‹ Manipulations chimiques (volume 2)Chapitre 44 sur 74 · DISSOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISSOLUTIONS

solvant exerce une réaction sur la matière à dissoudre. On a cherché à distinguer ces deut opérations par. les noms de solution et de dissolution ; mais les distinctions qu'on a voulu établir à ce sujet n'étant pas fondées ^ on emploie aujourd'hui indifféremment l'une ou l'autre de ces expressions pour exprimer la même chose,

336. L'eau est le dissolvant dont on doit se servir d'abord y et l'on ne doit recourir aux autres que lors* que celui-là est insuffisant. Son emploi est si fréquent que, lorsqu'on fait mention simplement de la soh^bilite d'un corps , c'est toujours relativement à l'eau qu*il &ut l'entendre. Toutes les dissolutions aqueuses de matières solides sont plus pesantes que l'eau , ce qui fournit un moyen souvent utile et toujours aisé de reconnaitre si \ une substance est soluble ou non. On en suspend, pour cela un morceau dans un verred'eau pure en repos; si la substance est soluble , on apercevra un courant descen-. dant des parties qui s'en détacheront; et, suivant que ce courant sera plus au moins rapide, plus ou moins large, on jugera que la densité de la dissolution est plus ou moins grande et que la substance elle-même est plus ou moins soluble. Si l'on n'aperçoit pas de courant , ni

rien qui indique un changement de couleur dans Teau, ou une variation dains son pouvoir réfringent, il sera 1res - probable que la substance est insoluble à la température à laquelle on agit.

337. On jugera encore de la solubilité d'une substance par sa saveur; la salive agissant alors à peu près comme l'eau pure, et , généralement parlant , les sul> stances très-sapides étant aussi les plus solubles. Cependant la sensation du gotkt dépend quelquefois d'une impression sur les nerfs olfactifs, en sorte que des substances odo^a^tes peuvent souvent , lorsqu'on lés

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place SUP la langue , paraître sapides (1). St IW ««t «n morceau de camphre dans la bouche * serrant en même temps lés narines avec lès doigta assez fortement pour empêcher le passage de l'air, on ne lui trouve que peu'ou point de saveur ; mais si Ton cesse de se boucher les narines y Todeur agissant sur les nerfs olfactifs , on iui trouvera une' saveur très-forte : on peut observer un effet semblable avec une pastille de menthe , un morceau de chocolat. Cette épreuve peut néanmoins éti^e utile dans beaucoup de cas, parce qu'elle est facile et n'exige aucun appareil;

333. Si la substance parait insoluble dans l'eau , il peut être utile de rechercher si elle est soluble dans Valcool , l'éther y les huiles ou quelques autres corps. IPoiir s'assurer que l'un d'eux peut la dissoudre , on en prendrfi une petite quantité que l'on introduira , après l'avoir bien pulvérisée , dans un tnbo avee le liquide que l'on voudra essayer y on ehauffera; si elle disparait, 4m aura acquis la preuve de sa solubilité ; mais , si nous •lipposons que ce soit un mélange de matières dont quelques-unes seulement soient solubles, on versera la dissolution dans une capsule en porcelaine ou en platine, on fera évaporer lentement, et Ton jugera du degré de solubilité par la quantité 4u résidu qu'on obtiendra. Si le dissolvant était de l'huile , on ne pourrait l'évaporer qu'autant que la substance serait fixe , et quç l'huile pourrait être brûlée sans inconvénient, ainsi les substaiuces volatiles ne peuvent être soumises à cet essai. Il est inutile d'ajouter que plusieurs de ees 4)pérati<ms demandent beaucoup d'adresse et d'intelli*

(■) C^r«iil ».*iintl«f da If uMuiv , s , 439.

DiasQLHTieir». 187

g CUM , «I qa*îl est imposaible di» donner d^ iastiriH^ Uaas pour chaque cas particulier,

339. Lorsque la solution dépend d'un^ aciion ehimique , Ton peut s'en apercevoir par le changement d'aspect qu'elle subit. Les corps qui ne «ont solubles dana l'eau qu'à la faveur des acides ou des alkalis, ne doivent cette solubilité qu'à l'aetion cbiniique que ces réactifs exercent sur eux , et qui en cbange 1^ propriéléSf II arrive rarement que Ton se serve de ces agens avec d'autres liquides que l'eau ; la connîdssance de leur pouvoir dissolvant peut s'acquérir par des observations analogues à celles que nous menons de dé- •crire.

