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I. — SIÈGE DE LA LÉSION NERVEUSE

Il nous semble plus intéressant pour notre sujet d’examiner en quel endroit où les auteurs localisent la lésion nerveuse.

En étudiant cette question nous nous trouvons en présence de quatre opinions différentes, car des auteurs ont admis les uns des lésions des ganglions et des racines postérieures, les autres des nerfs, les autres de la moelle et enfin du grand sympathique.

Grand sympathique. — La lésion du grand sympathique a été admise pour la première fois l’année dernière par M. Abadie (2). Cet auteur semble admettre

(1) Journal of cutaneous diseases, 1898.

(2) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie. 1899.

que les troubles trophiques, qui sont surtout des vésicules et de l’œdème ne dépendent que de troubles locaux de la circulation.

Il voit dans le zona ophtalmique un zona cantonné au territoire vasculaire de l’artère ophtalmique.: Pour lui, si dans le zona thoracique, l’éruption ne dépasse pas en haut le 3° espace intercostal, c’est que les filets vasceulaires des deux premiers espaces viennent de l'artère sousclavière. Cette théorie prétend enlever à l'élément nerveux sensitif un rôle qui ne lui appartient pas et accuse ie grand sympathique, régulateur de la circulation.

Sans affirmer que l'infection zostérienne ne puisse en aucun cas produire des lésions du grand sympathique, nous ferons à M. Abadie quelques objections. Son explication semble vouloir admettre qu'un zona ne consiste que dans la vésicule ou en tout cas dans les troubles circulatoires pris d’une manière générale. La simplicité apparente et séduisante disparaît quand on veut s’en servir pour expliquer tous les symptômes du zona. En second lieu, M. Abadie ne se base sur aucune observation anatomo-pathologique. Et enfin il veut oublier toutes les lésions nerveuses trouvées à l’autopsie par de nombreux observateurs.

Ganglions nerveux. — Bien plus sérieusenous semble la théorie qui place la lésion dans les ganglions et les racines postérieures.

Six autopsies au moins nous montrent les ganglions atteints.

La première en date, est celle de Barensprung (1) qui découvrit des lésions dans les ganglions spéciaux.

(1) Topographie du zona. Thèse de DonGrapt, Paris, 1896.

Charcot et Cottard (1) bien qu’un peu à contre-cœur sont obligés d'arriver au même résultat; ils ont vu dans deux autopsies les ganglions spinaux atteints.

Kaposi (2), chez un homme de 54 ans qui mourut d’infiltration d'urine et d’un érysipèle, trouva ceci a l’autopsie :

Les ganglions intra-vertébraux du côté droit de la 10° dorsale à la 2° lombaire sont épaissis, très adhérents à l'enveloppe graisseuse. En outre on trouve une hyperplasie du tissu péri cellulaire, péri et intra ganglionnaire, hémorrhagies disséminées dans le tissu cellulaire, cellules altérées, renfermant de nombreuses granulations pigmentaires; dans quelques-unes le protoplasma s’est rétracté de sorte qu’il existe un espace libre entre lui et la membrane cellulaire ; dans cet espace, il existe soit des exsudats fibrineux, soit des globules sanguins (hémorrhagie intra-cellulaire). Le protoplasma est pâle, formant une masse homogène. |

Chandelux en 1879 (3\ constata des lésions ganglionnaires bien définies : disparition des cellules et des tubes nerveux. Il n’a pas vu de lésion précise dans le trajet des nerfs eux-mêmes sauf une dégénération possible. Au niveau des ganglions, il y avait sclérose de pigmentation.

O Wyns (4) en 1880 eut une nouvelle autopsie de zona. En arrière du ganglion de Gasser, le trijumeau est sain, sauf à son entrée dans le ganglion, où il existe une suffusion sanguine. Le ganglion lui-même est plus gros que

(1) Journal de Physiologie, 1859. .

(2) Strick Jahrbuch, 1878.

(3) Archives de physiologie, 1879.

