VINGT-HUITIÈME MANIPULATION
Dorer et argenter divers objets en cuivre, tels que capsules, creusets, spatules, etc.. Pratiquer successivement le dérochage et le décapage de ces objets, Vimmersion dans le bain d'or ou d'argent, et le dépôt galvanique de Vun ou de Vautre de ces deux métaux sur les surfaces cuivreuses.
Principe. — Le principe de cette manipulation est exactement le même que celui de la manipulation qui précède ; l'application seule diffère. Il s'agit ici de former un dépôt galvanique dans des conditions telles, que la couche métallique qui le constitue contracte une adhérence intime avec la surface sur laquelle elle s'est déposée, et qu'elle ne modifie d'ailleurs ni la forme, ni le contour de cette surface.
Un dépôt d'or ou d'argent présentant les conditions d'adhérence et de fmesse que nous venons de signaler est beaucoup plus difficile à obtenir que la couche de cuivre formée sur un moule galvanoplastique. Dans ce dernier cas en effet on n'a guère à s'inquiéter de l'énergie variable de la pile, les limites entre un
courant trop fort et un courant trop faible ayant toujours une certaine étendue. Au contraire ces mêmes limites sont assez restreintes, lorsqu'il s'agit de former un dépôt d'or ou d'argent, et ce n'est que par une étude approfondie qu'on parvient, dans l'un comme dans l'autre cas , à donner au courant le degré d'intensité qui convient au succès de l'opération.
Avant de connaître la décomposition des sels par la pile, on dorait les surfaces et on les argenlait au moyen du mercure. C'était là un procédé coûteux et insalubre. On le remplace aujourd'hui par le procédé galvanique, qui a subi depuis sa découverte de nombreux et utiles perfectionnements. La connaissance de ces perfectionnements importe au pharmacien lui-même comme à l'industriel, car en lui donnant le moyen de changer la nature métallique des vases et ustensiles qu'il emploie, tels que bassines, creusets, capsules, etc., elle lui permet de rendre leurs surfaces inoxidables à l'air et inattaquables même par les agents les plus énergiques.
Causes qui déterminent le dépôt électro-chimique. — Lorsque, dans une dissolution métallique quelconque, on vient à plonger un métal plus oxidable que celui qu'elle renferme, on sait qu'il s'opère une substitution par le simple effet des affinités chimiques. Le nouveau métal se substitua au premier dans la combinaison saline, et celui-ci se dépose le plus souvent à Tétat pulvérulent, mais quelquefois aussi sous forme de couche cohérente qui recouvre la surface du corps précipitant : ce dernier effet se remarque dans le cas d'une lame de fer plongée dans une dissolution de cuivre.
Dans un grand nombre d'opérations de ce genre, le dépôt observé provient du concours simultané de l'affinité chimique et des forces électriques. L'exemple le plus remarquable que l'on puisse citer à ce point de vue est celui qui se rapporte à Yétamage des épingles. Lorsqu'on jette un paquet d'épingles en cuivre ou en laiton dans une solution de protoxyde d'étain il ne se produit aucun effet sensible, quelle que soit d'ailleurs la durée de l'immersion. Mais vient-on à plonger dans la liqueur un fnigment d'étain métallique, en ayant soin qu'il touche une des épingles, on voit icette épingle et toutes celles qui sont en contact avec elle se re-
PROCÉDÉ ÉLECTROCHIMIQUE. 383
couvrir immédiatement d'une couche d'étàin. Il est évident qu'au moment où le fragment d'étain a été introduit, il s'est fomié un couple vollaïque qui a décomposé le sel d'élain dissous, et transporté son métal sur le cuivre des épingles.
