreux amas recouvrent toute lafaceantérieure du bras etde l’avant-bras. Les derniers éléments sont situés à deux travers de doigt au-dessus du”poignet. : Le

D'une manière générale l'éruption occupe les territoires métamériques de la première et de la deuxième paire dorsales. Mais il y a quelques éléments aberrants, ainsi quelques petits groupes occupent la face postérieure du bras droit.

Mais ce qui fait l'intérêt de cette observation, c’est que de nombreux éléments sont situés à très grande distance des plaques de zona soit sur le côté qui lui correspond soit sur le côté opposé. Ils occupent surtout les régions inférieures et latérales du thorax, ainsi que les flancs et la région des hanches. La plupart de ces éléments sont de simples macules érythémateuses un peu surélevées; mais quelques-unes sont surmontées d’un soulèvement vésiculeux; d’autres portent une petite croûte vestige d’une vésicule excoriée.

Les ganglions de l’aisselle droite sont volumineux, mobiles et très douloureux à la palpation. Il en est de même du ganglion épitrochléen. Les ganglions du membre supérieur gauche ne sont pas perceptibles. Les ganglions de la partie cervicale droite sont plus volumineux que ceux du côté gauche.

Au niveau du zona, dans les régions du moignon de l’épaule et de l’omoplate, il n’y a pas de trouble des sensibilités tactile, douloureuse et thermique.

Actuellement, le malade n’a pas de fièvre; l'appétit qui avait un moment disparu est revenu. Pas de sucre, mais un peu d’albumine dans les urines.

ner.

OgservarTioN XXIL(LEREDDE et JANSELME) (1)

Sol... Eugène, âgé de 42 ans, forain.

Le mercredi, 6 juillet, ce malade ressent, au réveil. une douleur assez vive dans le moignon de l'épaule droite. Jusqu'au vendredi soir la souffrance reste supportable, puis elle subit une recrudescence très accentuée. La femme du malade constate alors une plaque rouge qu'elle frictionne avec du baume opodeldoeh. [1 y avait certainement de l’hyperesthésie, car la friction fut très douloureuse. Néanmoins linsomnie ne fut pas complète.

Le lendemain, 9 juillet, apparition d’une éruption sur la face postérieure du moignon de l'épaule droite. Une seconde poussée éruptive s’est produite le mardi 12 juillet, elle occupe la partie antérieure et droite du thorax, quant à l’éruption, située sur la partie latérale du thorax et qui relie les plaques antérieure et postérieure, elle daterait seulement du mercredi 13. Les douleurs étaient encore très vives ce dernier jour ; depuis elles se sont calmées et le malade dort bien la nuit.

Etat actuel (16 juillet 1898): Vaste zona thoracique commençant en arrière à la hauteur de la 5° apophyse épineuse dorsale et descendant jusqu’à la 7°. Elle dessine une large bande de 4 travers de doigts de hauteur, qui se porte obliquement en bas et en dehors de sorte que le bord inférieur est au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate. Une traînée se détache de la plaque principale, suit le bord postérieur de l’aisselle et descend sur le bord postéro-interne du bras dans une étendue de 4 à o centimètres.

Cette plaque postérieure est d’un rouge vif, elle est hérissée de nombreuses vésicules, contenant un liquide séro-purulent.

Beaucoup de ces éléments ont le diamètre d’un grain de millet à un grain de chénevis. En beaucoup de points, il sont coalescents de manière à former des placards, de l'étendue d’une pièce de cinquante centimes à une pièce de un frane. Leur contour est toujours extrêmement déchiqueté et capricieux. Plusieurs bulles ont une coloration brun-violätre qui paraît dûe à des ex-traversats sanguins.

Autour de la grande plaque, il y a de nombreux éléments

(1) Loc cit.

aberrants et même des groupes constitués par cinq à dix bulles cohérentes.

Sur la paroi thoracique de l’aisselle ,il existe un petit groupe n'ayant pas plus de quatre centimètres de diamètre, C’est une plaque hérissée de nombreux vésicules à contenu à peine louche.

Il existe un assez grandnombrede vésicules aberrantes surla peau de l’aisselle.

En avant, l'éruption est plus discrète qu’en arricre, elle est constituée par une série de plaques érythémateuses, déposées horizontalement à la suite les unes des autres, en série à peu près linéaire et recouvertes de vésicules de zona,

L'ensemble de ces placards est situé à environ deux travers de doigt au-dessus du mamelon droit. Le groupe le plus interne atteint la ligne médiane mais ne la dépasse pas.

