VINGT-CINQUIÈME MANIPULATION
Vérifier^ par expérience^ les lois de Faraday sur les décompositions électroly tiques. Déterminer ^ par la même voie, Véquiva lent et la constitution chimique des composés salins.
Les lois des décompositions électrolytiques, découvertes par Faraday dont elles portent le nom, ont été généralisées et confirmées par un grand nombre de physiciens, parmi lesquels il convient de citer les noms de Matteucci, de Daniell, de Becquerel, de d'Almeida, de Soret, etc. La vérification de ces lois constitue une manipulation doublement importante, et parce qu'elle met en évidence la relation d'énergie qui existe entre deux forces considérées longtemps comme absolument distinctes, et parce qu'elle conduit aux applications les plus utiles et les plus nombreuses.
1" loi. — L'action décomposante d'un courant, ou, ce qui est lamême chose, la puissance chimique qu'il possède, est exactement la même dans tous les points du circuit qu'il traverse, — Cette loi n'était pas évidente à priori. On pouvait bien admettre que, dans un circuit formé par un conducteur homogène, l'intensité du courant serait la même partout. Mais rien ne permettait de prévoir que, dans un circuit hétérogène, où figureraient des substances de nature très-diverse, inégalement électrolysables et inégalement résistantes, le courant se propagerait encore avec une vitesse uniforme, et avec une même puissance de décomposition à l'égard de toutes les substances traversées. Voici le moyen pratique qui permet de vérifier l'exactitude de cette proposition :
On prend quatre voltamètres différant les uns des autres tant par le degré d'acidité dé l'eau qu'ils renferment que par la forme et récartement de leurs électrodes, et on les introduit, simultané-
menty dans un même circuit formé par une pile de Bunsen de six éléments associés en tension (fig. 152).
FiG. 15i. — Pile de Bunsen de six éléments associt'* en tension.
Malgré la résistance fort inégale que ces quatre appareils opposent au passage du courant, on reconnaît que le degré d'activité électrolytique est absolument le même dans chacun d'eux; car, au bout du même temps, les quatre cloches négatives renferment exactement le même volume d'hydrogène (1). Ainsi, quelque nombreuses et quelque variées que soient les résistances apportées dans un circuit, si leur somme est insuffisante pour arrêter le courant, celui-ci passe encore, quoique très-aflfaibli. Mais, sans tenir compte de l'hétérogénéité des éléments qui composent le circuit, il conserve la régularité de son action primitive, marchant partout
Fig. 153. — Élément de Bunsen séparé.
(1) L*élémcnl de pile de Bunsen (fig. 153) se compose de deux vases concentriques : run, extérieur, V, qui peut être en verre, en porcelaine, ou en toute matière analogue; l'autre, intérieur, D, constitué par une terre poreuse que le courant traverse avec rapidité, mais qui ne livre que difficilement passage aux liquides. Dans le premier vase, on introduit un mélange d'eau et d'acide sulfurique, dans lequel on fait plonger un cylindre de zinc amalgamé Z; le second est rempli d'acide nitrique concentré, dans lequel plonge un cylindre de charbon de cornue G. Dès que le charbon et le zinc sont mis en relation, un courant s'établit à travers le vase poreux et les li-
BOIGNET. 22
338 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES.
avec la même vitesse, et décomposant la même quantité d'eau dans les voltamètres qu'il traverse (1).
Il est inutile d'ajouter que si les quatre voltamètres de l'expérience précédente, au lieu d'être introduits simultanément dans le circuit, ne s'y trouvaient introduits que successivement^de manière à former quatre expériences distinctes, les quantités d'hydrogène recueillies pendant le même temps ne seraient plus à beaucoup près les mêmes. C'est qu'en effet les quatre voltamètres étant trèsdifférents, quant à la résistance qu'ils apportent dans le circuit, le courant, en supposant qu'il ait originairement la même énergie, doit éprouver un affaiblissement fort inégal dans les quatre expériences successives, et décomposer, par suite, des quantités d'eau fort différentes.
2* loi. — La quantité de substance décomposée est proportionnelle à la quantité d'électricité qui passe dans un temps donné. — Cette loi se rapporte au cas où le circuit, au lieu d'être simple et de fournir une seule route au courant, se subdivise en deux ou plusieurs ramifications par lesquelles le courant peut se propager simultanément et dans le même sens. L'expérience montre que, en pareil cas, le courant se partage entre les circuits dérivés proportionnellement aux facilités que chacun d'eux fournit à son pas-
quides. Ce courant marche du zinc au cuivre dans le circuit intérieur, et du cuivre au zinc dans le circuit extérieur.