(4) Bzacuez. Gazette des hôpitaux, 1880.

celui du côté opposé, plus mou, plus vasculaire. À sa: partie interne, on constate la présence d’une extravation: sanguine. La branche ophtalmique est aussi plus large, plus épaisse que du côté opposé, sa consistance est presque gélatineuse. Au microscope, la partie du ganglion de Gasser d’où émane l’ophtalmique est profondément altérée. Les cellules ganglionnaires ontsubi des métamorphoses régressives, quelques-unes mêmes sont complètement détruites. Le tissu nerveux à ce niveau est infiltré: de cellules du pus, la gaine de la branche ophtalmique est aussi infiltrée de pus, non seulement à sa surface mais dans l’intérieur des faisceaux.

Blachez conclut de l'observation qui précède que le. zona ophtalmique est l’expression d’une névrite caractérisée par l’hypérémie du ganglion de Gasser. Au même titre qu'ailleurs le zona répond à une névrite ou à une altération dela moelle, le plus souvent de la substance: grise.

Pitres et Vaillard (1) en 1883 ont trouvé surtout des lésions des nerfs mais dans un cas sur deux, le ganglion correspondant fut également atteint et on y observa une diminution des tubes nerveux. La racine postérieure n'avait plus une fibre intacte.

Enfin Netter (2), nous’ renseigne sur la localisation nerveuse d’un zona symptomatique : c’est un enfant de 12 ans mort de méningite cérébro-spinale, et qui avait présenté sur une moitié de la face des groupes de vési- : cules d’herpès, au niveau des lèvres, du menton, de l'aile du nez, etc. A l’autopsie, on a trouvé qu'en dehors des

(1) Archives de neurologie, 1883.

(2) Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1899.

lésions habituelles de la méningite, le ganglion de Gasser: du côté correspondant baignait complètement dans le pus.

Aïnsi les lésions ganglionnaires portant sur les ganglions spinaux ou bien sur le ganglion de Gasser, non seulement sont admises par de nombreux auteurs mais sont rendues indiscutables par des autopsies précises.

Nerfs. — Lesnerfs eux-mêmes ont été souvent atteints. Nous en trouvons des exemples dans certains cas précédents où leurs lésions coïncidait avec celles des ganglions, par exemple dans le cas de O’Wyns.

Danielsen en 1857 (1) en a observé un cas. Puis Rhomberg et Leudet 1865. Riesel 1870 (2) a vu un nerf dont la gaine était altérée par une compression et qui avait déterminé le syndrome zona.

Nous avons dit plus haut que Pitres et Vaillard (3) avaient trouvé un ganglion atteint. Les lésions sur les. nerfs ont été bien plus importantes dans ce cas et la même malade avait un autre zona où le nerf seul était atteint. C’est l’autopsie d’une femme chez laquelle il y avait deux zonas, un récent et un ancien. Le zona ancien siégeait au sixième espace intercostal et était représenté par des cicatrices blanches, formant deux plaques confluentes de quatre centimètres de diamètre. L'examen histologique de ce nerf révèle qu'il n’y a plus une seule fibre saine. Le tissu conjonctif est très épaissi. Le ganglion correspondant est également atteint et on y observa une diminution des troubles nerveux. Les racines antérieures sont normales, les postérieures n’ont plus

une fibre intacte, Le second zona quiestle plus récent (1) Arch. gén. de médecine, 1865.

(2) Doncrani. Loc. cit.

(3) Loc. cit.

siègeait sur le onzième nerf intercostal et était représenté par trois plaques éruptives. L'examen histologique de ce nerf montre les mêmes altérations que dans le sixième. Mais ici, le ganglion est resté intact ainsi que les deux racines qui s y rendent.

Ainsi il n’est pas douteux que dans certains zonas infectieux, il y eut des lésions des nerfs.

Les lésions medullaires ont été étudiées surtout par M. Brissaud. PR

Déjà en 1886, M. Raymond (1) les avait admises pour les zonas symptomatiques dans la tuberculose, il avait créé le mot de leptomyélite pour les lésions diffuses des centres nerveux dans la tuberculose générale chronique.