340* Il est toujours facile de s'assurer de la solubilité d'un liquide dans un autre ; il suffit d'introduire dans un tube une petite quantité de chacun d'eus , agiter et laisser reposer ; l'on observera ensuite s'ils demeurent mélangés , ou si les deux liquides se séparent de nouveau. Dans ce dernier cas, on ajoutera une nouvelle quantité du liquide qu'on fait agir cpmme dissolvant; on agitera; on continuera ainsi jusqu'à ce que le mélange paraisse bien homogène; si les liquides n'étaient pas solubles Tun dans Tautre , il serait facile de constater que le volume de chacun d'eux reste le même malgré l'agitation,

iitn Mous devons signaler ici un phénomène qui se présente fréquemment lors d'une dissolution simple, et que l'on a souvent considéré comme l'indication d'une action chimicpie. Lorsqu'on ajoute du sel marin et quelques autres sels, ou même leur dissolution concentrée, ou bien encore de l'alcool, dans de l'eau ordinaire^ ou de Teau distillée préalablement exposée à l'air, il y a un dégagement de bulles d'air que Ton a cru

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être le résultat de quelque action chimique , mais il n'est produit que par Texpulsion de Tair dissous dans l'eau qui se trouve par ces substances. On obtient un effet semblable àvee quelques autres dissolutions qui contiennent de l'air.

342. Le pouvoir dissolvant dont jouit une substance à froid, est généralement augmenté, quelquefois même à un haut degré, par l'élévation de la température. On ne connaît que deux cas dans lesquels cet eÔet soit diminué par la chaleur : c'est relativement à la chaux et à la magnésie. Mais il n'y a, je pçnse , aucun exemple d'un corps insoluble à la température ordinaire, qui ait été rendu soluble par l'intervention de la chaleur seule : elle augmente, il est vrai 9 l'eifet, mais ne le produit pas. -Néanmoins cette influence de la température ne laisse pas d'être importante , parce qu'elle favorise et facilite le résultat.

343. Les vases dont on a besoin dans un laboratoire pour préparer les dissolutions son( en grand nombre. Ils doivent être susceptibles de résister à l'action de la chaleur, des acides, des alkalis, de toutes les dissolutions aqueuses : dans quelques cas on a besoin qu'ils soient

transparens. Il faudra donc une douzaiïie ou deux de vases à pied, munis d'nn bec, et d'autres vasesplus grands, de la forme représentées dans la 6« gure,^et susceptibles'de contenir de une à trois pintes.

344. On aura également des capsules en porcelaine à bec, depuis un pouce et demi Jusqu'à dix pouces de diamètre. Il faudra les choisir minces plutôt que fortes et épaisses , quoiqu'on en ait bcçoin ffussi de quelques-

DISS.) CAPSULES, BALLONS ^ feTC. 18d

unes de ce genre; mais celles qu'on destine à aller au feu sont d'autant meilleures qu'elles sont plus minces.

345. On doit également avoir un ou deux poêlons en argent et quelques capsules en platine* Les poêlons en argent doivent avoir au moins six pouces de dia* mètre, et les capsules en platine de. un pouce et demi à deux pouces. L'on peut faire des capsules aussi avec les fonds de cornue , de ballon et autres vases de verre. Elles YOiit trèsrbien au feu; mais en général celles qu'on achète résistent si peu à la chaleur, qu'on doit éviter de s'en servir pour préparer les dissolutions.

346. Les ballons sont très-u tiles ; on peut en avoir en cristal^ contenant depuis une once jusqu'à deux pintes; le col doit s'évaser à l'ouverture , et être renforcé par un anneau y afin qu'on puisse le tenir sans qu'il glisse dans la main. Or\ doit faire en sorte que leur épaisseur soit partout la même : trop épais , ils seraient sujets à se rompre lorsqu'on les exposerait au feu; trop minces, ils pourraient céder sous le poids du liquide dont on les remplit. On doit surtout faire attention à le^r fond, et s'assurer qu'il est égal partout.

347 . 348. Dans le cours des opérations, outre les vases déjà décrits-, on a souvent besoin d'agitateur : on doit les faire avec des baguettes de verre plein j et non pas avec des, tubes; on les choisit d'un diamètre d'un quart à un tiers de pouce , sur six à sept pouces de Ion-, gueur. Après avoir coupé la baguette en morceiiux. d'une longueur convenable , on émoussera les bords de la section avec une lime , ou en les ramollissant à la flamme d'une lampe; quelques-unes seront tout-à-fait arrondies ; d'autres seront laissées coniques , chacune d'elles ayant son usage particulier. On> se scurt qu^l?

f90 SAMIPiiL4T10M9 CBIlUQDEâ.

qaefioii d'ufi6 l)af;iiettc d'émail ; mais le TtiT« est plttftdor et moins fragile. On doit éviter TCTdploi des tubes creux en yerre, parce que le bout fermé est sujet à se casser lonsqu on le plonge, dans un liquide chaud,

