I. — F'rotoclilorufc franlimoino
Équiv. : SbCP = 226,5 = 4
1052. Synonymes : Triclilorure d’antimoine, chlorure antimonieux, beurre d’antimoine. — Cristaux incolores, durs, à éclat gras, déliquescents, parfois volumineux, dérivés d’un prisme rhomboidal droit. — Densité : 2,7. — Point de fusion : 73“,2. — Point d'ébullition : 225". — Densité de vapeur kO” et sous la pression 0“,7G0 ; 8,1 par rapport à l’air; 116,6 par rapport à l’hydrogène. — Soluble dans fort peu d’eau, mais décomposé par une plus grande quantité.
1053. Préparation par le sulfure d’antimoine et l’acide CHLORHYDRIQUE. — Celte préparation du protochlorure d’antimoine est corrélative de celle de l’hydrogène sulfuré (§ 630). On extrait le sel des liqueurs qui restent dans le ballon quand le gaz a cessé de se dégager.
On décante ces liqueurs refroidies et abandonnées au repos pendant quelque temps. On sépare d’abord le liquide clair, puis on libre les parties troubles sur un épais tampon d’amiante, garnissant le fond d’un entonnoir. On place les liquides limpides dans une capsule de porcelaine, et on les évapore, en opérant sous la hotte d’une cheminée à tirage énergique; ils sont chargés, en effet, d’une forte proportion d’acide chlorhydrique libre, qui
ANTIMOINE
s’échappe avec la vapeur tl’eau. Celle circonslance l'ail qu’il esl avanlageux de remplacer l’évaporalion à l’aii* libre par une dislillalion opérée dans une cornue de verre : les vapeurs acides se coiidensenl avec l’eau dans un ballon lubulé, enlouré d’eau froide, el servanl de récii)ienl (lig. 140, § &i‘), ou mieux encore dans un réfrigéranl de Liebig (fig. 1-41, § 4^5). Ouand la plus grande parlie de la liqueur a été chassée, on laisse, si besoin est, le conlenu de la cornue s’éclaircir, on décanle la partie claire, et on l’in* troduit dans une cornue de verre, de petites dimensions, dont le col s’engage sans bouchon jusqu’au centi-e d’un ballon plongé dans l’eau el servant de récipient (bg. 130, § ilUS). On distille. Il passe d’abord de l’acide cbloibydri([ue hydraté, })uis, lorsque celui-ci a été tout entier chassé de la cornue, il distille un liquide huileux; celui-ci se soliditie immédiatement lorsqu’on le reçoit sur un corj)s froid, ou môme cristallise dans le col de la cor- i nue quand la distillation n’est pas menée trop rapidement; c’est le protochlorure d’antimoine. On enlève alors le ballon el on le remplace par un autre semblable, prtr/’ni/cnten^ sec, qu’on dispose de la même manière, mais sans l’entourer d’eau. 11 ne reste plus qu’à pousser la distillation jusqu’à épuisement de matière volatile.
Le protochlorure d’antimoine, fondant à 73", 2, peut, en cristallisant dans le col de la cornue, obstruer celui-ci; on jirévienl cet inconvénient en poussant plus rapidement la distillation ou, si cela n’est pas possible, en promenant de temps en temps sous le col de la cornue et sous celui du ballon, soit une llamme de gaz, soit un charbon rouge tenu avec une pince de fer.
Le point d’ébullition du chlorure d’antimoine étant 2:25" et la cornue ainsi que le ballon se trouvant portés à cette température élevée, il faut éviter tout refroidissement brusque, susceptible de provoquer la rupture du verre. Une réfrigération du ballon, pratiquée par un agent autre que l’air, esl d’ailleurs toujours inutile.
La seule difhculté de cette préparation tient aux matières étrangères que contenait le sulfure d’antimoine naturel. Les silicates et le sulfure de plomb notamment, fournissent de la silice et du chlorure de plomb, qui sont solubles dans l’acide chlorhydrique; ces composés se séparent pendant l’évaporation du dissolvant, se déposent sur le fond de la cornue, et occasionnent des soubresauts pendant l’ébullition. On évite cet inconvénient
1053. — PROTOCllLORUUE D’ANTIMOINE.
par des décanlalions répétées et suiToiit en chauiïant latéralement la cornue.
Le produit incolore est liquéfié à une douce chaleur dans le ballon où on l’a recueilli, puis transvasé dans un llacon bouché en verre, bien sec et préalablement chaulïé pour éviter sa rupture au contact du liquide chaud.