Lorsqu*on veut assembler plusieurs éléments en tension^ il suffit de faire communiquer le charbon du premier élément avec le zinc du second, le charbon du second
avec le zinc du troisième, et ainsi de suite Le charbon libre du dernier élément
représente le pôU positif de la pile, tandis que le zinc libre du premier élément représente le pôle négatif de cette môme pile.
(1) Cette égalité d'action chimique dans tous les points d*un circuit traversé par un courant se remarque encore quelle que soit la température de Tcau, quelle que soit la nature ou la proportion des matériaux salins qui s*y trouvent dissous, quelle que soit enfin la pression à laquelle elle se trouve soumise. On peut dire, en résumé, que quand un courant traverse un nombre indéfini d'électrolytes de nature et surtout de résistance très-diverses, il 8*y comporte comme il le ferait à travers un conducteur unique et parfaitement homogène qui offrirait, à lui seul, une résistance égale à la somme de toutes les résistances partielles apportées par ces électrolytes. Gomme conséquence de cette espèce de fusion ou d'équilibre qui s'établit entre toutes les résistances d'un circuit, il faut que le courant qui doit le parcourir le traverse partout ou soit partout arrêté. Dans l'expérience de vérification précédemment signalée, si run des voltamètres venait à offrir une résistance trop grande pour livrer passage au courant, rélectrolyse, rendue impossible dans ce voltamètre, ne pourrait s'effectuer i aucun degré dans les trois autres, encore bien que chacun d'eux, introduit séparément dans le même circuit, dût éprouver une décomposition manifeste et plus ou moins active.
sage. Par conséquent, si un courant, après avoir parcouru un conducteur unique, rencontre une bifurcation formée par deux fils d'un même métal , ayant même longueur et même section, il se partagera également entre ces deux fils; de sorte que, son intensité étant 1 dans le conducteur unique , elle sera | dans chacun des fils dérivés. Inversement, si les fils dérivés, qui propagent l'un et l'autre une moitié de courant, viennent à se réunir ^n un conducteur unique, représentant le circuit principal, le courant reprend, dans ce circuit principal, l'intensité i qu'il avait avant sa bifurcation .
L'exactitude de cette proposition a été démontrée au moyen de
FiG. i54. — Circuit comprenant une pile et quatre voltamètres, dont deux dans des courants dérivés
boussoles de sinus que l'on a placées dans les différents points d'un circuit subdivisé. Mais on peut la démontrer avec tout autant de certitude en faisant usage de voltamètres. Yoici la disposition de l'expérience :
On prend une pile de Bunsen de deux éléments, représentée en M (fig. 154). Au pôle positif p de cette pile on attache un fil conducteur qu'on relie d'abord avec un voltamètre à eau acidulée V, puis avec une borne de bifurcation 6. A celte borne se trouvent fixés deux fils /*/" constituant deux circuits dérivés dans lesquels on interpose deux nouveaux voltamètres v, v'. Ces fils étant formés du même métal, et ayant d'ailleurs même longueur et même section, opposent la même résistance au passage du courant, au moment
340 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES.
OÙ celui-ci se présente en 6. On dirige ensuite les deux fils vers une seconde borne b' qui sert d'origine à un fil unique c c' dans lequel on interpose un quatrième voltamètre Y ; puis on ferme complètement le circuit en reliant ce voltamètre V avec le pôle négatif n de la pile.
Voici, dès lors, ce qu'on remarque :
Si la somme des résistances opposées par les quatre voltamètres est insuffisante pour arrêter le courant, celui-ci passe; et il est facile de voir qu'il traverse toute l'étendue du circuit, car l'eau est décomposée partout. Mais, en comparant les quantités d'hydrogène dégagées dans les quatre appareils au bout du même temps, on reconnaît :
!• Que ces quantités sont égales entre elles dans les vases V etV;
S** Qu'elles sont encore égales entre elles dans les vases v et v\
3** Mais que les quantités d'hydrogène dégagées en v et v' ne représentent que la moitié de celles qui se sont dégagées en V et enV.
Ainsi, le courant s'étant partagé également entre f et /", l'expérience montre que sa puissance décomposante s'est trouvée réduite à moitié dans chacun de ces fils, ce qui est parfaitement conforme à l'énoncé de la loi.
