I. Examen microscopique du sang
L'étude microscopique du sang est nécessaire dans un grand nombre de circonstances où les indications fournies par la chimie seraient complètement insuffisantes pour en révéler la nature.
Le globule sanguin est l'élément caractéristique du sang. OnFy rencontre toujours, mais avec une forme et des dimensions qui varient selon les espèces animales d'où il provient. Le microscope, en donnant le moyen de voir les globules et d'en préciser les caractères, fournit donc un renseignement des plus précieux, non seulement sur la nature, mais aussi sur l'origine du liquide soumis à l'observation .
CLODULES ROUGES. 183
Uode d'obserwtion. — Lorsqu'on veut observer au mîcioscopi; \>: han-î d'un vertûbré, on pique une partie quelconque Je la peau tic t'aaiinal an moyen d'une aig:uille : il en sort une goutte de sang que l'on dépose sur la lame porte-olijel, et que l'on recouvre Unnii'diateraent avec un verre mince. On oliscrve ensuite dans les eondilînns les plus favorables, sous un (grossissement de -lOO diamètres au moins, et mieux de -451) à 550 diamètres, si l'observation porte sur le sang d'un mammifère ou d'un oiseau.
Quand le sang est normal, on peut apercevoir et distinguer nettement : 1' des globules loiiges en très-grand nombre, dont la
FiG. âffit. — Sang humain,
B et le diamètre se montrent invariables, au moins quand il Eagit de la même espèce animale {hématies); i' des globules ]ancs, semblables aux premiers quant à la forme el au dLnmëtre ' Ç[eucocy(es) ; 3° des corpuscules variables en nombre et en dimension (graisse, pigment); '%' des èliîments qui n'existent pas phyâiologiqucment sous forme figurée, mais qui apparaissent peu de ['^tPips après que le sang est sorti des vaisseaux oii il était contenu
r Globules roiujes. — Dans le sang humain, les globules rouges i présentent sous l'apparence de disques circulaires, biconcaves, kot UD diamètre de 0""" 007 à O'"» 008, qui ne varie que dans
EXAMEN DU SAKG.
des limites presque inappréciables. La figure 202 les représente vus de face en a, a, a, et de profil en b, by b. Leur épaisseur est de O^'^OOi. La concavité des deux faces est surtout accentuée dans les globules pénétrés d'oxygène, c'est-à-dire dans le sang artériel ; tandis qu'elle tend à s'effacer dans les globules du sang veineux. Ces éléments s'altèrent très-facilement : la moindre enporation, telle que celle qui se produit pendant qu'on dispose la goutte de sang entre les deux plaques de verre, suffit pour altérer leur forme et leur donner l'aspect crénelé représenté en f.
Les alcalis et les chlorures alcalins ramollissent les globules et les rendent diffluents. Les sels de soude, et particulièrement le sulfate, les consei^ent intacts, ou du moins ils n'y déterminent qu'un gonflement léger. L'eau pure a la propriété singulière de les
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FiG. 203. — Globules de sang humuin, observés sur un micromètre en centièmes
de millimètre.
déformer, de les rendre sphériques sans changer leur diamètre, et de les décolorer en prenant une teinte jaune. Les globules rouges, ainsi déformés et décolorés par l'eau, sont représentés en e, e, e. 11 faut donc se garder de diluer le sang avec de l'eau pure, lorsqu'on veut écarter les globules rouges en vue de rendre leur apparence plus distincte (1). L'acide acétique dissout les globules plus rapidement encore que l'eau pure.
Lorsque les globules rouges du sang se déposent librement dans le sérum, ils se groupent entre eux, de manière à former de petites piles dont on voit plusieurs spécimens en c, c, c. On peut observer ce phénomène dans une goutte de sang placée entre deux lames de verre, avec une certaine quantité de sérum.
(1) Pour diluer le sang et écarter les cléments trop nombreux qu*il renferme» on peut employer avec avantage du sérum sanguin privé de ses globules par la coagub' tion do la fibrine. Le blanc d'œuf, délayé dans cinq à dix fois son volume d'eau contenant A centièmes de chlorure de sodium, forme une sorte de sérum artificiel qui n'iltaque pas les éléments anatomiques comme Teau pure, et qui permet de les obsenrer dans leur état normal.
GIX)BULES BLANCS.
La figure â03 montre deux globules rouges de sang humain, observés au microscope, sur un micromètre en centièmes de millimètre, et on voit qu'ils occupent environ les 7 dixièmes d'une division, ce qui correspond à 7 millièmes de millimètre.
Dans le sang de grenouille (fig. 204) les globules sont elliptiques, et ont un diamètre qui atteint 22 millièmes de millimètre dans le sens de la longueur, et 13 millièmes de millimètre dans le sens de la lai*geur.
Les globules rouges du sang des vertébrés sont constitués, comme on sait, par une substance albuminoïde, désignée sous le nom de globulincy laquelle est imprégnée à' hémoglobine qui foitne à elle seule près des -^ du poids des principes fixes ; et ces principes fixes sont associés, dans les globules, à une quantité
ii^iliw II
Fig. soi. — Globules de sang de grenouille, observés au microscope sur un micromètre qui en donne la mesure.
d'eau qui s'élève au double et au triple de leur poids total. L'hémoglobine, lorsqu'elle s'altère, se dédouble en albumine et en une matière colorante qu'on appelle hématine. La combinaison de cette hématine avec l'acide acétique possède la propriété de cristalliser. Les cristaux, qui appartiennent au système rhombique, sont Irès-nets et peuvent être observés très-facilement avec un ^grossissement de 300 diamètres.
