OBSERVATION XXX VIII
Strübing rapporte un cas personnel, c'est suivant Klippel et Aynaud, une demoiselle de 52 ans qui vers l’âge de 20 ans avait été sujette à des accès de migraine. Elle ressentit, à la suite d’un courant d’air de violentes douleurs dans la moitié gauche du visage qui ne durèrent pas plus d’un quart d’heure et qui se reproduisirent les jours suivants avec les mêmes caractères.
L'éruption du zona qui siégeait sur les branches du maxillaire inférieur apparut trois ou quatre jours après le début des douleurs : la paralysie faciale la suivit de très près, peut-être
(1) Uber complication von peripherischer facialis paralyse mit zoster faciei. Centralblatt. f. Nervenhielk, 1" mars 1885.
(2) SrruBiNG. Herpes zoster und Lechmung motorischer neven.
Deuts. Arch. f. klin. med, 1885 ,vol. XXXVII.
Use
méme se produisit-elle en même temps. Elle était située du côté gauche, limitée aux muscles cutanés et accompagnée, deux jours après son début de réaction de dégénérescence. Comme troubles -de sensibilité, on notait de ia douleur à la pression des nerfs sus et sous orbitaires, du grand sympathique du facial, au trou stylo-mastoïdien des vertèbres cervicales et une diminution du goût dans les 2/3 antérieurs de la langue.
Strübing rapporte ensuite deux observations de Tryde.
L'une concerne un sourd-muet de 20 ans qui eut un zona sur le trajet du maxillaire inférieur du côté gauche trois jours plus tard apparut une paralysie faciale du même côté qui guérit au bout de quatre jours à la suite d’un traitement par les courants continus. /
La seconde observation de Tryde rapportée par Strübing est celle d’une femme de 39 ans, enceinte : quatre semaines avant son accouchement, apparut sur la moitié gauche du cou, autour de l’oreille et sur l'épaule un zona qui s'étendait jusqu’à la nuque et à la partie postérieure du cuir chevelu en arrière, jusqu’à la région malaire et à la commissure labiale en avant. Au moment de son accouchement, une amélioration survint dans son état ; l’exanthème devint pourtant plus florissant. Les jours suivants on constate une paralysie motrice du facial. L’éruption disparut d'abord puis la paralysie fut guérie par les courants continus.
Les deux autres cas rapportés par Strübing sont ceux de Greenongh et de Coob.
Greenongh a vu un tuberculeux présenter, peu après un zona oCCipito-cervical une paralysie faciale du même côté qui guérit en cinq semaines.
Disons que cette observation est sujette à caution puisqu'elle se produisit chez un tuberculeux.
Coob vit un zona de la moitié droite du cou et du
visage suivi de paralysie faciale du même côté, terminé également par la guérison.
Remack (1) dans un cas échappé à MM. Klippel et Aynaud et différent de celui publié par Voigt à vu des douleurs occuper l'oreille droite durantéhuit jours. À ce moment, elles furent suivies d’une paralysie faciale complète et d'un zona qui occupa les 2/3 antérieurs de la langue du même côté que la paralysie, zona et paralysie se produisirent en même temps.
[n'y eut pas de trouble de la sensibilité générale ni du goût.
OBSERVATION XXXIX (TEsraz) (1)
Le nommé Emile L..…., 18 ahs, bijoutier, entre le 12 février 1885, salle Andral, à Saint-Antoine. |
Pas d’antécédents à noter.
Le 22 janvier, après avoir pris un bain, il eut froid en se promenant tard le soir. -
Deux jours après, il éprouve une forte douleur dans le fond de l’oreille avec battements dans ja tête, le soir en se couchant, comme si on lui tiraillait et perforait le tympan. Pas de douleurs ailleurs, mais il ressent des démangeaisons sur le côté gauche de la face qui paraît enflé. Le lendemain matin du jour où il a commencé à sentir la douleur, il se fit une éruption de vésicules pleines d’un liquide incolore; au bout de trois jours, elles se transforment en croûtes qui démangent davantage; ces vésicules sont disposées en trois groupes arrondis : l'un grand comme une pièce de 5 francs, au niveau de la pommette; les deux autres grands comme une pièce de 0 fr. 50 au milieu de la joue et à-un centimètre de la commissure labiale; du côté droit, absolument rien.
Un médecin porta le diagnostic de zona. Les dents du côté gauche étaient douloureuses au point que le malade ne pouvait mâcher les aliments, les gencives saignaient.
(1) Desparene. Obs. III. Étude sur la paralysie faciale périphé-
rique, (thèse, Paris 1888).
(1) Tesraz. Thèse, Paris 1887, observation XIV.
Vers le 6° jour, toute douleur disparut, mais le malade s'aperçut tout à coup que sa bouche était fortement déviée à droite. Ses aliments s’accumulaient dans le sillon gingivobuccal. Le malade ne peut ni siffler ni jouer de la flûte.
La salivation est abondante, l’œil gauche se ferme mal. I y a de l’épiphora. Les phénomènes de paralysie durent cinq jours, tout en décroissant peu à peu.