En donnant à l'un des deux fils un diamètre plus petit ou une longueur plus grande, on augmenterait sa résistance par rapport à l'autre, et les quantités d'hydrogène recueillies en v et v' ne seraient plus égales. Mais on pourrait reconnaître qu'elles sont proportionnelles aux intensités i et i! des deux courants dérivés, mesurées comme précédemment à l'aide de deux boussoles de sinus. En tout cas, la somme des quantités d'hydrogène recueillies en v et en v' représenterait encore la moitié de celles qui auraient été recueillies en V et en V.
3* loi. — Quand un même courant traverse successivement plusieurs composés binaires de la forme AM , les poids des éléments séparés sont entre eux comme leurs équivalents chimiques, — Cette loi, qui est une des plus belles de la physique par le lien qu'elle établit entre les phénomènes électriques et les phénomènes chimiques, est en même temps une des plus générales que l'on
connaisse; car les exceptions qu'elle présente sont dues à des causes secondaires qui aujourd'hui s'expliquent facilement.
Dans l'expérience qui nous a servi à vérifier la première loi, c'est une même substance, l'eau acidulée, qui a été placée dans les quatre voltamètres, et ce sont les deux gaz constituants de l'eau, l'oxygène et l'hydrogène, qui ont été recueillis comme produits de l'électrolyse. Que serait-il arrivé, cependant, si les quatre voltamètres eussent renfermé des liquides de nature diverse, capables, comme l'eau acidulée elle-même, de livrer passage au courant?
S'il est vrai, comme le pensait Faraday, que le courant qui agit dans l'électrolyse ne soit que la force chimique mise en circulation et transportée intégralement d'un point à un autre ; s'il est vrai que cette force, agissant à distance, au lieu d'agir au contact, ne perde rien de son énergie, et que la puissance chimique du courant soit exactement la même dans chacun des points du circuit qu'il parcourt, la loi des équivalents électrochimiques en découle comme conséquence nécessaire et rigoureuse; car la même force, agissant partout avec la môme intensité, doit décomposer partout des quantités d'électrolytes absolument semblables, ou du moins équivalentes. C'est dans cet ordre d'idées que Faraday fut amené . à découvrir la loi qui porte son nom.
Pour donner plus de netteté à ses expériences et plus de certitude à ses conclusions, il essaya de décomposer des sels anhydres, rendus conducteurs par la simple fusion au feu. Le succès qu'il obtint avec divers chlorures, tels que ceux d'étain et de plomb (1), fut pour lui l'occasion de détruire un préjugé très-répandu parmi les physiciens, à savoir : que l'eau était indispensable dans les phénomènes de l'électrolyse; que les sels ne pouvaient être décomposés par la pile qu'à la condition d'être préalablement dissous, et
(1) A rétat solide, les composés salins, quels que soient d'ailleurs les métaux qui les constituent, sont tous de très-mauvais conducteurs de l'électricité. Mais lorsqu'ils sont rendus liquides, soit par l'action du feu, soit par celle d'un dissolvant, ils deviennent alors facilement perméables au courant et subissent toutes les conséquences de l'électrolyse. Dans le c<is du protochlorure d'étain, si, après avoir introduit ce sel absolument exempt d'eau dans un tube de verre et l'avoir fait fondre à Taide d'une douce chaleur, on le soumet, ainsi fondu, à Taction d'un courant, même peu intense, les éléments sont séparés et transportés, comme dans les décompositions électrolytiques ordinaires. Le chlore se porte au pâle positif, et l'étain se dépose sur l'électrode négative. L'intervention de l'eau n'est donc pas nécessaire pour que l'électrolyse se manifeste.
3i2 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES.
que la décomposition obtenue en pareil cas était un effet secondaire, purement chimiquey auquel l'action directe du courant ne prenait aucune part.
La décomposition du protochlorure d'étain ayant pu être obtenue en dehors du concours de l'eau, Faraday mit à profit cette décomposition pour vérifier ses conjectures sur la loi des équivalents électrochimiques, et voici l'expérience qu'il imagina :
Dans un même circuit formé par une pile de force ordinaire, il interposa, à la suite l'un de l'autre : !• un voltamètre à eau acidulée; 2* un tube rempli de protochlorure d'étain anhydre, maintenu à l'état de fusion par une lampe à alcool. Ce tube était disposé de façon à recevoir à sa partie supérieure un fil de platine par lequel entrait le courant, et à sa partie inférieure un second fil également en platine par lequel le même courant sortait du tube pour se diriger vers le voltamètre.