Le protochlorure d’antimoine donne, avec fort peu d’eau, une solution limpide. Celle-ci, additionnée d’un grand excès du même liquide, se décompose en laissant précijiiter un oxychlorure d’antimoine SbClO^. Pour obtenir une solution limpide et diluée de protofhlorurc, il est nécessaire d’additionner d’acide chlorhydrique l’eau employée comme dissolvant.
t05i. Pau i/antimoine et le chlore. — L’appareil à employer est ideiiti([ue à celui qui sert à la préparation du biclilorure d’étaiii anhydre (lig-. 291, 1029). L’appareil étant exactement desséché, on introduit dans la cornue X 00 grammes d’antimoine concassé, et on dispose celle-ci sur un fourneau à gaz, recouvert d’une toile métalliciue. On fait arriver le courant de chlore sec sur le métal chaulfé. l^e chlore et Tanlimoine se comhinent avec un dégagement de chaleur considérahie, pour donner du protochlorure d’antimoine qui forme hientôt une couche liquide à la surface du métal chaud. (Juaiid cela est devenu possible, on failplonger dansce liquide l’extrémité du tube qui amène le chlore; ce dernier se dissout abondamment dans le protoclilorure pour former du perchlorure, lequel, attaquant le métal en excès, se change en protochlorure. Il est dès lors possible de faire arriver le chlore très rapidement, de supprimer le feu, et d’achever l’opération en peu de temps. Pour n’avoir pas de perchlorure d’antimoine dans le produit, il est nécessaire d’arrêter l’arrivée du gaz avant la disparition complète du métal, et de cohoher les petites portions de perchlorure qui ont pu passer dans le ballon.
Le liquide contenu dans la cornue cristallise par le refroidissement. 11 est d’ordinaire coloré en jaune par du perchlorure de fer et d’autres chlorures métalliques; il doit être purilié par distillation. A cet effet, on le liquéfie ~ par une douce chaleur, on décante le liquide dans une cornue, et on commence la distillation ainsi qu’il a été dit au paragraphe précédent. Dès que le produit condensé est incolore, on remplace le ballon-récipient par un ballon semblable, et on achève la distillation, qui fournit dès lors un produit exempt de fer.
J. — PcrclilorufP «rantiiiioinc.
Équiv. : SbCD = 297,5.
1055. Synonymes : Pcntachlorure d’antimoine, chlorure antimonique. — Liquidejaune, à odeur sutîocante, fumant énergiquement à l’air humide. — Solidi fiable dans un mélange réfrigérant, en cristaux fusibles à G”.— Décomposable à la distillation, en
ANTIMOINE
donnant du chlore et du protochlorure. — Absorbe l’humidité de l’air, en formant un hydrate cristallisé SbCP + 8 110; décomposable même à froid par une grande (juantité d’eau.
1050. Préparation par l’antimoine et le chlore. — La iransformation de l’anlimoine en perchlorure d’anlimoine, sous l’aclion directe du chlore gazeux, peut être faite dans l’appareil indiqué plus haut pour la préparation du biclilorure d’étain (hg.^91, § 10:29) ou pour celle du protochlorure d’antimoine (§ 105i).La production de ce dernier composé précède d’ailleurs celle du perchlorure, qui résulte en réalité, dans ces conditions, de la fixation du chlore sur le protochlorure.
On commence donc l’opération comme il a été dit pour la préparation du protochlorure d’antimoine, et on pousse l’action du chlore sur le métal jusqu’à dissolution complète de celui-ci, puis on continue à faire arriver du gaz dans le protochlorure liquéfié. Lorsque le chlore cesse d”être absorbé énergiquement, on arrête son arrivée et on purifie le produit par distillation.
Le perchlorure d’antimoine se décompose pendant cette opération; il perd du chlore en se transformant partiellement en protochlorure, de telle sorte que ce dernier forme un résidu moins volatil, alors même que le chlore a été employé en excès. Les deux corps se recombinent, il est vrai, dans le récijiient, mais du chlore se trouve entraîné au commencement. 11 est donc bon de continuer le courant de chlore pendant la seconde moitié de la distillation.
On peut encore maintenir, pendant la réaction du chlore sur le protochlorure, la température de la cornue assez élevée pour déterminer la distillation du perchlorure formé.