349. Passant actuellement à la manière d'opérer lé» dissolutions , nous parlerons en premier lieU d*tiil pr(H cédé lrà|uemment employé dans les laboratoires pour dissoudre des sels DU d'autres subsunees complète^ ment so)nbles* An moyen de ce proeédé cm pr^re des dissolutions suffisamment coneentrées, sans qu'il soit nécessaire d'employer la chaleur. Après avoir mis la substaïice dans tin mortier bien propre, on y verse un peu d'eau , et Ton réduit le tout à l'état de pâté elaire; cela feit^ après avoir ajouté une plus grande quantité d'etlù , on agite bien le mélange $ les particules ayant été réduites à un état de ténuité extrême , se dissoudront trèà^rapidement. Hais si y malgré la trituration , une portion de la subsunce ne se dissolvait pas , 6n lais^ s^ait déposer un instant , et, après avoir décanté le liquide, ontriturerait le résidu avec de nouvelle eau^ et l'on eontinaeràit de cette manière jusqu'à ce que le tout fût dissous. Toutes les eaux ayant été réunies , oti laissera reposer un moment, pour que les particules qui n'auraient pas été dissoutes puissent se déposer ; ou ajoutera un peu d'eau, et Ton remuera le tout jusqu'à ce que le liquide devienne clair ou à peu ptès. On pour* rait également le filtrer s'il en était besoin. On obtient de Cette manière, en peu d'instans, des diteolutions presque saturées, et toujours suffisamment concentrées pour l'emploi journalier d'uu laboratoif^<

SâO. Ce moyen de faciliter la dissolution par une division mécanique est très-utile dans un grand nombre de oircotiMitices, partieulièrement lorsqu'il s'agit d'une

DISS, t APPLICATION BB LA €HALBUR. IPI

substance qui se tr(>UTe embarf asMo » et coflame recovh verte par une autre. II est inutile de dire qtte lorsqu^oa emploie les acides ou les alkalis au lieu d'eau » le mortier doit être de nature à pouyoii^ résister à ce» Skgené* -

351* Souvent on emploie la chaleur pour favoriser la dissolution; mais elle agit d'une manièi:e diSerente:> car tandis que la division mécanique multiplie simple* ment les surfaces de contact entre lé dissolvant et le corps à dissoudre, la chaleur augmente lapuissance du dissolvant, le rend capable de se charger d'une plua gcande quantité du corps à dissdudi*e y et établit d^aiis le liquide une foule de courans qui renouvellent constamment le» surfaces en contact. Ainsi la chaleur ne rend pas seulement l'action plus prompte^ eoiikme cela a lieu par la pulvérisation , mais elle augmente encore la capacité du dissolvant.

352. Le premier avantage de l'application de la chaleur est d'obtenir des ' dissolutions saturées lorsqu'elles sont revenues à la température ordinaire; ainsi il faudrait un temps fort long pour préparer une dissolution d'arsenic blanc ^ si l'on se contentait de mettre l'arsenic pulvérisé en contact avec l'eau; tandis qu'en faisant bouillir le mélange pendant une demi-heure ^ l'on obtient par le refroidissement une dissolution safiurée. Lorsque l'on agit sur une substance, soluble susceptible de cristalliser ^ il faut, pour avoir la cer^ titude que la dissolution est complètement saturée^ qu'une portion ait cristallisé par refroidissement*

3â3* Il est facile de s'assurer , lorsque la dissolution est encore chaude, si l'on a atteint le point de saturation; pQur cela un plonge dans le liquide une baguette de yerre^ l'en m prend une goutte que I'm &it tomber sur

Ids MANIPULATIONS CHIMIQUES.

un plateau de \erre froid ; si , après quelques minutes , on aperçoit des cristaux , ou du moins quelque matière solide , c'est une preuve que la dissolution sera saturée à froid. Si Ton n'apercevait pas d'abord de cristaux y il faudrait remuer la goutte de liquide avec la spatule de platine , et frapper légèrement le plateau en dessous ; ce mouvement détermine souvent la précipitation des cristaux , qui différemment n'aurait lieu qu'après un temps plus où moins long. On filtrera enfin la dissolution y s'il en est besoin , pour en séparer les substances non dissoutes.

354. Lorsqu'en chauffant une dissolution on n'a pas seulement pour but d'augmenter la propriété du dissolvant et d'obtenir une dissolution saturée , mais encore de faciliter certaines' opérations qui exigent une application soutenue de la chaleur, l'on doit se servir de vases qui ne favorisent pas l'évaporation ; ils sont surtout nécessaires pour les décoctions et les digestions, qui se prolongent quelquefois pendant un temps trèslong : leur forme peut être très -variée, mais c'est le chimiste seul qui peut, suivant les cas, décider celle qu'il convient d'employer de préférence.

355. Dans des cas semblables, ce qu'il faut surtout éviter c'est d'exposer subitement les vases de verre à l'action de la chaleur. Un ballon en verre, rempli d'eau, à moins qu'il ne soit très-mince, cassera infailliblement si oh le pose directement sur un bain de sable chaud. Avant de l'y placer , on devra aussi en sécher exactement le dessous; car s'il était humide, la chaleur, en réduisant cette humidité en vapeur, causerait une espèce d'explosion qui ferait sauter du sable dans l'intéi^eur. Si l'on veut chauffer plus promptement, l'on a spin de rejeter le sable sur le bord du bain , et de placer

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