Le circuit étant complètement fermé, le courant traversa à la fois les deux électrolytes, et Faraday vit apparaître simultanément un dépôt d'étain sur l'électrode négative du tube, et un dégagement d'hydrogène dans la cloche négative du voltamèti'e. Lorsqu'il pensa que la décomposition avait été assez prolongée pour que ses produits fussent nettement appréciables, il interrompit le courant, puis il pesa avec soin le fil de platine recouvert d'étain, dont il avait déterminé le poids avant l'expérience. Cette pesée donna 3f',500 pour le poids de l'étain provenant de la décomposition. D'une autre part, le poids de l'hydrogène dégagé dans le voltamètre, déduit du volume que ce gaz occupait dans les conditions de l'expérience, s'est trouvé être de O^'jOSO.
Ainsi le même courant, ayant traversé simultanément et pendant le même temps les deux électrolytes soumis à son action, a séparé et transporté :
39%500 d'étain au pôle négatif du lube
O0%O59 d'hydrogène au pôle négatif du voltamètre.
Il est facile de voir, en représentant par 4 le poids de l'tiydrogène recueilli, que celui de l'étain devient 59, chiffre qui représente exactement l'équivalent chimique de ce métal.
Vers la même époque, Matteucci, pratiquant sur les oxysels anhydres l'expérience que Faraday venait de réaliser avec tant de
succès, arrivait au même résultat concernant les équivalents électrochimiques. Il constatait en outre, par des expériences comparatives faites sur le même sel fondu et dissous, que les produits de l'électrolyse étaient absolument les mêmes dans les deux cas, et que le poids du métal déposé était toujours celui qui correspondait à l'équivalent.
En s'appuyant aujourd'hui sur ces faits d'observation qui sont incontestables, on peut vérifier de la manière la plus simple et la plus certaine la troisième loi relative aux décompositions électrochimiques.
FiG. 155. — Appareil pour démontrer la troisième loi de Faraday sur les équivalents électro-chimiques.
Dans le circuit d'une pile de Bunsen formée de deux éléments P (fig. 155), on interpose :
1° Un voltamètre à eau acidulée, V;
2" Un tube contenant du protochlorure d'étain T, disposé comme celui de l'expérience de Faraday;
S** Quati^e vases à décomposition électrolytique, v, i;', v", v"', contenant à l'état de dissolution aqueuse concentrée, le premier du sulfate de cuivre, le second de l'acétate de plomb, le troisième du nitrate d'argent, le quatrième du sulfate de cadmium.
Deux électrodes plongent dans chacun de ces vases, et ces électrodes sont toutes constituées par des lames de platine bien décapées.
Après avoir relié les diverses parties de l'appareil comme l'indique la figure, on établit le courant en fermant le circuit. A Tins-
344 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES.
tant même l'action électrolytiqiie se manifeste, et elle s'exerce sur tous les points à la fois. On donne à Texpérience la durée nécessaire pour que les produits des divers électrolytes puissent être facilement appréciés; puis on arrête brusquement le courant. On mesure alors le volume de l'hydrogène dégagé dans le voltamètre; on lui fait subir toutes les corrections nécessaires, et on déduit le poids qui lui correspond.
On enlève ensuite les électrodes en platine avec les métaux qui les recouvrent; on les plonge pendant quelques instants dans l'eau distillée pour les laver, puis on les sèche rapidement avec du papier Joseph, et on les pèse. Cette première opération teiminée, on les immerge dans l'acide nitrique pur qui les débarrasse complètement de leurs dépôts métalliques; on les lave de nouveau, on les sèche et on les pèse. La différence entre les deux pesées donne, pour chaque électrode, le poids de métal qui s'y est déposé pendant l'opération (1) :
Voici maintenant la relation que l'on trouve entre les poids des différents métaux que le même courant a séparés de leurs dissolutions, et transportés sur l'électrode négative de chaque vase. En représentant par i le poids de l'hydrogène qui s'est dégagé dans le voltamètre, on a les nombres suivants :
Hydrogène 1
Cuivre 31,7
Plomb 104
Étain 59
Argent 108
Cadmium 56
Ces chiffres représentent précisément les équivalents chimiques des métaux mis en expérience.
