U09. — DÉSAGRÉGATION
A ce point de vue, les essais par voie sèche sont très utiles; ils sont d’ailleurs faciles, le problème se trouvant ici fort simplifié.
Nous allons énumérer les substances communes qui rentrent dans cette catégorie, et indiquer, d’une part, le moyen de les reconnaître, d’autre part, le traitement à leur faire subir pour les dissoudre.
Mettons d’abord à part deux métalloïdes qu’on rencontre fréquemment, le soufre et le charbon : ils sont combustibles lorsqu’on les chauffe sur la lame de platine, soit dans la llamme d’un brûleur Cnnsen, soit dans celle du chalumeau (graphite), et donnent du gaz sulfureux ou du gaz carbonique.
La silice ou les silicates ne se colorent pas quand on les imbibe de sulfhydrate d’ammoniaque; chauffés au chalumeau dans une perle de sel de phosphore, ils donnent une masse de silice opaque, qui nage dans la perle transparente. On les désagrège en les fondant à la température rouge, dans un creuset de platine, avec 4 fois leur poids de Ilux blanc (§ 811); le produit de la fusion est soluble dans l’eau, au moins partiellement, le résidu, s’il y en a un, étant soluble dans les acides. Quand on veut y rechercher les alcalis, on opère de même en prenant pour fondant l’hydrate de baryte, ou encore on chauffe la substance avec de l’acide fluorhydrique, dans un creuset de platine.
Les sulfates terreux ne se colorent pas par le sulfhydrate d’ammoniaque; chaulîés sur le charbon, dans la flamme de réduction, avec du carbonate de soude, ils donnent des sulfures, dégageant de l’hydrogène sulfuré quand on traite l’essai par une goutte d’acide chlorhydrique. On les désagrège comme les silicates, par fusion avec le flux blanc; le produit, repiâs par l’eau, cède tà celle-ci l’acide sulfurique, et laisse un résidu de carbonates que l’acide chlorhydrique dissout.
Le sulfate de plomb noircit par le sulfhydrate d’ammoniaque; il donne au chalumeau, sur le charbon, en présence du carbonate de soude et au feu de réduction, un globule de plomb métallique; de plus, l’essai est entouré d’un enduit jaune. 11 se désagrège comme les sulfates terreux.
Le fluorure de calcium ne noircit pas par le sulfhydrate d’ammoniaque; chaulïé avec du sel de phosphore préalablement fondu, dans un tube ouvert par les deux bouts (§ 1899), il donne des vapeurs d’acide Iluorbydrique, qui i-ougissent le tournesol et
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ANALYSE QUAIATATIVE.
se condensent sur le verre, à l’intérieur du tube, en le dépolissant. On le désagrège par lusion avec le flux blanc ou avec le carbonate de soude, dans un creuset de platine, et on dissout le produit dans l’eau bouillante.
Le chlorure, le bromure et Viodure d'argetit noircissent par le suiriiydrate d’ammoniaque; chauffés au clialumeau sur le charbon, avec du carbonate de soude, dans la flamme de réduction, ils donnent un globule d’argent métallique. On les désagrège en les mettant en contact avec du zinc, dans une liqueur chargée d’acide sulfurique (§ U4G); l’élément halogène passe dans la liqueur, et le métal est réduit; on dissout ce dernier en le traitant par l’acide azotique, après l’avoir isolé et lavé.
Uoj’/yde de chrome, devenu insoluble par calcination, donne au chalumeau des perles vertes avec le sel de phosphore et avec le borax, au feu d’oxydation aussi bien qu’au feu de réduction. On le désagrège en le pulvérisant, en le mélangeant avec du Ilux blanc et de l’azotate de potasse, et en projetant peu à peu le tout dans un creuset de platine chauffé au rouge. La masse obtenue se dissout dans l’eau acidulée.
