LEUCITES
Sous le nom de leucites , on comprend tout un ensemble de corps de nature protoplasmique, affectant des formes cristallines ou non, et susceptibles de produire diverses substances qui jouent un rôle important dans la vie de la cellule. Certains d’entre eux se chargent de matières colorantes, amorphes ou cristallisées : ce sont des chromoleucites ; d’autres demeurent incolores, mais ont la propriété de donner naissance à un certain nombre de corps particuliers, dont le plus important est l’amidon : ce sont des lencolencites.
a. Chromoleucites.
Les chromoleucites ne sont autre chose que des leucoleucites imprégnés d’un pigment de couleur variable, le plus souvent jaune, orangé ou rouge, plus rarement bleu ou violet, ce pigment pouvant être d’ailleurs amorphe ou cristallisé suivant l’espèce considérée. Parfois, le leucite est imprégné par deux pigments : ainsi, il peut arriver que des leucites jaunes ou xantholeucites, comme on les appelle souvent, s’imprègnent d’un deuxième pigment vert ou chlorophylle. On a alors des leucites colorés en vert ou chloroleucites , que l’on connaît mieux sous le nom de grains de chlorophylle ou de corps chlorophylliens. En raison de l’importance de ces derniers, nous leur consacrerons un paragraphe spécial.
1. Chromoleucites proprement dits. — En ce qui concerne l’étude des chromoleucites, il y a trois cas à considérer : 1 0 leucites avec pigment amorphe; 2° leucites avec pigment cristallisé; 3° leucites cristallisés avec pigment amorphe.
Hérail. — Plantes méd.
HISTOLOGIE GÉNÉRALE
rig. 37. — Chromoleucites du fruit du Rosier.
Pour étudier les leucites du premier groupe, on s’adressera surtout aux pétales colorés en jaune, car le pigment jaune
s’y rencontre presque toujours à l’état amorphe. On fera des coupes dans le pétale de Y Anagyris fœtida ou bien l’on examinera, et beaucoup plus facilement, des lambeaux d’épiderme d’un pétale de Chrysanthème jaune que l’on montera dans une goutte d’eau.
Les leucites du second groupe sont surtout des leucites rouges ou orangés. On pourra les observer dans le parenchyme de la racine de Carotte, ou bien encore dans le tissu charnu du fruit du Rosier, où ils sont beaucoup plus abondants que dans l'exemple précédent (fig. 37). On en rencontrerait aussi dans un très grand nombre de fruits à péricarpe coloré en rouge.
Quant aux chromoleucites du troisième groupe, c’est encore
dans les organes floraux colorés en jaune que nous pourrons les observer. L’épiderme des feuilles calicinales de la fleur du Tropœolum majiis en renferme de très beaux : les leucites, imprégnés de pigment jaune amorphe, affectent la forme de tablettes plus ou moins fusiformes ou losangiques. Enfin, l’on trouvera des leucites très singuliers dans la pulpe de la Courge, variété à chair jaune, où ils sont contournés en spirale, tantôt rectiligne, tantôt plus ou moins incurvée (fig. 38).
2. Corps chlorophylliens. — La coloration verte que l’on peut considérer comme spéciale aux végétaux, et que l’on ne
Fig. 38. — Chromoleucites de la Courge jaune.
LA CELLULE
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rencontre qu’exceptionnellement chez quelques animaux, est due à la présence de corps chlorophylliens à l’intérieur des cellules dont les plantes sont composées. Ces corps chlorophylliens sont ordinairement arrondis ou ovales, et se présentent alors sous forme de grains répandus dans la cavité des cellules. Ailleurs, et principalement dans les Algues filamenteuses, ils se présentent sous forme de bandes transversales ou contournées en spirale ( Spirogyra , fig. 39), ou bien en masses irrégulières. Dans les plantes supérieures, les grains de chlorophylle sont n rp
très nombreux dans chaque cellule, mais en revanche très petits ; dans les plantes inférieures, comme les Mousses et les Hépatiques par exemple, les cellules ne renferment qu’un petit nombre de grains de chlorophylle (ch, fig. 28), parfois même un seul ; ils sont alors très volumineux.
Aussi conviendra-t-il de prendre les sujets d’étude parmi les plantes de ces deux groupes. Nous recommandons tout spécialement les feuilles du Fanaria hygrometrica dont l’épaisseur ne comprend qu’un seul rang de cellules, et dont l’observation pourra se faire directement.
La constitution d’un corps chlorophyllien est assez complexe. Il est formé d’abord par un substratum protéique, qui n’est autre chose que le leucite primordial, imprégné de deux pigments de couleur différente : l’un de ces pigments est jaune, c’est la xanthophylle ; l’autre est vert, c’est la chlorophylle. Ces deux matières colorantes peuvent être extraites du corps chlorophyllien, en traitant les parties vertes d’une plante quelconque par l’alcool absolu qui les dissout toutes deux. Cette solution est ensuite filtrée sur du noir animal qui s’em-
jyi uji
Fig. 39. — Cellules de Spirogyra.
rc, ruban spiral de chlorophylle ; n, noyau.
HISTOLOGIE GÉNÉRALE
pare des deux pigments ; on dissout ensuite la xanthophylle par l’alcool à 6o°, et la chlorophylle par l’éther ou l’huile de pétrole.
Les corps chlorophylliens renferment en outre presque toujours des grains d’amidon, parfois très petits, et par suite très difficiles à voir. On pourra cependant les mettre en évidence, en traitant les coupes par une solution aqueuse concentrée de chloral qui détruit la matière verte en même temps qu’elle gonfle les grains d’amidon; on ajoutera ensuite quelques gouttes d’eau iodée qui donneront aux grains d’amidon une coloration hleue caractéristique. On opérera sur la feuille de Funaria liygrometrica .
Il convient d’ajouter que dans certains végétaux, la cellule renferme des matières colorantes solubles dans l’eau, et assez abondantes pour masquer parfois la présence de la chlorophylle. C’est ainsi que certaines Algues sont rouges (Floridées), d’autres brunes (Fucacées), d’autres bleues (Oscillaires) ; de même, à l’automne ou au printemps, les feuilles de certains arbres présentent une coloration brune ou rougeâtre due à la présence de pigments surnuméraires dans les cellules. Des coupes de ces feuilles ( Mahonia , Vigne vierge, etc.), débarrassées par la chaleur de ce pigment surnuméraire, reprendront la teinte verte, et laisseront voir de très nombreux grains de chlorophylle dans la cavité cellulaire.
b. Leucoleucites.
Sous ce nom, on comprend tous les leucites incolores. Leur rôle est très important, puisqu’ils donneraient naissance à la plupart des corps qui constituent le contenu de la cellule. En tout cas, ils sont manifestement producteurs de l’amidon, propriété qu’ils partagent d’ailleurs avec les leucites colorés, et notamment avec les corps chlorophylliens. On pourra étudier cette fonction amylogène des leucoleucites dans les cellules parenchymateuses du rhizome de Y Iris germanica. Des coupés de cet organe, colorées par l’iode ou le chloroiodure de zinc, montreront un grand nombre de grains d'amidon colorés en bleu, encore accolés au leucoleucite formateur qui sera coloré
LA CELLULE. 53
en jaune. La ligure 40 représente un certain nombre de grains d’amidon encore accolés au leucoleueite formateur (p).
B. — Éléments non azotés.
Les éléments non azotés du contenu cellulaire sont : les matières grasses , Y amidon et les matières minérales.