On peut donc dire avec Faraday :
Que l'action chimique de l'électricité est définie ; Que la même quantité d'électricité, ou le même courant, décora-
(1) Pour arriver à de bons résultats, il est essentiel que les dépôts soient unis et parfaitement compactes. Sans cette condition, quelquefois difficile à réaliser, on ne pourrait essuyer les électrodes avec du papier Joseph sans courir le risque d*en entraîner quelque parcelle. La dessiccation ne serait plus alors ni assez rapide, ni assez parfaite, et les métaux pourraient s'altérer sous la double influence de Thumidité et de l'air.
pose des quantités chimiquement équivalentes de tous les corps qu'il traverse ;
D'où résulte que les poids des éléments séparés pendant le même temps sont tous entre eux comme les équivalents chimiques de ces éléments.
4' loi. — Le travail chimique intérieur qui engendre V électricité^ dans chaque coxcple d'une pile, est équivalent au travail chimique produit en un point quelconque du circuit extérieur. — Lorsque les deux pôles d'une pile en activité sont reliés l'un à l'autre par un fil conducteur, le courant engendré par la pile traverse en réalité la totalité du circuit, c'est-à-dire qu'il parcourt non-seulement le fil conjonctif qui lui est offert, mais la pile ellemême à laquelle se rattachent les deux extrémités de ce fil. On comprend dès lors qu'il doive exister une relation entre l'action chimique qui engendre le courant, et le pouvoir chimique qui appartient à ce même courant.
Soit un élément de pile foimé par un vase en verre contenant de l'eau acidulée dans laquelle plongent deux lames métalliques, l'une en zincZn, l'autre en cuivre Cu. Soit un voltamètre à décomposition chimique renfermant une solution concentrée de sulfate de cuivre dans laquelle plongent deux électrodes en platine : si l'on vient à relier ces deux appareils par un fil conducteur et à fermer complètement le circuit^ le courant passe à la fois dans la pile et dans le voltamètre.
Il marche : à rintérieur de la pile de Zn à Gu
— à Textérieur de la pile de Gu à Zn
Comme phénomènes concomitants on peut observer deux sortes de travaux chimiques : l'un qui s'accomplit dans la pile, et qui est la cause du courant : on lui donne le nom de travail intérieur; l'autre qui s'accomplit dans le voltamètre, et qui est la conséquence du courant : on lui donne le nom de travail extérieur. Le premier se mesure par le poids de zinc dissous dans la pile ; le second par le poids de cuivre déposé dans le voltamètre.
Or, quand on opère avec tout le soin convenable, on trouve que le travail intérieur et le travail extérieur sont chimiquement équivalents, c'est-à-dire que, pour 32,5 de zinc dissous dans l'élément
346 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES. *
de pile pendant un temps donné, on a toujours 31,7 de cuivre déposé dans le voltamètre pendant le même temps.
Soit maintenant une pile semblable à la précédente, mais comprenant quatre éléments au lieu d'un. Les autres conditions de Texpérience restant les mêmes, quelle va être, dans ce nouveau cas, la relation entre le cuivre déposé et le zinc dissous ?
Il est tout d'abord évident que l'action chimique, génératrice du courant, s'établissantà la fois dans quatre cellules, au lieu de s'établir dans une seule, la quantité de gaz dissous pendant le même temps sera quatre fois plus grande, et, par suite, le travail intérieur quatre fois plus considérable.
Mais le travail extérieur ou, ce qui est la même chose, le poids de cuivre séparé dans le voltamètre croîtra-t-il dans le même rapport, de telle sorte que sa quantité demeure chimiquement équivalente à celle du zinc dissous en totalité dans les quatre cellules ? L'expérience montre que cela n'a pas lieu. Elle nous apprend, il est vrai, que le travail extérieur est devenu plus actif ou, en d'autres termes, que la décomposition du sulfate de cuivre dans le voltamètre a marché avec plus de rapidité. Mais lorsqu'on compare, au bout du même temps, les deux travaux intérieur et extérieur, au point de vue des quantités pondérales qui leur correspondent, on reconnaît que le poids du cuivre déposé dans le voltamètre est équivalent au poids du zinc dissous dans une seule des cellules de la pile, ce qui est conforme à l'énoncé.
