SECTION XVIII
LutSp cimens.
993. Le but de cette section est de faire connaître en détail les diverses espèces de luts et de cimens, et la manière de les appliquer, afin de mettre les commencans à même de choisir celui qui conviendra le mieux à leurs expériences , et qui remplira le plus efficace* ment lenr but.
993. Les luts sont des mélanges mous et adherens/ ordinairement terreux , employés , soit pour clore les ouvertures qui se trouvent au point de jonction de deux parties d'un appareil , soit pour enduire Textérieur des vaisseaux que Ton soumet à une température ëlevée : dans ce dernier cas on a pour but de leur donner jAua de force pour résister aux fractures (453), ou de réparer celles qui existent , ou enfin de s'opposer au contact de Tair. On n'emploie à ce dernier usage qu'un petit nombre de luts; le succès de l'opération ' dé* pend en général moins de la nature du lut , que de la hianière dont il est appliqué. Les luts servant à boucher les petites ouvertures des appareî)[^ sont au contraire très-variés , selon la nature des vapeurs à la sortie desquelles ils doivent s'opposer^ et le degré de tempéra* ture auquel ils peuvent être soumis.
994. Les luts , les ciment et les mastics, servant aux mêmes usages , peuvent «être considérés comme une seule et même chose; nou^i les compi^endrons tous dans cette sectkm.
iPS MANIPUUTIONS CBIIUQVES.
995. Les vaisseaux qu'il faut recouvrir d'un lut sont en gménk les cornues , les flacons y les tubes , les créa* sets, etc. ; le lut doit varier suivant le degré de température auquel Ip vtisse^iu doit être porté , ou l'usage auquel on le destine.
996. Lorsque le lut doit résister à une très-haute température, comme pour la préparation du potassium dans un canon de fusil, ou lorsqu'il s'agit de fixer un creuset sur son support ^ il faut choisir l'argile la plu» réfractaire qu'on puisse se procurer : la meilleure^ sous ce rapport, que renferxqe l'Angleterre, est sans QOntredit l'argUf de Stourbridge.
La composition du lut , la quantité d'eau qu'on y ajoute povir en former une pâte, varient également suivant r usage. Après Tavoir délayée, on bat la pâte jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement ductile et homo»> gèi^e, puis on Taplatit de manière à en former.un^ ma^ 4'épai^eur ^h 4c grandeur convenables pour ]§ jyaiâseau que l'on veut revêtir* S*il $'agit d'une Qfffùv^ ou d'un ,in9i(r^^ , on les place au milieu de U n^sse de,lut , dpnt on relève les bords que l'on applique, sur le9 parois du verre en en suivant les contour^; s'il $'s|^it d'un tybe ,. il suffit de le placer sur une bande de lut dont oji:^ relève le bord contre le tube^ en roulant cclui*ci. Dans tous les cas, il faut frotter préa* la)>leinent la siirface du vaisseau avec nn peu de l}Àt iitéiayé dans l'eau , a^n d'humecter les parois et d'y faire adhérer un peu. de terre; si pendant qu'oii applique le lut la surface vfent à sécher, il £aiut l'htfmecter de nouveau. On doit éviter qu'il. ne reste aucune bulle d'air entre le lut et les paro^, afin que l'adhérence soit complète. Si, faute de précaution, il ^'était formé quelque soufflure ^ il ne faudrait pas es*
Slayer 4» fisiirç sortir Tnir mire le lut «^ lei{»arofai'y^^«k percer la soufflure avec une. épiiigle , a^n à» danjier passage à Tair.
.997« Si la grandeur du Txûsseau exige rapplieatîàii d^ plusieurs morceaui de lui, il ijanu 'apporter ua «oni particulier à les bien réunir éusesibie* La meilleure •> manière est d'amincir les bords de. chaque morceau, i de leui: donner ui^e^ forme irrégulière, et sfils sont secs, de les humecter ateç un peudrlut clair. On superpose ces bords, et l'on complète ensuite l'adhérence à Taide d*une légère pression.
.998. Lorsque le vaisseau qu'on lute est de forme irrégulière y on s'assufe de Tégalité d'épaisseur du lut , en enfonçant une aiguille dans la partie que l'on suppose trop épaisse I et en observant la profondeur à laquelle elje péuètre. Le petit trou amst formé né peut être d'aucune conséquence-; d'ailleurs il est aise de le refermer en pressant un peu avec le doigt la partie du ' lut qui l'entoure.
999» Le vaisseau étanC bi^u luié, il &ul le placer dans un endroit chaud » sur le bain ^ sahle , ou même aux .rayons du soleil;' mai» 'ttfadt éviter, de le faire sécher trop rapidemen^jQu d'une manière irréguUère , et avoir soin di^lafretourner de teni|»s en temps' pour eu exposer siteoeisivement tJoutes les parties àTuciioa de.laichaletir. .