Valumine insoluble ne noircit pas par le sulfhydrate d’ammoniaque; fondue avec du Ilux blanc, au creuset de platine, elle devient soluble dans les acides, et l’ammoniaque donne, dans la dissolution, un précipité blanc, gélatineux. Les oxydes d'étain et d'anlimoine, chauffés sur le charbon avec du cyanure de potassium, à la flamme de réduction, donnent un globule métallique blanc, malléable pour le premier oxyde, cassant pour le second; la dissolution de ces globules dans l’eau régale précipite en jaune par l’hydrogène sulfuré. Tous les oxydes insolubles deviennent solubles dans les acides, après traitement au rouge par 4 fois leur poids de flux blanc.
1 ilO. Mktiiodes diverses d’analyse. — Soit par des traitements à l’eau et aux acides, soit par désagrégation, tous les corps peuvent être mis en dissolution; la totalité des problèmes de l’analyse qualitative se ramène ainsi à l’analyse des corps dissous; la liqueur ou les liqueurs obtenues, devant être examinées dans le but de recbereber les bases et les acides qu’elles renferment.
La marche à suivre, dans cette analyse, mérite de nous arrêter ici à un point de vue général, afin de signaler les avantages que l’on trouve à opérer méthodiquement et à adopter une manière de procéder à peu près invariable. Il est nécessaire, en effet, si l’on veut éviter les erreurs, de ne tenir
lilO. — MÉTHODES DIVERSES.
tout d’abord qu’un compte limité des renseignements que Ton peut avoir sur la nature et l’origine des substances analysées, et même des propriétés que l’examen préliminaire a montrées. Ces diverses circonstances portent nécessairement l’esprit à faire, sur le résultat à atteindre, des bypothèses variées. On a dès lors tendance à vérifier ces hypotbèses d’une manière abrégée, et, par suite, à procéder au hasard : on essaye successivement les réactions qui caractérisent les éléments dont on soupçonne la présence, oubliant que ces réactions ne sont que bien rarement caractéristiques, si elles ne sont pas accompagnées de quelques autres; ou commet ainsi des erreurs, et plus souvent encore on laisse méconnus, dans un mélange, des éléments qui s’y trouvent cependant en abondance. Ce sont là des inconvénients que l’on évite en opérant avec méthode. Une marche générale, qui peut paraître longue à première vue, est eu réalité plus courte; elle est, dans tous les cas, plus sûre.
Il faut donc adopter une méthode. Or, on en a indiqué un très grand nombre, dont les grandes lignes sont, il est vrai, communes à toutes, mais qui se distinguent par les détails. Aucune n’est parfaite et ne répond à runiversalilé des cas. Celte insuffisance résulte surtout de ce que les caractères des composés sont d’ordinaire modifiés, parfois très profondément et très diversement, parla nature des substances auxquelles ils se trouvent mélangés. En outre, chaque jour apporte des observations nouvelles, dont les méthodes adoptées n’ont pu tenir compte. D’ailleurs, le désir de rendre un procédé d’analyse absolument général, entraînerait des complications telles que l’on préfère une méthode moins parfaite, mais plus simple. Le choix à faire entre les méthodes connues n’est certainement pas indifférent; il n’a cependant qu’un intérêt secondaire, et on peut s’y laisser guider par des convenances particulières, ou mieux encore, par l’étendue des moyens dont on dispose.
Ce qui importe surtout, c’est de suivre régulièrement la marche que l’on a adoptée; après une pratique prolongée, on en connaît les faiblesses, on est frappé par les réactions qu’elle ne comporte pas d’ordinaire, et on peut dès lors éviter aisément les erreurs auxquelles elle conduirait quelqu’un de moins habitué à son usage.
