MANIÈRE DE SOUDER LES TCBES
1099. II est quclquelqucfois nécessaire de réunir ensemble plusieurs morceaux de tube , même d'épaisseurs différentes, pour en former un seul dont le calibre soit continu. 11 faut que les extrémités en soient parfaitement dressées et d'un diamètre à peu près égal, afin qu'elles puissent s'appliquer l'une contre l'autre aussi exactement que possible. Dans le cas où les diamètres seraient différens , on contracte l'extrémité du tube le plus large jusqu'à ce qu'elle soit réduite au même diamètre que l'autre, puis, après les avoir amollies ça même temps à la lampe , on les applique l'une contre l'autre sans quitter la flamme, en pressant légèrement jusqu'à ce que le verre adhère sur tous les points et forme autour du tube une espèce de bourrelet. L'on doit alors étirer le verre pour faire disparaître ce bourrelet, à moins que l'on ne préfère le conserver, puis on achève la soudure et on lui donne la forme convenable , en travaillant le verre sur là flamme. Si pendant l'opération le tube s'affaisse sur lui-même , il faudra le soufHer (1096); s'il s'amincit, au contraire, il faudra l'épaissir (1076); enfin , s'il s'épaissit par trop, il faut l'amincir en l'étirant, et rendre ensuite au tube, par l'insufflation , son diamètre primitif. L'on examine avec soin si l'adhérence est parfaite sur tous les points ^ si le verre ne s'est pas déformé, ou s'il n'existe point d'irrégularité trop grande dans l'épaisseur ^ car un seul de ces défauts suffirait pour faire casser le tube pendant le refroidissement. Lorsqu'il n'existe que de petites irrégularités dans la forme , et que le verre est refroidi avec précaution , on peut les laisser subsister , pourvu toutefois qu'il y ait adhérence parfaite.
1100. Il est fort important pour le chimiste, dans un grand nombre d'expériences , de savoir sceller her-
]50 MANIPULATIONS CHimQUES.
mëtiqueoient un fil métallique dans le verre. L'endiomètre à détonation (919), les tu^es dans, lesquels on recueille les gaz (967, 964) lorsque Ton opère la décomposition de certains corps liquides par la pile yoltaïque , sont autant d'exemples de Tutilité des explications dans lesquelles nous allons entrer. Le platine est le seul métal que Ton puisse employer avec succès dan^ cette circonstance, et fort heureusement aussi que, par ses propriétés chimiques , il se trouve le corps le plus propre aux expériences dont nous venons de parler. La supériorité du platine est due.priricipalement à son infusibilité à la température nécessaire pour mettre le verre en fusion , et à la facilité avec laquelle ces deux substances adhèrent ensemble malgré toutes les varia* tions de température. Les autres métaux , tels que le fer, ne peuvent être scellés dans le verre ni avec la même facilité, ni avec la même solidité; en efTet^ en prenant même toutes les précautions possibles, il arrive presque toujours qu'en refroidissant il$ ce séparent du verre, par la contraction qu'ils subissent ; et si cet inconvénient n'a pas lieu , les parties du verpç qui se trouvent dans le voisinage sont dans un état de tension tel , qu'au moindre choc il se brise ou se fend dans différentes directions. Ces accidens arrivent rarement avec }e platine , surtout si le verre est épais et a été ramolli au point convenable , et si la soudure a été bien faite.
IIQI. Supposons que Ton veuille sceller herméliguemen^ un fil de platine dans l'extrémité d'un tube semblable à celui représenté (965). Après avoir choisi un tube du diamètre et de l'épaisseur convenables, ainsi qu'un fil deplaf^ine bien décapé, l'on étire la partie du tube que Ton doit fermer jusqu'à ce qu'elle forme un col capillaire (1076 , 1085), en ayant soin de conser-
FILS MÉTALLIQUES SCELLjÉS BANS LEfS TUBES. 151
yer au verre une épaisseur convenable , afin de n^aViOir pas besoin de Tépaissir plus tard. Le diamètre inlérienr du coLne doit avoir que la largeur nécessaire, pour qttè Ton y puisse introduire facilemeft^le fil deplatine ; lorsque le verre est refroidi , on coupe le col avec une lime,
de manière à lui donner une ' f ^ longueur qui se trouve dans
^ les proportions indiquées
par la figure ci-jointe. Il faut ensuite introduire le fil par Touverture, et le placer dans la position qu^ii devra avoir lorsque le tube sera terminé , puis mettant d'abord la partie a en contact avec la flamme , Ton ménagera la température de manière à cbaufFer en même temps le platine et le verre, et amollir consi* dérablement ce dernier sans le faire entrer en fusion ; il suffit alors d'enfoncer et de retirer alternativement le fil d*une petite quantité pour le faire adhérer au verre avec lequel il était en contact , et pour obtenir une soudure, sinon bien forte, au moins assez solide. L'on chauffera ensuite la partie du tube qui se trouve entrer etd, pour produire successivement l'adhérence du verre avec le fil de platine. Cette opération doit être faite sans presser ni tordre le verre , et son succès dépend de la manière dont- on aura plus ou moins bien préparé l'extrémité du tube pour recevoir le fil de platine. On terminera en portant toute la partie du tube qui entoure le fil de platine à une température asses élevée pour que le verre soit à demi liquide , afin d'éviter toute espèce d'irrégularité ou de contraction , ayant toujours soin que le fil se trouve placé parfaitement dans l'axe du tube.