XÛOdb^ On.n'est pa» bien d'âucôrd «sur la oonsistunee ' qu!iifaut donner aux lu«»y.et'0Oitventménie dans la ' pi»tiqu0 on est obligé^de modifier la-méthode que l'on • a adoptée. Le principal but auquel il feut tjèildre est de ' diminuer la contraction qu'éprouve l'argile iiumidey soit lorsqu'on la sache à rair,:sok lorsqu'on la sovmetà l'action du feu* Quelques personnes battent l'ar»
1 M t . luuomAiioif ft cimiiQMft.
gilè jui^'àpe c^éUe Fonhie une pâte ti^*fiàe «I trè8*liomo|^Qe » n'y aputem cpie lu quantité d'eau A» ftolument néceftsaire pour rendre la pâle ductile et fainle à «{piquer; dies en tvvétent la surface des comaes ou des fsaboB , de la manière que nous ayons décrite» JQsqu^à ce iqu'eHe y forme une couche d'an quart à un demi-pouce d'épaisseur, selon la dimension du vaisseau et le degré de force qu'exige le lut. Si ensuite , pendant la dessiccaiion , la couche d'argile yient à se fendre, elles remplissent soigneusement les fentes avec une portion du même lut, font sécher de nouveau , et le réparent encore , s'il est nécessaire I jusqu'à ce quereitérieur de la couche ne présente plus auoine solution de continuité.
1001. D'autres persmines appliquent le lut beaucoup plus clai^ et beaucoup plus ductile. Cela facilite l'opératioby mais, en séc^smt, les fentes sont généralement plus grandes; et quoiqu'on puisse les remplir, et donner à l'extérieur une apparence régulière, et continue', il est évident que la séparation qui a lieu entre le lut et les parois du vaisseau , par la contraction de l'argile^ seira beaucoup plus considérable avec cette dernière espèce de lut qu'avec la première.
1002. Loniqu'oB expose à l'acticm du feu les> vatsseMUL ainsi lûtes, et qu'on les fiiit fortement chauffer, la couche d'argile éprouve une nouvelle contractton. Lorsque le vaisseau lni«!niéme est en fer ou en terré , il ne cède pas à cet effort,. nais il se dilate au con** traire au-d^MM9iis du lut , y occasione ainsi de nouvelles fentes, et l'arfiJe tend de plus en plus à se séparer et à tomber en fragmens. Avec les vaisseaux en verre, cet inconvénient eat moins à craindre ç car lu verre échauffé eède à la contraction du lut, de sorte que si
LUTS y MAKllklRfi DE J»R£VkRt1l IfeS PfiNTES. 105
celtt«-ci reste adherent /et ne se déforme pas jusqu'àce qne le Terre soit amolli, le tout finit par former une espèce de vaisseau en terre garni intérieurement d'une couche vitreuse (453).
1003. Dans la vue de prévenir les fentes pendant la dessiccation y et d'empêcher conséquemment Tenduit de se séparer du vaisseau , quelques chimistes recommandent d'introduire dans le lut des substances fibreuses, afin d'augmenter mécaniquement l'adhérence de ses parties y et font usage pour cela de crottin de cheval y de foin, pu de paille haches , de bourre de cheval et de vache , enfin de filasse coupée très*coufte. On ne doit employer ces substances qu*en petites quantités y et Ton est ordinairement obligé d'ajouter plus d'eau qu'avec le lut seul , et de triturer plus long-temps pour obtenir un mélange parfait. La meilleure manière est de mêler les matières hachées avec l'argile avant d'y vei*ser l'eau. Si les fibres sont longues, qu'elles aient seulement plus d'un pouce , il est presque impossiUe de les mêler unifoiînémenft avec le lut, et l'application en est ensuite fort difficile. Avec du foin coupé de la longueur d'un demi ou un tiers de pouce, on remplit assez bien lé but désiré.
1004. On peut faire sécher graduellement des cornues enduites d'un lut ainsi préparé sans qu'il se forme à leur surface de fenHH considérables. L'effet de ces substances mélangées n'est pas simplement de donner au lut uAt plus grande ténacité , mais encore de forcer les fentes qui se forment pendant la contraction à prendre tine direction telle , que le lut , au lieu d'être divisé en trois ou quatre parties par de larges fentes, se trouve traversé par une multitude de petites fente;), ce qui ne Vcmpi^che pas d'adhérer
10$ MANipiJi.4Tiojfs cmmQos».
aussi bien que «'il zi« formait qu'une feule eouçbe* On évite ainsi qu'aucune partie du l^t ne soit dérangée de sa situation primitive pendant la caii« traciion.
1005. On pbtieni; quelquefois le ifién^e effet en mettant une bande de grosse toile ou de tput autrje tissu grossier sur la surface d'un lut fratchement ap^ pliqué (661). Cette méthode est excellente avec le9 tubes y et l'on complète la solidité de Tenveloppe en recouvrant la bande de toile d'un peu de lut délayé. Si la forme du vaisseau s'oppose à Tapplication d'une bande de toile , on remplit le même objet en se servant de filasse ou de chanvre ; mais il faut alors que les fibres se croisent dans plusieurs sensy sans quoij^ au. lieu d'en^ pécher les fentes , on ne ferait que leur dqnner un^ certaine direction. Il faudra ensuite humecter l'enve-» loppe de filasse avec du lut clair, afin qu'elle adhère fortement au lut, et y soit. en quelque sorte incorporée.