Pour rendre ce résultat plus net encore et plus concluant, on peut pratiquer l'opération suivante :
Deux flacons à trois tubulures ff (fig. 156) renferment dcFeau acidulée dans laquelle plongent, d'une part une lame de zinc amalgamé Zn, d'autre part une lame de platine Pt qui se trouve contenue dans un tube préalablement rempli d'eau acidulée. On comprend que chacun de ces flacons constitue à la fois une pile et un voltamètre; et si on réunit deux éléments semblables, comme l'indique la figure, on a une pile de deux éléments et un ensemble de deux voltamètres. On relie alors la lame de platine du flacon de droite avec l'un des fils d'un voltamètre ordinaire V, et la lame de zinc du flacon de gauche avec l'autre fil du même voltamètre. Le circuit étant ainsi complètement fermé, le courant le traverse dans
toute son étendue, et Thydrogène se dégage à la fois dans les deux éléments de pile f f et dans le voltamètre V.
Or si, au bout d'un certain temps, on vient à interrompre le courant et à comparer les quantités de gaz recueillies, on trouve que le volume d'hydrogène dégagé est exactement le même dans les trois cloches, et qu'en conséquence le travail extérieur accompli dans le voltamètre est égal au travail intérieur accompli dans une seule des cellules de la pile.
Si le voltamètre V, au lieu d'être un voltamètre ordinaire à eau acidulée, était un vase à décomposition électrolytique, renfermant une solution concentrée de sulfate de zinc, il serait facile de reconnaître que le poids de zinc dépensé à l'intérieur de la pile serait
FiG. 156. — Appareil pour démontrer l'équivalence entre le travail extérieur et le travail intérieur d'une pile.
deux fois plus considérable que celui du zinc réduit à l'extérieur de cette même pile.
Ainsi, pour décomposer un équivalent d'électrolyte dans le circuit extérieur d'une pile, il faut dépenser un équivalent de zinc dans chacun des couples de cette pile. 11 résulte de là cette conséquence singulière : que le travail extérieur d'une pile reste exac- .tementle même, quel que soit le nombre de couples dont elle est formée, puisque ce travail demeure toujours équivalent à celui qui s'accomplit dans un seul des couples. Mais il faut réfléchii; que ce travail extérieur, s'il reste en effet le même comme quantité^ devient à la fois plus actif et plus efficace : jilus actifs car il s'accomplit dans un espace de temps beaucoup moindre ; plus efficace^ car, grâce à ce surcroît d'activité, il peut triompher de certaines
348 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQUES.
résistances que le même travail, produit par une pile d'un seul élément, ne pourrait pas surmonter.
Circonstances qui s'opposent à une vérification absolue des lois de Faraday. — Quoiqu'on puisse considérer comme parfaitement établies les quatre lois dont nous venons de donner l'énoncé, il est des cas, cependant, et des cas assez nombreux, où elles paraissent démenties par l'observation. Trois causes principales interviennent pour modifier les résultats obtenus A'^La conductibilité physique des liquides; 2* V inégalité de la puissance chimique des pôles; 3* les actions secondaires dues aux éléments séparés.
4** Conductibilité physique des liquides. — Nous avons eu déjà l'occasion de nous occuper de cette question. En parlant, dans la manipulation précédente, de la transmission de l'électricité par les liquides, nous avons énuméré les expériences nombreuses et contradictoires qui avaient été faites en vue de savoir s'il existait, pour les liquides comme pour les métaux, une conductibilité physique proprement dite. Nous n'avons rien à ajouter à tout ce qui a été dit sur ce sujet. iMais, comme conséquence générale des résultats obtenus, on peut admettre que si les liquides que l'on soumet à l'action d'un courant peuvent transmettre une partie de ce courant par voie de conductibilité, sans éprouver de changement chimique dans leur composition, la quantité d'électricité ainsi transmise est toujours assez faible pour ne modifier que d'une manière insensible les lois de Faraday.
2' Inégalité dans la puissance chimique des pôles, — Supposons un vase séparé par une cloison poreuse en deux compartiments égaux, remplis Tun et l'autre d'une solution de sulfate de cuivre, et admettons que daas chacun des compartiments plonge une électrode en platine communiquant, l'une avec le pôle positif, l'autre avec le pôle négatif d'une pile en activité.
Dès que le circuit est fermé, le courant passe, et l'électrode nér gative se recouvre d'un dépôt de cuivre qui augmente progressivement..C'est là un résultat conforme à tout ce qui a été dit jusqu'ici. Mais, ce qui ne pouvait être prévu, c'est que tandis que la solution contenue dans le compartiment positif a conservé presque intégralement son degré de concentration et sa couleur, celle que renferme le compartiment négatif est notablement affaiblie et décolo-