RECHERCHE DU SUCRE DANS LES URINES
une densité de 1 ,020, on peut reconnaître que, pour chaque millième dont s'accroît la densité, le poids du résidu sec par litre s'augmente de 2«^,187. Par conséquent, si l'urine en question atteint une densité de 1,050, elle laissera par litre un poids de résidu sec représenté par 43«',55 +(2,487 X 30) = 409«s16. Il est à remarquer, toutefois, que le sucre n'est pas la seule substance à laquelle il convienne de rapporter la densité observée.
La présence du sucre dans l'urine des diabétiques s'accuse ordinairement par la propriété qu'elle a de fermenter au contact de la levure de bière, et de réduire àl'ébuUition la liqueur deFehling. Ces caractères, cependant, n'ont pas le degré de certitude désirable, parce qu'on a observé que, dans le premier cas, une portion plus ou moins considérable de glucose se convertit en acide lactique, et que, dans le second, une partie de la liqueur cupropotassique est réduite par des principes étrangers au sucre, notamment par l'acide urique.
Lorsque la quantité de sucre est trop faible pour être décelée par l'un ou l'autre de ces deux procédés, on peut constater sa présence par la méthode suivante : on évapore au bain-marie quelques gouttes d'urine, et, après avoir arrosé le résidu avec l'acide sulfurique étendu de six fois son volume d'eau, on échauffe doucement : la masse ne tarde pas à noircir.
L'urine diabétique se reconnaît encore à la coloration brune qui se manifeste, lorsqu'après avoir placé une goutte de cette urine sur un morceau de mérinos blanc, trempé, plusieurs jours avant l'essai, dans une dissolution concentrée debichlorure d'étain, on chauffe l'étoffe au-dessus de quelques charbons.
Mais le moyen le plus rapide, et en même temps le plus certain de reconnaître la présence du sucre dans l'urine, consiste à introduire celle-ci dans le tube du saccharimètre, et à observer l'effet qu'elle produit sur la lame biquartz. L'égalité des teintes se maintient-elle, malgré l'interposition du tube? c'est que l'urine observée ne contient pas de sucre. Au contraire, les deux couleurs deviennent-elles tout à coup distinctes ? c'est que l'urine interposée renferme du glucose. Et ici, le résultat peut être affinné avec certitude, car le glucose est réellement la seule substance qui, dans une pareille urine, puisse modifier les plans de la lumière polarisée.
5i0 EXTRACTION DE LA MATIÈRE SUCRÉE DE L URINE.
Extraction de la matière sucrée. — Pour extraire le sucre de l'urine, on fait évaporer celle-ci au bain-marie, et on repreod le résidu par de Talcool à 70' qui dissout la matière sucrée. On décolore la liqueur par le noir animal, on la rapproche par évaporation jusqu'en consistance sirupeuse, et on la maintient pendant longtemps à une basse température. Le sucre se dépose en mamelons ; on le lave avec de Talcool absolu, et on le purifie par de nouvelles cristallisations.
On peut encore extraire le sucre par un autre procédé qui consiste à traiter l'urine par un excès de sous-acétate de plomb liquide. On filtre pour séparer le précipité formé , puis on se débarrasse de l'excès de sel de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré. La liqueur, filtrée de nouveau, et concentrée par évaporalion, abandonne à la longue des cristaux mamelonnés de matière sucrée.
Dosage par les moyens optiques. L Procédé du polarimèlre. — Le sucre qui existe dans l'urine des diabétiques ayant exactement le même pouvoir rotatoire que le sucre de fécule ou glucose dextrogyre, sa proportion devient facile à apprécier; car elle s'obtient par la formule générale p = j-^|~^, formule dans laquelle a représente la déviation angulaire, pour l'épaisseur l et pour la teinte sensible ; V le volume d'urine qui contient le poids p de matière sucrée, et [a] j le pouvoir rotatoire de cette matière sucrée, rapporté au rayon jaune.
La seule difficulté est de décolorer parfaitement l'urine, le résultat ne pouvant avoir la précision désirable qu'à la condition d'observer sous une grande épaisseur, et la grande épaisseur ayant pour effet d'exalter la faible coloration qui pourrait rester encore dans l'urine. Voici du reste le procédé opératoire :
1" On introduit 200 grammes d'urine dans un verre à pied, et on y fait tomber goutte à goutte du sous-acétate de plomb liquide, jusqu'à ce qu'une nouvelle addition de ce réactif ne produise plus le moindre précipité (1). On filtre alors, et on ajoute au liquide ainsi clarifié la moitié de son volume de noir animal lavé. La décoloration s'effectue d'une manière complète, et on obtient, après
(1) On peut admettre, sans erreur trop sensible, que le volume de rurinc n*apasèu modifié par ce traitement, car si, d*une part, l'addition du réactif tend à augrocn^r légèrement ce volume, d'autre part rélimination du précipité tend à le diminuer.
DOSAGE DU SUCRE DANS LES URINES. 54fl
cette seconde filtration, un liquide qui est tout à la fois limpide et incolore.
2« On remplit de ce liquide le long tube du polarimètre {tube de 5 décimètres)^ et on procède à l'observation :
Soit a la déviation angulaire qu'éprouve, dans cette condition, le plan de polarisation du rayon jaune; soit p le poids du sucre à pouvoir rolatoire -f- 53* qui se trouve dans 1000"* ou un litre d*urine, on a évidemment la relation :
formule dans laquelle tout est connu, à l'exception de j) qui se déduit ainsi avec une très-grande exactitude.
II. Procédé du saccharimètre. — L'emploi du saccharimètre exige, comme celui du polarimètre, que l'urine observée soit limpide et incolore : il faut donc commencer par lui faire subir le traitement que nous avons précédemment indiqué, au moyen du sous-acétate de plomb liquide et du charbon animal.
Le pouvoir rotatoire du sucre de diabètes étant à celui du sucre de canne comme 53* : 73* 8, ou comme 73 : 100, il en résulte que, pour produire le même effet que le sucre de canne, son poids doit être les ^ de celui de ce dernier sucre. Par conséquent, une rotation de 400 divisions sur l'échelle de l'instrument doit correspondre à 164«%71 X ^ ou à 225 grammes de glucose par litre, ce qui donne une proportion de 2®%25 pour chaque division du compensateur. Le procédé se réduit alors au mode opératoire suivant :
i"* Clarifier et décolorer l'urine que l'on veut observer en la ti-aitant alternativement par le sous-acétate de plomb liquide et par le charbon animal, ainsi qu'il a été dit pour le dosage par le polarimètre.
2'' Introduire le liquide clarifié et complètement décoloré dans le tube de 20 centimètres (i) du saccharimètre.
3"" Interposer le tube entre le polariseur et l'analyseur, à la
(1) Nous supposons ici que le sous-acélate de plomb n*a été ajouté qu*en quantité slrictement nécessaire, et que le volume de Turine n'a pas été modifié par ce traitement.