1006 et 1007. L'inconvénieDt le plus grave auquel soient exposés les luis ou enduits, est de se fendre.au feu ; malheureusement cet inconvénient suit la pro« gression de la chaleur, et conséquemmejut se manifeste le plus souvent au moment ou lorsque l'enduit, $'il e^t de bonne. qualité, serait le plus précieux et le plus utile* Un lut d'argile pure se contract Aeaucoup plus au feu qu'un lut d'argile mêlée avec autant de ^sa^le qu'elle en peut contenir sans p.erdre eqtièrcn^eiKt s<^ plasticité et sa ténacité. Le mélange de sable avee le It^tr Iç fj^34 cependant plus fusible ; aussi^ bien que ce soit un e|^c^ lent moyen lorsque le.^vaisseau qu'on veut Wu^t Qt doit être soumis qu'à la chaleur du rouge-brillant ou du jaune ^ il ne peut s'app}iquer ayec égal ay^tage^ et
]>iyBASE9 BSPàCES DB LIIT3. 1Q7
n'est même d'aucune utilité^ lorsqu'il faut qu'il sqp» porte des températures très-intenses. Le meilleur moyeu qu'on ait trouvé pour y suppléer a été de faire fortement chauffer une portion d'argile , puis de la casser en très -petits fragmens, et de l'employer au lieu de sable; on l'ajoute à l'argile qui doit former le lut, en quantité suffisante pour )a rendre solide sans lui enlever la ductilité nécessaire pour l'appliquer sans trop de difficulté. Les fragmeus dçs creusets dont on se sert dans les verreries donnent aussi un excellent ciment; mais il faut avoir bien soin de rejeter toutes les parties qui contiennent du verre ou qui sont vitrifiées extérieurement.. Enfin on peut encore employ er, pour le même objet, des creusets de Hesse ou de Cornouaiiles pulvérisés, quand ils n'ont pas été souillés par des flux ou d'autres impuretés,
1008. Les luts sont moins sujets à se fendre lors* qu'on les enduit d'une couche d'huile après les avoir &it sécher.
1009. On lute quelquefois les cornues, les flacons , et autres vaisseaux de forme irrégulière, en les plongeant dans une crcme épaisse de lut délayé dans l'eau , et en les saupoudrant de lut sec pendant la dessiccation. Lorsque dette couche est sèche on répète la même opération jusqu'à ce qu'ils aient acquis une épaisseur suffisante.
1010. Il faut, autant que possible, soutenir sur des supports tous les vaisseaux lûtes lorsqu'on les expose 4 l'action de la chaleur (454), afin d'empêcher que 1^ lut^e se dérange oune se détache par son propre poids.
101 1. La manière d'appliquer tgus ces luts varie nonseulement suivant laforme ou la situation du joint ou de
108 BASIPOULTIOHS anMiQiiis.
roorerture qa'ati yeut clore , mais encore soWaiit 1* pèce de lot qu'on emploie. Les diffierentes pièces des appareik , latées comme on l'ayait pratiqué jusqu'à ces derniers temps, donnaient à Tensembleune rigidité trèsincommode, et, sous ce rapport, Tintrodnction des tubes de caoutchouc est un véritable perfectionnement.
1012. La liste suivante contient un deuil succinct des divers luts et cimens que Ton peut employer avec avantage suivant les circonstances.
Argile de Stourbridge : il faut la réduire en poudre fine; elle convient pour enduire les cornues, les tubes, etc. , et pour effectuer les jonctions entre les creusets et leurs supports : il faut donc l'appliquer de la manière déjà indiquée (996). Elle supporte un degré de chaleur plus fort qu'aucun lut anglais.
1013* Terre grasse de Windsor' : on la trouve à Hampstead, etc. C'est un mélange naturel d*argile et de sable en proportions telles, qu'il forme un excellent lut, quoiqu'il ne résiste pas au même degré de chaleur que l'argile de Stourbridge. On s'en sert fréquemment pour garnir intérieurement les fourneaux, les pots bleus, etc.
1013.' Ces luts sont encore fort utiles pour fermer hermétiquement les joints métalliques des appareils qui doivent être exposés à une haute température.
\(S\h.Lutdt Willis. Pour rendre des cornues de terre imperméables à l'air ou aux vapeurs (455), M. Willis indique le lut suivant : faites dissoudre une once de borax dans une demi-pinte d'eau bouillante, ajoutez-y autant de chaux éteinte qu'il en faut pour faire une pâte légère; étendez le lut, ainsi préparc, sur la cornue avec une brosse, et lorsqu'il sera sec, appliquer une couche de chaux délayée <?ans Tlittife, en ballant