Ce qui esttout à fait anormal dans ce cas, c'est le grand nombre de vésicules aberrantes.

Sur le côté droit du thorax, il y en a de trés nombreuses, situées à une grande distance des plaques éruptives. Ainsi on en voit à la partie externe de la clavicule et sur le bord antérieur du trapèze ; sur la région cervicale et dans la fosse susclaviculaire, on compte une dizaine de vésicules de zona tout à fait typiques sur les régions dorsale, lombaire, fessière, trochantérienne et abdominale du côté droit. Une vésicule est située sur la face interne du tibia, un peu au-dessous du plateau tibial. Deux bulles sont dissimulées dans le cuir chevelu.

Du reste, le côté gauche du corps n’est pas épargné. Il existe des vésicules isolées, les unes contenant encore un liquide clair, les autres déjà suppurées. Elles sont répandues sur la paroi thoracique, le moignon de l’épaule, le bras et l’avant-bras, la région fessière, la face antérieure de la cuisse. Nous comptons facilement une trentaine de vésicules sur le côté gauche. Cette éruption sort par poussées successives, et nous avons, sous les yeux une vésicule bien pleine et limpide qui date de la nuit dernière. ;

Nous insistons sur ce fait que les vésicules aberrantes ont l’aspect objectif du zona et sont identiques à celles qui sont groupées sur les placards du côté droit.

La sensibilité au froid est complètement abolie sur les plaques érythémateuses qui servent de base aux vésicules du zona et sur les portions de peau saine intermédiaire.

En dehors des plaques érythémateuses, sur une bordure

d’un centimètre et demi environ, la sensibilité est moins bien perçue que sur le reste du corps.

Pour la chaleur, même constatation : très grande diminution de la sensibilité thermique sur les placards de zona et sur les portions de peau intercalaire.

La sensibilité tactile proprement dite est complétement abolie sur la plaque postérieure et très diminuée sur les plaques antérieures. L'analgésie est absolue sur le zona à sa partie postérieure : une piqüre profonde ne donne qu'une simple sensation de contact. Sur les plaques antérieures, la sensibilité douloureuse est simplement diminuée. [l n'y a pas d’analgésie au pourtour des vésicules aberrantes disséminées sur le côté droit ou sur le côté gauche du corps.

L’éruption à été accompagnée de quelques phénomènes généraux. Le malade avait perdu l’appétit et ressentait une courbature généralisée. Les urines contiennent un peu d’albumine. La température n’a pas dépassé 3706. Elle est redescendue à 3602 actuellement.

Le 15 juillet, jour de l’entrée, une inoculation est faite au bras droit du malade avec le contenu d’une vésicule située sur une des plaques antérieures du zona, une seconde inoculation est faite au bras gauche avec le contenu d’urie vésicule aberrante occupant le côté gauche du corps.

Le 18 juillet, trois jours après les inoculations, on n’observe aucuhe réaction inflammatoire du niveau des piqüres.

OBSERVATION XXIII (GirauDEAU) (1)

Vésicules aberrantes

A... 27 ans entrée à Necker en août 1895 se plaignant de douleurs vives dans le côté droit. La pression au niveau des cinquième et sixième espaces intercostaux est douloureuse mais ce sont surtout les douleurs spontanées revenant sous forme d'accès vespéraux qui sontpénibles pour le malade. Elles existent depuis deux jours environ ets’accompagnent d’une légère élévation de température le soir 380, 3803, langue sale, constipation, inappétence. Rien à lauscultation. Pas de toux, pas d’expec toration. Traitement. sulfate de quinine O gr. 50, un purgatif salin.

(1) GirauDEAU. Sociéti, Méd. des hôpitaux, 29 juillet 1898.

RO

Le iendemain matin. apparition sur les parties latérales du tronc, de trois larges placards rouges,présentant ça et là de petites vésicules transparentes.

Ceite éruption alla en augmentant pendant deux ou trois jours ; au bout de ce temps, elle était constituée par des groupes de petites papules par de petites vésicules transparentes, et surtout par des véritables bulles dües'à la confluence de plusieurs vésicules et remplies d’un liquide hémorrhagique.

Les douleurs persistaient, aussi vives qu’au début et le malaise général était le même.