1057. Dans tous lescas, on obtientainsi des produits mal définis, contenant ti’op de chlore ou n’en contenant pas assez. On n’a pas cet inconvénient et on obtient en même temps un corps plus pur en 0])érant sur du protochlorure distillé et pur. On prend un poids déterminé de ce composé, on l’introduit dans un ballon au fond duquel on le maintient liquéfié, en élevant sa tem])érature audessus de 73%^, et on fait arriver sur lui un courant de chlore au moyen d’un tube qui pénètre au fond du ballon. Le col de ce dernier porte, au moyen d’un bouchon, le tube précédent et un second tube eftilé, livrant passage aux gaz s’échappant de l’appa-
1057. — PERCllLORUHE D’ANTIMOINE.
reil. Le ballon, garni du protochlorure et des deux tubes, a été taré au préalable. On arrête l’action du gaz quand le poids de l’appareil a augmenté, par la fixation du chlore, d’une quantité équivalente au poids de prolochlorure em])loyé, c’est-à-dire a augmenté de 31,0 pour 100 de ce poids. Il est nécessaire, si le courant gazeux est ra])ide, de refroidir le ballon vers la fin de l’opération, pour empêcher la déperdition du perchlorure d’antimoine.
Le iierchlorure d’antimoine doit être conservé dans des vases bien secs et exactement fermés.
IU58. Pour obtenir le perchlorure d’ antimoine hydraté et cristallisé, ou mélange le perchlorure anhydre avec une petite proportion d’eau, de façon à produire une li(jueur limpide. Une (luanlité d’eau un peu considérable décomposerait le perchlorure en formant de l’acide anlimoni([ue. On expose la solution, limpide et très concentrée, sous une cloche recouvrant en même temps un vase plat contenant de l’acide sulfurique monohydraté. L’évaporation de la liqueur provoque le dépôt des cristaux à 8 équivalents d’eau.
Iv. — Oxychlorure «Tantinioinc.
Équiv. : ShO==Cl = 171,5 = ShOCl.
10.)9. Synonymes : Cldorurc antimonieux, poudre d’Algarotli, mercure de vie, clilorurc d’arilimoiiie basique. — Composé blanc, pulvérulent, présentant une composition et des propriétés variables avec les conditions de sa préparation.
10(30. Préparation par le protociilorure d’antimoine et l’eau. — Quand à 1 molécule de prolochlorure d’anlimoine on ajoute de 1,5 à 2 molécules d’eau (de 11 à 15 pour 100), le sel se dissout sans s’altérer, en donnant une solution limpide. Si l’on mélange la dissolution ainsi obtenue avec une nouvelle quantité d’eau, il se iiroduit une décomposition : de l’oxychlorurc d’antimoine se précipite et la liqueur se charge d’acide chlorhydri(|ue :
ShCF -H 2 110 = SbÜ^Cl -f 2 HCl. .
Telle est la réaction qui s’accomplit à peu près exclusivement lorsqu’on ajoute, à 1 molécule de protochlorure, de 5 à 4,5 molécules d’eau (de 15 à 35 pour 100). L’oxychlorure, que l’on peut recueillir par filtration, est alors souillé d’une notable proportion de protochlorure non altéré; laissé en contact avec les liqueurs dans lesquelles il s’est formé, il devient peu à peu cris-
JUNGFLEisCH. — Manip. de chimie. it
ANTIMOLNK.
talliii. En l’essoranl rapidemenl à la trompe, puis en l’épuisant à l’cther qui enlève le chlorure non décomposé, on l’obtient pur.
Avec une proportion d’eau encore plus l'orte, en employant un poids de ce liquide de 5 à 10 fois plus considérable que celui du protocblorure, on obtient de meme un précipité amorphe, devenant cristallin au contact de la liqueur, mais dont la composilion est très dilTérente (M. Péligot) : c’est une combinaison à équivalents égaux d’oxychlorure et d’oxyde d’antimoine, Sb()-Gl -j- Sbü* ou Sb'O^Gl. A mesure que la proportion d’eau augmente, il se sépare des quantités croissantes de chlore et le produit devient de plus en plus riche en oxyde d’antimoine. L’eau bouillanle, surtout lorsqu’on la renouvelle plusieurs fois, donne très rapidement le composé Sb*0'’Gl.
1061. Pour obtenir l’oxychlorure d’antimoine SbO‘(h cristallisé, on traite 10 parties de protocblorure d’antimoine par 17 parties d’eau froide, on agite et on laisse en contact pendant (pielques jours, en remuant de temps en temps. 11 se forme ainsi des petits cristaux rliomboédri(iues, (jue l’on sépare au moyen du libre, qu’on essore et qu’on lave à l’éther pour enlever lo tricldorurc d’antimoine non décomposé, dont ils sont souillés.