DESSICCATION
258. La dessiccation a pour but l’élimination d’un liquide volatil qui souille un corps solide. Elle procède par évaporation du liquide. Le plus fréquemment elle s’applique à l’élimination de l’eau, mais on la pratique aussi pour les autres liquides employés comme véhicules dans la préparation des composés solides.
250. Dessiccation a l’air. — Lorsque le corps à éliminer est suffisamment volatil, la dessiccation peut se faire à la température ordinaire. Souvent on se borne à exposer le corps à l’action de l’air. Pour le protéger des poussières atmosphériques, on l’étale sur l’une des moitiés d’une feuille de papier à filtrer, on replie sur lui l’autre moitié et on fixe les bords du papier superposés, en les repliant ensemble deux ou trois fois. Les vapeurs traversent le papier et s’échappent dans l’atmosphère. C’est la dessiccation à l'air libre. Appliquée à chasser l’eau, elle n’est jamais complète, ce corps étant toujours présent dans l’air. Elle est aussi peu rapide.
On active beaucoup la dessiccation à froid et on la rend plus
VAPOUISATION.
complète, en enfermant la masse à desséclier dans une enceinte limitée, avec un coi’])S capable d’absorber les va])eurs à éliminer.
Pour l’eau, les corps desséchants les j)lus usités sont l’acide sulfurique concentré, le chlorure de calcium desséché, la chaux vive, l’anliydride phosphorique. Le dernier de ces agents est celui qui dessèche le plus parfaitement. Après lui vient l’acide sulfurique, mais celui-ci donnant des hydrates moins denses qui le recouvrent et arrêtent son action, il est indispensable d’agiter fréquemment ou mieux de renouveler le liquide ; on peut encore la répandre à la surface d’une matière inerte très poreuse (voy. Ponce sulfurique). La chaux vive n’agit qu’avec lenteui'; de plus elle devient pulvéï'ulente en s’hydratant, et se répand dans l’atmosphère à dessécher. Quant au chlorure de calcium anhydre, il ne produit jamais une dessiccation parfaite, ses hydrates émettant de la vapeur d’eau sous une tension sensible, même à la température ordinaire; il est d’un usage tellement commode qu’on l’emploie néanmoins d’une manière courante : le sel fondu, présente une surface d’action trop faible, on doit préférer le sel simplement desséché, qui est poreux et léger.
Pour absorber l’alcool, on emploie l’acide sulfurique concentré; quant aux hydrocarbures tels que la benzine ou le toluène, on les retient par du caoutchouc non vulcanisé mais laminé en feuilles minces ou par de la paraffine.
20(1. Vases a oessécher. — S’il s’agit de petites quantités, et principalement en analyse, on se sert des vases à dessécher ou dessiccaleurs qui sont d’un usage journalier.
Ils consistent en une conserve de verre à couvercle (fîg. 15'/-), dans laquelle on enferme simultanément la substance à dessécher et du chlorure de calcium sec. Les boials du couvercle sont rodés à l’émeri sur le cordon de verre qui avoisine le haut de la conserve; enduits d’un cor[)s gras ou de vaseline, ils forment une fermeture hermétique. Le chlorure de calcium en fragments est déposé au fond du vase; on place la substance à dessécher dans une caj)sule placée elle-même sur un trépied un peu élevé en métal ou mieux en verre. On obtient ce dernier en recourbant deux fois à angle droit des baguettes de verre plein, dont on assemble deux à deux les branches latérales au moyen d’anneaux de caoutchouc, détachés d'un tube épais par un coup de ciseaux. Les vapeurs émises par la
m. — VASES A DESSÉEHEU.
matière humide sont absorbées ^ar le chlorure de calcium qui maintient sèche l’atmosphère intérieure.
D’ailleurs cet appareil, aussi bien <pie les suivants, sert fréquemment en analyse à maintenir à l’abri de l’humidité de l’air les objets à refroidir : capsules de platine, creusets de porcelaine, etc. On le transporte au voisinage des balances sur lesquelles ces objets doivent être pesés secs.
Fig. 15i. — Vase à desscclier.
La conserve peut être fermée plus simplement par une lame 1.1e glace rodée sur ses bords. On la remplace parfois par un vase spécial (lig. 15.j), présentant à la moitié de sa hauteur un étranglement; sur la saillie intérieure formée par celui-ci, on dépose un triangle de verre destiné à supporter le corps à dessécher. La substance desséchante occupe le fond du vase dont l’orifice est fermé exactement par une glace rodée et graissée.
'261. Les vases précédents se transportent facilement, mais ils ne peuvent recevoir que des olijets peu volumineux. Les cloches à dessécher (fig. 156) donnent un espace libre plus considérable. Elles sont dressées et rodées sur leurs bords, de telle sorte qu’elles peuvent s’ap[)liqiier exactement sur une glace plane, également rodée; le joint est rendu étanche [lar un peu de suif
JUNGFLEisCH. — Maiiip. de chimie. 13
VAPORISAT I0.\.
OU de vaseline. Sur la glace di^ouveiTe, on place un vase })laL un cristallisoir, contenant de Tacide sulfurique concentré, el supportant par ses bords un triangle fait d’une forte l)aguette de verre recourbée deux fois à G0“; on dépose sur le triangle l’objet à dessécher et on recouvre le tout de la cloche. Cette disposition du support est représentée plus loin (fig. 158, p. 190). En substituant au triangle des plaques métalliques percées de trous, })ortées par trois pieds vissés qui reposent sur la glace, el telles que celles représentées dans la figure 150, on peut ]dacei simultanément plusieurs objets sous une même cloche.
Fig. 155. — Vase à dessécher. Fio. 156. — Cloche à desséclier.
Les vases à dessécher dans le vide ^265 et suivants), servenl également pour la dessiccation sous la pression ordinaire. Il suflil de maintenir leur robinet fermé et de s’en servir comme il vient d’être dit.
La fermeture par une glace graissée laissant à désirer au poiiil de vue de la propreté, on se sert encore quelquefois de la pierre Injdrargyrique . Celle-ci est une dalle de pierre, dans la(]uelle on a creusé une rigole circulaire où peut s’enfoncer le bord de la cloche; en garnissant cette rigole de mercure, on intercepte toute communication entre l’intérieur de l’appareil el l’atmosphère. Celte disposition est peu recommandable ; le mercure s’oxydant à l’air, adhère à la cloche et, pendant la manœuvre de celle-ci, tombe sur les objets à dessécher ; en outre les poussières s’accumulent dans la rigole.
^03. Dessiccation a chaud. — La dessiccation à froid est lente; en élevant la température du corps à dessécher, on augmente la tension des vapeurs qu’il émet et on accélère beaucoup l’élimination des produits volatils.