En même temps que cette éruption zostériforme se faisait sur le tronc, on pouvait constater sur tout le corps et en particulier sur la face antérieure de la cuisse droite, la face externe du bras droit, la face postérieure de l’avant-bras gauche et la fesse gauche, l'existence d'éléments disséminés, rappelant de tous points celle des plaques de zona.

La plupart étaient représentés par des papules présentant à leur sommetune minuscule croûtelle noirâtre, trace évidente de la rupture d’une petite vésicule : certaines papules même ne présentaient à leur surface aucune trace de vésicule excoriée ; en revanche, trois ou quatre vésicules avaient les dimensions de près d’un centimètre, légèrement excoriées au centre renfermant de la sérosité hémorrhagique et entourées d’une auréole rouge. Ces vésicules erratiques subirent la même évolution que celle du zona proprement dit et les croûtelles les plus volumineuses finirent par se détacher à peu près en même temps que celles des vésicules du thorax. La guérison fut complète au bout de trois ou quatre semaines mais les douleurs persistèrent sur le thorax durant près de deux mois.

Deux des vésicules erratiques laissèrent des cicatrices indélébiles tout à fait comparables à celles des plaques de zona.

OBsERVATION XXIV (GIRAUDEAU.)

M. Mol... d...,47 ans, originaire des Antilles, fut pris de fièvre et symptômes généraux, le 7 juillet 1858. Rien de particulier dans l’évolution de son affection, l’auteur

conclut en disant :

Il s'agissait donc en définitive d’un zona lombo-fémoralis

intense.

En même temps que l’éruption de zona se complétait, c'est à-

oo

dire du 14 au 17 juillet apparurent, sur tout le corps des éléments au nombre d’une trentaine, constitués les uns par des petites papules pleines, d’autres par des papules à sommet excorié, noirâtre, d’autres enfin vésiculeuses, renfermant un liquide roussâtre ou même franchement noirätre. Ces éléments étaient isolés ou bien réunis par groupes de trois ou quatre, mais occupaient toute" la surface du corps. On en rencontrait en particulier trois ou quatre sur le cuir chevelu, trois ou quatre également sur la figure, dans la barbe et les sourcils, une dizaine dans le dos, du côté gauche, deux ou trois sur chaque membre supérieur, trois sur l’épaule droite et enfin, trois volumineuses au niveau du genou droit en dehors et en dedans de cette articulation.

Cette éruption erratique était le siège de douleurs assez vives, localisées au niveau des papules et des vésicules mais non pas propagées suivant le trajet des nerfs.

Le 19 juillet. — Presque tous les éléments sont affaissés, leur contenu s'est évacué au dehors, surtout au niveau des grosses bulles, tandis que les vésicules moins volumineuses se sont affaissées insensiblement les douleurs sont encore vives, le malade ne peut supporter le contact des vêtements ; mais il

n'a plus de fièvre et il commence à s’alimenter avec plaisir. +

Le 22 juillet. — Les croûtes commencent à se détacher. sauf au niveau des grosses bulles et des vésicules volumineuses, les douleurs sont beaucoup moins intenses. Au niveau des plaques de zona ilexiste de l’anesthésie localisée par plaques mais on n’en rencontre pas au niveau des cicatrices des vésicules erratiques.

M. Giraudeau pense que ces vésicules sont en rapport avec des lésions des terminaisons nerveuses. Il admet que dans ce cas, elles sont un argumentde plus en faveur de la théorie infectieuse du professeur Landouzy.

Dans toutes ces observations les vésicules semblaient jetées au hasard sur la surface cutanée sans égard pour la localisation principale. C'est ainsi que nous rapportons cinq observations de zona intercostal. Trois fois l’éruption siégea surtout à la nuque. Ælle fut une fois

lombo-abdominale, et une fois elle occupa le serotum et le périnée.

Dans tous ces cas, les vésicules se comportérent de façon presqueidentique. Elles apparurent successivement en des poussées successives sur des points quelconques des téguments.

Puisque c'est une notion certaine que ces éléments ne se peuvent inoculer, il faut bien les rattacher à la même cause, à une maladie générale, dont les lésions nerveuses sont multiples.

La vésicule est l’élément qui se trouve le plus fréquemment à distance dans le zona.

Elle peut siéger en un point quelconque des téguments et constitue la preuve essentielle de la multiplicité des points d'attaque de l'infection zostérienne.

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