Féré (2), à propos des cas qu'il a observés de douleurs à distance dit que la lésion ou l’irritation médullaire lui semble en rendre compte. Ebstein, à propos des paralysies zostériennes dit qu’elles s'étendent parfois de telle sorte qu'il faut songer à une participation du système

nerveux central. ÿ

Pour Marinesco (3), il considère l’origine médullaire comme tellement nette que c’est sur cette théorie qu’il appuie celle de l’origine spinale des hyYpéresthésies viscérales.. Ce n’est qu’une lésion médullaire qui pourrait selon lui, expliquer la topographie en apparence si capricieuse de l’herpès zoster

Quant à Brissaud qui s’est fait le grand défenseur de la lésion spinale et a inspiré la thèse de Dongradi, il s'appuie sur la topographie. Il imagine que les métamères gardent leur valeur chez l’adulte. Si nous nous reportons

(1) Revue de médecine, 1886.

(2) Revue de médecine, 1860, p. 393. et Loc cit. (3) DoxGrabr. T'hèse 1896. Loco cit. z

à la définition du métamère, nous dirons que c’est « toute portion de l'être encore fragmentaire possédant en soi l’ensemble des propriétés et des attributions de l'être achevé » D'après Brissaud, la moelle serait composée d’un certain nombre de métamères superposés, mais gardant leur individualité propre. De même, le corps tout entier serait divisé en un certain nombre d’étages dont chacun serait innervé par le métamère correspondant. Cette théorie lui semble nécessaire pour expliquer la fréquence des cas de bilatéralité, des zonas intercostaux occupant plusieurs espaces et surtout de la topographie des zonas intercostaux.

En effet, ainsi que Trousseau l'avait remarqué, le zona ne suit pas les espaces intercostaux, mais a une direction bien plus horizontale et empiète par conséquent sur les espaces inférieurs en arrière et supérieurs en avant.

Nous ne discuterons point la théorie séduisante mais fort attaquable des métamères. Nous dirons seulement qu'il n'y a rien de surprenant à ce que des nerfs issus du même point de la moelle et innervant une même région, empruntent le trajet de nerfs différents, ceux qui leur -sont le plus commodes. Ceci sans avoir besoin d'imaginer les métamères.

Conclusion. — Aïnsi nous venons de passer en revue une série d'opinions, les unes discutables, les autres absolument et scientifiquement certaines, qui placent les lésions du zona en des points très différents du système nerveux. De ces opinions, laquelle prendrons-nous ? Estce sur la moelle, les ganglions ou les nerfs que l'infection zostérienne se manifeste ?

Nous ne voyons aucun inconvénient à réunir toutes:

ces opinions en une seule et à admettre que suivant les

cas, tout point du système nerveux peut être touché par

le zona.

Certes nous comprenons que les observateurs, désireux de prescrire une règle à cette maladie aient cherché à en faire soit une névrite spéciale, soit une inflammation ganglionnaire, soit, comme le voulait Dougradi, une myélite infectieuse. Mais l’herpès zoster n’est rien de tout cela: c’est une maladie infectieuse, produite par un germe spécial, dont la toxine peut produire des lésions multiples du système nerveux.

Iln'est pas douteux que des lésions existent suivant les cas sur les nerfs, sur les ganglions et les racines et sur la moelle, mais il est aussi certain que nulle de ces lésions. n’est constante à l'exclusion des autres. La toxine zostérienne frappe ordinairement plusieurs nerfs, plusieurs: ganglions ou plusieurs points de la moelle : nous ne dirons

as qu'elle le fait au hasard, sans choisir, mais en choi- : 2 »]

sissant d’après des influences qui nous échappent entièrement. Ceci ressort nettement des nombreux exemples d'accidents à distance que nous avons cités. 2

L'accident à distance est dans le zona la règle presque: absolue. Si M. Tenneson (1) a pu dire que les vésicules aberrantes existent huit fois sur dix, et si d'autre part nous avons pu montrer que tout symptôme du zona peut se- manifester à distance, quelle lésion nerveuse pourra

suffire à expliquer toutes les manifestations d'un seul cas de zona ?

(1) Loc.cit. Bulletin de la Société médicale des hôpitaux. 1898.

P a dant ring adieu RE ina

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