Les méthodes dichotomiques que nous.indiquerons plus loin ne comportent pas la détermination des substances quelque peu rares; on a pris soin, au contraire, de les approprier exclusivement à l’analyse des corps les plus répandus. Elles s’adressent donc uniquement aux commençants. Néanmoins, elles n’échappent pas plus que les autres aux inconvénients signalés plus haut; mais, si l’on apporte quelque attention au choix des exemples d’analyse donnés comme exercices aux débutants qui les appliquent, elles conduisent rapidement à un usage facile des méthodes plus générales, mais d’ordinaire assez compli([uées, que l’on trouve dans les traités d’analyse.
11 est quelques remarques, communes à toutes les méthodes dichotomiques, qu’il nous paraît indispensable d’ajouter :
1® Ces méthodes sont nécessairement en défaut toutes les fois qu’on les applique à des corps (jui ne figurent pas dans la liste de ceux pour lesquels elles ont été instituées.
*2® L’ordre des réactions qu’elles prescrivent d’exécuter doit être rigou-
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reusement conservé, sous peine d’enlever à ces réactions la signification qu’on leur donne.
3® Enfin dans toutes les méthodes dichotomiques d’analyse qualitative, les réactions qui se succèdent sont, en quelque sorte, inséparables les unes des autres. Chacune d’elles n’a la valeur qui lui est attribuée que si toutes les réartions précédentes ont été régulièrement exécutées et observées. 11 résulte de là qu’une erreur faite à un moment quelconque de l’analyse, conduit finalement à un résultat erroné, alors même que les opérations subséquentes ont été régulières. Autrement dit, c’est toujours sur une seule réaction, parfois négative, (ju’est fondée la désignation d’un élément cherché. 11 est donc tout à fait indispensable de contrôler ensuite l’exactitude du résultat, en recherchant dans la matière analysée les caractères spécifiques de cet élément. Si ces caractères ne peuvent être retrouvés, c’est qu’une faute a été faite, et l’analyse doit être recommencée.
1411. Quantité de matière a employer. — 11 est nécessaire de s’habituer à opérer sur peu de substance. Tout d’abord, cela est souvent imposé dans la pratique par le poids de matière à analyser dont on dispose; or, il faut, avec ce poids limité, faire toutes les réactions dont l’ensemble caractérise les composants à déterminer, et de plus contrôler les résultats obtenus. En outre, il y a grand avantage, au point de vue du temps consacré à l’analyse, à limiter autant que possible les quantités sur lesquelles on opère. Avec peu de matière, les réactions sont plus rapidement accomplies et surtout les opérations se trouvent considérablement abrégées : les volumes de liquide à filtrer sont plus faibles, les précipités sont peu abondants et se lavent en un temps plus court, les liqueurs sont plus promptement portées à l’ébullition, etc. Enfin, il est nécessaire de ménager la matière, afin d’être à même de recommencer lorsque, par suite d’un accident quelconque, les premières portions traitées se trouvent perdues.
1412. Matières organiques. — L’analyse qualitative des matières organiques présente des difficultés spéciales, qui doivent la faire laisser de côté par les commençants, du moins en tant qu’il s’agit de considérer la généralité des cas. Quelques acides organiques très répandus, se rencontrant fréquemment en combinaison avec les bases minérales, sont recherchés d’habitude en même temps que les acides minéraux qui salifient ces mêmes bases. Il en sera parlé plus loin, La question étant ainsi simplifiée par l’élimination des matières organiques en général, il n’est pas moins nécessaire de rechercher préalablement si la substance à analyser renferme des composants organiques, ces derniers ayant la propriété de masquer, dans un grand nombre de cas, les caractères des éléments minéraux.
Le moyen le plus simple de reconnaître la présence des corps organiques, consiste à cbautfer la matière dans un tube bouché (ti 1398), que l’on tient incliné. L’atmosphère se renouvelant peu dans le tube, les principes organiques détruits sont incomplètement brûlés, de telle sorte qu’un résidu de charbon donne à l’essai une couleur noire. 11 arrive en même temps que des produits organiques, de formation pyrogénée, distillent et se condensent