Etat général a toujours été bon.
Le 9 février, reprise des douleurs et le malade entre à l'hôpital le 12 février.
Le 13 février. Etat actuel. La douleur existe à l'entrée du conduit auditif externe. La région préSente un peu de douleur diffuse. La douieur est vive au niveau du tragus. Il y à un peu de douleur à la pression sur le trajet du nerf maxillaire inférieur et au niveau de la pommette. On ne réveille pas de douleur à la pression du front, dejla tempe et des trous sus-orbitaire, sous orbitaire et mentonnier. La sensibilité explorée avec une épingle est conservée. Sur la peau, on voit des taches rougeûtres aux points où siègent les croûtes, traces des anciennes vésicules d’herpès.
Il y a un peu d’asymétrie faciale, toutefois la bouche n’est pas déviée, sauf quand le malade montre ses dents.
La commissure gauche présente quelques petits mouvements convulsifs, il existe une sorte de tic dans le côté gauche de la face. La langue n’est pas déviée, la luette l’est énormément à droite. La déglutition difficile dans les premiers jours, s'effectue bien maintenant. Lasalivation qui étaitabondante est normale. L’œil ne peut se fermer complètement.
L’ouie très affaiblie à gauche ; une montre appliquée sur l'oreille est entendue un peu, mais à deux ou trois centimètres elle ne l’est plus.
Le goût est un peu altéré, car de l’acide salicylique mis sur la langue dans sa moitié gauche, n’est pas perçu. Etat général bon.
Le 15. Le voile du palais n’est plus dévié, la douleur disparaît le soir. L’œil se ferme complètement par un peu d’effort. L’œil revientun peu.
Le 17. Plus de douleur. Il reste un peu de déviation de la bouche quand le malade montre ses dents.
Le 20 février il reste un peu de faiblesse lors de la fermeture de l'œil.
alle —
Il y eut donc paralysie au sixième jour. Le voile du palais N participa. L'ouie et le goût furent affaiblis. Guérison à peu près complète de la paralysie vers le vingt-deuxième jour. L'éruption siégeait sur la joue
gauche.
OBSERVATION XL (BEsNier) (1)
M. X..., après avoir éprouvé pendant plusieurs semaines des douleurs vives dans la région cervicale du côté droit douleurs prémonitoires qui avaient permis au D' Ernest Besnier d'annoncer l’apparition prochaine d’un zona, fut atteint d’un zona étendu de la région cervico-occipitale droite. Au moment de la dessication complète de l'éruption zostérienne qui d’ailleurs était demeurée bénigne, on vit apparaître, vers la fin de la deuxième semaine, une paralysie faciale du même côté. Cette paralysie de la face dans laquelle l’orbiculaire était atteint et qui présentait tous les caractères d’une paralysie périphérique, disparut au bout de six semaines sans laisser la moindre trace.
M. Besnier en communiquant cefteobservation à M. Letulle ajoutait quelques réflexions intéressantes.
Il notait entre autres choses que le malade n'avait pas eu notion du refroidissement auquel était probablement dûe Péruption zostérienne, etil ajoutait : € Mais il n’est pas du tout probable qu’un autre refroidissement ait pu se produire secondairement à l’éruption car, avant même que cette éruption se fut manifestée, toute la région latérale droite de la tête avait été largement enveloppée de ouate. Au moment de l'apparition de la paralysie faciale, la face, la nuque et le cou étaient encore enfouis dans la couche chaude de coton. D'ailleurs, les conditions hygiéniques étaient des meilleures ».
Dans l'esprit de M. Besnier, cette paralysie faciale secondaire ne devait pas se rattacher à un coup de froid, cet éminent observateur supposerait plutôt (un acte secondaire transmis de la lésion principale au nerf facial du même coté.
Le froid n’a pas agi davantage pour provoquer le zona que pour la paralysie faciale.
(1)Besnier thése de DESPAIGNE, 1888
« Non seulement à cause du temps écoulé entre le début du
zona et la paralysie faciale, mais encore à cause du peu de probabilité de l’action tardive d'un air froid.
Nous retiendrons que la paralysie survint à la fin de la deuxième semaine et dura six semaines.
OBsERVATION XLI (LETULLE) (1)
Paralysie faciale gauche. — Fièvre herpétique. — Herpès du conduit auditif externe. — Névralgie du trijumeau gauche. — Guérison rapide de la paralysie motrice. — Hypéresthésie
faradique tardive.
Le nommé X..., tailleur, est âgé de 30 ans.
Le 8 octobre 1881, à 10 heures précises du matin, cet homme s'aperçoit tout à coup en travaillant, que la moitié gauche de sa face s’immobilise progressivement et qu’il ne peut plus fermer les paupières. De plus, les mouvements de la mâchoire sont douloureux. Le matin en se réveillant, il n’avait constaté rien d’insolite, 1l se rappelle seulement que la nuit précédente, il avait été atteint de diarrhée à plusieurs reprises, mais il ne se souvient pas d’avoir eu froid.