Dorure et argenture par simple immersion. — De toutes les opérations qui ont pour bût de produire des dépôts adhérents, la dorure et l'argenture sont assurément celles qui ont le plus exercé la sagacité des inventeurs. On a cherché d'abord à pratiquer la dorure et l'argenture par simple immersion, c'est-à-dire au trempé. Le procédé consistait à plonger l'objet convenablement préparé djans un bain de chlorure d'or ou de nitrate d'argent aussi neutres que possible. L'opération était des plus simples; mais les résultats étaient peu satisfaisants : les dépôts obtenus étaient toujours très-minces et très-peu adhérents, quelque prolongée que fût l'immersion. C'est qu'en effet l'affinité chimique étant la seule cause détei-minante du dépôt, la décomposition du sel avait une limite nécessaire et devait s'arrêter au terme où la surface du mé- . tal précipitant était complètement recouverte par une pellicule, même très-mince, du métal précipité. L'effet obtenu était donc insuffisant dans la plupart des cas. Il résultait d'ailleurs d'expériences comparatives très-soignées, que la plus mauvaise dorure au mercure donnait encore des dépôts plus épais et plus adhérents que celle qui avait été pratiquée par le procédé de l'immersion dans les conditions les plus favorables.
Dorure et argenture par voie électrochimique, — On eut donc la pensée de recourir aux procédés électrochimiques. La pile offrait en effet ce double avantage , qu'elle rendait l'opération indépendante de l'oxydabilité comparée des deux métaux en présence, et qu'elle permettait à l'opérateur d'effectuer une décomposition Bans limites.
Dès 1828, De la Rive avait imaginé un appareil assez semblable à celui que nous avons décrit dans la manipulation précédente sous le nom d'appareil simple. L'objet à dorer, après avoir subi l'opération du décapage, était placé dans une dissolution trèsétendue de chlorure d'or aussi neutre que possible, renfermée dans une espèce de sac en baudruche ou en peau de vessie. Ce sac plongeait dans un bocal rempli d'eau acidulée, où se trouvait un
cylindre creux de zinc eatourant la vessie cylindrique. Dès qu*on établissait, au moyen d'un fil métallique, la communication entre le zinc et l'objet à dorer, on voyait celui-ci se recouvrir d'une couche jaune, brillante, et le dépôt continuait à se former aussi longtemps que l'opérateur le désirait, c'est-à-dire aussi longtemps qu'il laissait subsister la communication entre les deux électrodes.
Cet appareil simple pouvait en effet convenir toutes les fois que les pièces à doier étaient de très-petite dimension et que la couche d'or devait être très-mince. Mais dès que les pièces atteignaient un volume moyen et que le dépôt d'or devait acquérir une certaine épaisseur, le résultat n'était plus acceptable : V l'endosmose qui se produisait à travers la membrane déterminait le passage du zinc dans le bain d'or et altérait par suite la nature du dépôt formé ; S'* l'impossibilité d'obtenir une liqueur parfaitement neutre s'opposait à ce qu'on obtint une dorure suffisamment adhérente.
Perfectionnements apportés par MM. Elkinglon et de Ruolz. — Deux perfectionnements importants ont été introduits dans les procédés de dorure et d'argenture par MM. Elkington et de Ruolz. Ils peuvent se résumer en deux points essentiels :
l"" L'abandon des dissolutions de chlorure d'or et de nitrate d'argent jusque-là employées, et leur remplacement par des solutions présentant une réaction alcaline ;
2' L'emploi d'un appareil composé, substitué à l'appareil simple.
Le premier perfectionnement a été obtenu par M. de Ruolz, à la suite de nombreux essais faits sur les dissolutions d'or les plus variées. Ce chimiste a reconnu que les liquides qui donnaient les meilleurs résultats étaient : 4' le chlorure double d'or et de sodium dissous dans la potasse caustique; 2'' le chlorure d'or dissous dans le prussiate jaune de potasse, employé en excès; 3° le sulfure d'or dissous dans le sulfure de potassium.
En pratique on a généralement adopté les cyanures d'or ou d'argent dissous dans un excès de cyanure alcalin. Voici la composition des deux bains le plus ordinairement employés :
BAIN d'argent.
Cyanure d'argent 2 grammes.
Cyanure de potassium iO —
Eau distillée : 250 —