1102. Pour préparer un tube propre aux décompO"'
152 MANIPULATIONS CniBIIQUES.
sitions par la pile yoltaïque, il faut prendre un fil de platine d'une longueur suffisante, le ployer en deu s par le milieu , de manière à ce qu'il forme deux branches parallèles distantes l'une de Tautre d'environ un huitième ou un douzième de pouce. On fixe les extrémités du fil dans un bouchon , ce qui les maintient dans une position fixe et permiet d'opérer comme s'il n'y avait qu'une seule branche. Chauffant la partie du fil qui est destinée àpasser dans le tube et à y être fixée, on prend d'une autre part un morceau de verre d'une épaisseur convenable, que l'on amollit dans la flamme et dont on introduit l'extrémité entre les deux fils, de manière à y laisser une certaine portion de verre qui les enveloppe entièrement et les maintienne parallèles sur toute leur longueur. Après cette opération préliminaire l'on prépare l'extrémité du tube comme nous l'avons dit plus haut, en ayant soin cependant de couper le col plus près du tube que dans l'opération précédente , afin que l'ouverture soit assez, large pour laisser passer les deux fils , m^is nqn le morceau de verre qui les sépare. On introduit alors les deux fils dans le tube par le c6té ployé , et le morceau de verre se trouve arrêté à l'entrée ; on chauffe le tout jusqu'à ce qu'il y ait adhérence parfaite et que la soudure soit bien solide ; on laisse refroidir avec précaution ; on retire ensuite le morceau de liège, et l'on coupe le fil au milieu de la courbure : de cette manière Ton a deux fils isolés , au moyen desquels on peut décomposer à l'aide de la pile voltaïque les dissolutions renfermées dans le tube.
liQ3« Lorsque l'on veut faire passer et sceller un fil métallique dans la partie latérale d'un tube , il faut amollir à la lampe la partie que le fil doit traverser , appuyer l'extrémité du fil latéralement contre le verre
FILS MÉTALLIQUES SCELLES DAMS LEâ TUBES. 153
jusqu'à ce qu'il y soit adhérent , le retirer ensuite dans la même direction , et laisser le tout refroidir. Le tube présentera alors à l'endroit où a été appliqué le fil une saillie conique y dont on brisera le sommet pour ouvrir un passage dans l'intérieur ; y introduisant^alors le fil métallique, on applique la chaleur au verre , qui entre en fusion autour du fil , on pousse un peu celui-ci en avant jusqu'à ce que la partie du verre qui formait saillie soit retournée à sa position primitive. Avec un peu d'habitude , on réussira sans beaucoup de difficulté à placer le fil métallique dans la position voulue et à faire adhérer le verre sur toute sa circonférence sans causer d'altération sensible dans la forme du tube. Si l'on a à craindre que l'épaisseur ne s'en trouve trop diminuée , en raison de la portion de verre entraînée avec le fil métallique et retranchée pour pratiquer l'ouverture, il est facile de donner à cette partie toute la solidité désirable , en appliquant autour du fil métal- ^ lique un petit filet de verre (1102), que l'on fait adhérer aux parois du tube lorsqu'il est amolli par la chaleur. Lorsqu'il s'agit de placer dans un tube deux fils métalliques à une certaine distance l'un de l'autre , comme dans les endiomètres, on peut avec un peu d'attention déterminer facilement leur position, en prenant en considération l'étendue des mouvemens qu'il faudra leur faire faire avant qu'ils soient définitivement fixés à leur place.
1 104. Le verre vert de bouteille, n'entrant en fusion qu'à une température beaucoup plus élevée que le Jlinl'glass , se travaille avec beaucoup moins de facilité. Aussi ne le soumet-on en général qu'aux opérations les. plus simples, telles que celles qui n'ont pour
i5é HANlPUiA.T10NS CHIMIQUES.
but que de courber, de fermer ou d'étirer un tube. Ces diverses opérations s'exécutent à la lampe d'émailleur, et ne^ont pas toujours aussi difficiles qu'on pourrait le craindre , à causiB de la forqe et de l'infusibilité du verre \ert, qui permettent d'employer dc^s tubies beaucoup plus minces que ceux de Jlint^glass.
1105. Nous avons déjà p^rlé d'un grand nombre d'c^érations sur le verre où l'on se sert de la lampe à esprit de vin , quelquefois même sans avoir recours au chalumeau. Mais avec le secours de cet instrument, une lampe à esprit de vin peut , au besoin , remplacer I^ lampe d'émailleur , et il est des circonstances où son exi^oi présente des avantages. Si l'on n'a à sa disposition qu'un chalumeau à bouche, il faut, pour en tirer taut le parti possible, en placer le tiiyau entre les lèvres, et l'y supporter sans le secours des mains, de manière à pquvoir aviver la combustion par le souffle, tout en jouissant de la liberté des deux mains pour travailler le verre. Si l'on trouve quelque difficulté à soutenir le chalumeau avec la bouche, d'une mianière. asse^ ferme pour produire un jet de flamme constant et régulier, l'on peut, pour lui donner plus de stabilité, l'appuyer légèrement sur un bloc de bois , un livre , une brique , etc. , placés sur la table entre l'opérateur et la lampe. Il sera alors facile de régler la pression de l'air avec la bouche, de manière à obtenir une flamme régulière et fixe.
1106. La forme sous laquelle on a le plus souvent occasion de couper le verre, dans les laboratoires , est celle de tubes et de baguettes ; mais il est' quelquefois utile^de savoir couper les flacons, les cornues et les cloches hors de service, afin de les utiliser. L'on