Le surlendemain, nous voyons le malade pour la première fois. [Il existe une paralysie faciale gauche légère, sauf pour l’orbiculaire palpébral qui est presque absolumentimmobile. La contractilité paradique est parfaitement conservée, elle est égale d’un côté à l’autre ; le voile du palais est intact; il n’existe aucune douleur dans la face.
Le quatrième jour, même état.
Le cinquième jour, 12 octobre, des changements considérables se sont produits.
Le malade a été pris, durant la nuit, d’un accès de fièvre violent, avec céphalalgie, frissons répétés, vomissements. Nous le trouvons porteur d’un herpès labialis bilatéral très confluent, il se plaint de douleurs sourdes et lancinantes occupant toute la moitié gauche de la face. La pression, même légère éveille une douleur intense aux points de Valleix et en particulier pour les points sus et sous obitaires naso-lobaire, auriculo-temporal et
(1) DespaiGne. Loco cit.
enfin au niveau de la cavité même du conduit auditif externe gauche.
Ilest impossible, vu l’état du sujet, d'examiner la contractilité faradique.
13 octobre. La sensibilité tactile et la sensibilité électrique, paraissent égales des deux côtés, mais spontanément le malade éprouve des douleurs dans la joue, dans l’œil et l'oreille.
Le malade n'a plus de fièvre, mais la paralysie a considérablement augmenté.
Aucun des muscles ne répond à gauche, à l'excitation faradique.
L’herpès labialis se dessèche déjà.
Le 15. Les douleurs spontanées s'atténuent, on découvre dans le conduit auditif externe sur la planche, tout près de son orifice externe, un ilot de vésicules d’herpès desséché, Il est bon de noter que ce conduit reste le point le plus douloureux à la pression.
Pendant cinq jours.le même état d'inertie musculaire persiste, mais la paralysie n’augmente pas. Les douleurs spontanées disparaissent, les points de Valleix persistent.
Le 21. 14 jour, le malade peut, pour la première fois, mâcher librement.
Il a subi tous les jours, depuis le 13, une séance de faradisation.
Nous remarquons, pour la 1° fois, que la commissure labiale gauche se soulève légèrement au moment où l’on supprime le courant, de même l’orbiculaire des paupières arrive à fermer presque complètement l’orifice palpébral lorsqu'on commande au malade de fermer les yeux.
Le 22.Les mouvements de la commissure labiale gauche, lors de la rupture du courant sont plus appréciables encore et l’on peut démontrer qu’il s'agit d’une contraction du grand zygomatique. |
Même état jusqu’au 25 octobre, où l’on constate qu’il existe toujours en même temps qu’une sensibilité normale au simple contact, une hypéresthèse bien nette à la pression sur les points de Valleix.
Le 30, quelques légers mouvements dans les muscles frontaux et sourcilliers surtout appréciables au moment où l’on supprime le courant faradique et lorsque le rhéophore est appliqué sur le frontal.
AC
A l’état de repos, la déviation de la face est de moins en moins accusée. Les paupières se ferment spontanément d’une manière presque complète et le grand zygomatique fonctionne assez bien.
Enfin, le 1° novembre, 24° jour de la maladie, le frontal répond bien mieux que la veille, le sourcillier excité directement par un courant léger déplace manifestement la tête du sourcil, et le musele de la houppe du menton se contracte assez énergiquement lorsqu'un des excitateurs est appliqué sur lui.
Le 4. Les progrès soft très remarquables, l’orbiculaire des paupières, l’orbiculaire des lèvres, le triangulaire se contractent très énergiquement £t le pli naso-génien s'accuse quelque peu.
Le 6. La sensibilité faradique paraît beaucoup moins vive du côté paralysé que du côté sain quoique les divers autres modes de la sensibilité soient aormaux.
I n’y a plus d’autre point deValleix que le point sous orbitaire. On note un certain degré d’hyperexcitabilité musculaire au choc (zygomatique, triangulaire, etc.).
Le malade revu durant plusieurs mois fut considéré comme définitivement guéri.
La paralysie faciale a donc débuté le deuxième jour. Elle à commencé à décroitre le treizième et la guérison fut complète le vingt-septième jour.
OBSERVATION XLII (DaraBserT) (1)
Paralysie de Bell accompagnant un Herpes Zoster. Guérison.
Le 4 janvier, un malade indien âgé de 35 ans, vint demander conseil pour une éruption vésiculeuse de la moitié droite de Ja face, du cou et du thorax.
Au dire du malade l’éruption fut remarquée sur le côté droit de la poitrine, le 28 décembre 1893, c’est-à-dire huit jours avant et s'étendit ensuite de bas en haut au cou, derrière l’oreille et ensuite au visage. Elle était d’abord, dit-il, rouge et enflée comme la piqûre d’un moustique, légèrement surélevée sur la peau environnante et de consistance solidé ; mais les éléments commencèrent à se remplir de liquide au bout de deux ou trois
(1) A case of Bell's paraiysis following herpes zoster., — The Lancet. o mai 1894