COMPOSÉS RENFERMANT PLUS DE DEUX ÉQUIVALENTS
Maileucci, cependant, dès l'année 1839, parvenait à décomposer simultanément les deux composés Cu^Cl et CuCl, et il arrivait à cette conséquence que, pour 1 gramme d'hydrogène dégagé dans le voltamètre, les poids de cuivre sont :
63>%4 ou 2 équivalents, dans le cas du protochlorure. 31 ,7 ou 1 équivalent, dans le cas du bichlorure.
La même expérience, faite par Buffsur les deux chlorures fondus et anhydres, lui a fourni 35,5 de chlore au pôle positif de chacun des appareils.
Il semblait, d'après cela, que la loi de Faraday fût susceptible d'un autre énoncé dans son application à ces sortes d'électrolyse. Mais Matteucci ne put rien tirer de général de ses expériences; car le protochlorure d'antimoine Sb^GP, interposé dans le même circuit que les chlorures précédents, donna, pour le poids du dépôt métallique, un chiffre de beaucoup inférieur à celui que sa formule chimique semblait indiquer.
C'est à M. Edm. Becquerel qu'il était réservé de faire connaître la véritable action que le courant exerce sur les composés renfermant plus de deux équivalents. Après avoir constaté Texactitude des résultats obtenus sur les deux chlorures de cuivre, il fut assez heureux pour rectifier celui qu'avait fourni le chlorure d'antimoine, en montrant que la faiblesse du dépôt métallique tenait à une redissolution partielle que ce dépôt avait subie au contact du chlore séparé par le courant. Puis, ayant agrandi considérablement le champ de ses expériences, il reconnut, en opérant sur les sels de la nature la plus diverse, et en écartant soigneusement toutes les causes d'erreur, que, pour un équivalent d'eau décomposée dans le voltamètre, on trouvait toujours, à l'électrode positive du vase à décomposition, un équivalent de radical électronégatif (chlore, iode, brome, oxygène, etc.). Comme conséquence nécessaire, le métal recueilli sur l'électrode négative devait varier de poids selon la proportion relative des deux éléments ; et, dans le fait, l'expérience montra à M. Becquerel que la quantité de métal ainsi déposé était toujours et très-exactement celle qui, dans le composé soumis à l'essai, était unie à un équivalent de radical électronégatif.
BVIGNET. 23
854 DÉCOMPOSITIONS ÉLECTROLYTIQOËS.
Le tableau suivant indique le mode de décomposition pour cinq chlorures métalliques de formule chimique différente :
R Cl donne 1 équivalent Cl et 1 équivalent : Métal.
R'Cl — 1
RCl' — 1
eu..
R'Cl' — 1
R'Cl' - i
Métal.
Métal.
HéUl.
Métal.
Les iodures, les bromures et les oxydes se comportent comme les chlorures de composition analogue. Il en est de même encore des oxysels.
En interposant dans le même circuit deux solutions concentrées, Tune de protosulfate, l'autre de persulfate de fer, on aurait, de part et d'autre, le même poids de radical SO*. Mais pour 1 équivalent de fer recueilli au pôle négatif dans le cas du sel ferreux, 6n n'aurait que | d'équivalent du même métal recueilli au même pôle, dans le cas du sel ferrique.
De l'ensemble de tous ces faits, M. Edm. Becquerel croit pouvoir tirer celte conclusion générale : que dans Télectrolyse des (Composés chimiques, ce n'est pas le poids du métal déposé sur l'électrode négative qui donne la mesure de la force du courant, niais celui de l'élément électronégatif (oxygène, chlore, acide, etc.) qui se trouve séparé et transporté à l'électrode positive.
Pour vérifier cette conclusion dans la manipulation actuelle, on peut pratiquer avec tout le soin nécessaire l'opération suivante :
Dans un même circuit, formé par une pile de force moyenne, on introduit : 4" un vase contenant une solution concentrée de protoehlorure de cuivre; 2" un vase contenant- une solution également concentrée de bichlorure de cuivre ; 3" un voltamètre ordinaire à eau acidulée. Dès que le circuit est Complètement fermé, le courant passe à la fois dans le voltamètre et dans les deux solutions métalliques où plongent deux lames de platine faisant fonction d'électrodes. La décomposition électrolytique se manifeste donc en même temps dans les trois vases ; et quand on estime qu'elle a été suffisamment prolongée^ on arrête le bourant et on pèse les produits.