Globules blancs. — Les globules blanc? gf, g (fig. 202) sont >phériques et à contours très-nets. Leur diamètre est, en moyenne, le 0~008, et ne varie guère qu'entre 0'"",006 et 0'"",009. Observés lans un véhicule neutre, ils présentent un aspect granuleux et une ^loration d'un blanc d'argent caractéiistique. L'addition d'eau r fait appai*aitre un noyau de forme irrégulière, parfois double m multiple; l'addition d'acide acétique rend ces détails plus visibles encore. Les globules blancs ne sont nullement caractéris* iques du sang.
i86 EXAME^' »U SANG
Il est assez diflieile d'évaluer la proport ton numérique comparée des globules rouges et des globules blancs, ces deux élémenls tendant à se séparer dès que le sang esl sorti de la veine. Od estime, cependant, que dans le sang normal il y a environ ^ globules rouges contre 1 seul globule blanc. Ce rapport, qui rarie peu dans le sang physiologique, se modifie, au contraire, d'une manière considérable dans certains états pathologiques, où le nombre des globules blancs devient tel, que l'aflectioa qui les détermine est désignée précisément sous le nom de Leticocytose ou de Leucocylkémie.
Globules de graisse. — Ces globules viennent en grande partie du chyle, où ils sont versés en abondance pendant tout le temps de la digestion. Parfois ils sont en quantité si considérable, que le sémm prend une apparence laiteuse {sang blanc). Ces globules graisseux se reconnaissent aisément à leur forme sphérique, i
Frc. SUS — tilubulcs <i
leur coloration légèrement jaunâtre, à leur grande réfringence, i;t à leur solubilité dans l'étlier.
Globules de pigment. — Ces petits corpuscules, peu abondanu dans le sang normal, sont d'un rouge sombre, presque noiritre; ils se /ont remarquer par leur résistance aux réactifs. Ainsi l'eau et l'acide acétique, qui dissolvent les globules rouges, laissent intacts les corpuscules de pigment, ou ne les dissolvent que longtemps après les autres éléments.
Fibrine. — La fibrine, examinée au microscope avec un gnKstsEementde 250diamèlres, présente un lacis Irès-fln de fibrilles entrecroisées et anastomosées. Quand les globules ont eu le temps de se précipiter au fond du vase pondant la coagulation de li fibrine, celle-ci est pure et isolée ; dans le cas contraire, on trouvi* les globules irrégulièrement emprisonnés et enserrés dans ses mailles (fig. 205). Lorsqu'on obsen'e une goutte de sang un peu
FARINE DE BLÉ. i87
olumineuse, fraîchement exiraile par une piqûre, et placée ur le porte-objet (sans couvre-objet) on peut constater, outre 'empilement des globules dont nous avons déjà parlé, la coaguation spontanée de la fibrine. Elle se produit au bout de 10 à 20 ninutes, sous la forme de minces filaments incolores qui traversent le champ du microscope.
La réaction caractéristique de la fibrine s'obtient avec Tacide icélique : cet acide gonfle la fibrine, lui donne un aspect homogène ^t gélatineux, et finit par la dissoudre complètement. Le mucus, lans la même condition, se concrète de plus en plus. Les alcalis lissolvent complètement la fibrine, mais ils dissolvent aussi la nucine du mucus.
L'observation microscopique du sang présente un grand intérêt lu point de vue de la médecine légale. Elle a aussi une très-grande mportance au point de vue de la pathologie médicale; car elle permet de découvrir dans le sang des malades, soit une altération les éléments normaux, soit une augmentation numérique de queljucs-uns de ces éléments, soit enfin des éléments nouveaux.
Nous verrons, en parlant du spectroscope, qu'on a, dans les landes d'absorption auxquelles le sang donne lieu, un caractère louveau et très-important sur les propriétés optiques que ce iquide possède, suivant les circonstances variables où onTexaraine.
n. Examen microscopique des farines et des fécules.
Pour déterminer au microscope la forme et la dimension des prains de fécule, on commence par délayer quelques-uns de ces rrains dans de Teau distillée. Après avoir bien agité la dilution, )n en dépose une goutte sur le porte-objet que l'on recouvre ensuite avec la lame mince, en ayant soin qu'aucune portion d'air le reste interposée.
Farine de blé. — Si l'observation porte sur la farine de blé, on listingue aisément trois choses : 1° V amidon; 2° le gluten; 3' une juantité variable de pellicules de son.
L'amidon de la farine de blé (fig. 206) se présente sous forme de granules ovoïdes dans lesquels le hile et les couches concentriques sont à peine perceptibles. Si l'on touche ces granules avec une
FAHINES ET FÉCULES, solution de polasse caustique à 1,85 pour l'KI, ils réaistealel changent à peine de volume.
Pour mellrc en évidence le gluten, il suHil de faire gli«scr. allernativenient et en sens opposé, lalnme mince surleporte-objel. Le gluten apparaît alors sous la forme de Olamenls striés, È]titiques, irréguliers, entourant di!s grains d'araidon que l'iodo blenil tandis qu'il jaunit le gluten.
Quant aux pellicules de son, elles proviennent de la rupture lio péricarpe auquel adhèrent les deux enveloppes du grain avec les grandes cellules exli'rnes du périsperme sans fécule, ol quelqties
- Farine de bl*.
cellules placées au-dessous, renfermant des (;lobulcs d'amidon. U glulen et l'amidon sont surlout dans les cellutos venant au-dessotu de celles-ci.
La fécuh de pomme de terre (fig. 207) est en grains ovoldM comme la farine de blé ; mais ces grains onl un volume plus considérable ; le hile et les couches concentriques qui l'enlourrot sont beaucoup plus marqués. Si l'on observe au microscope un mélange de fai'ine de blé et de fécule de pomme de terre, il suffît de le toucher avec la solution de potasse caustique à 1,85 pourlW pour constater une dilTérence essentielle. Ainsi que mms Tarons dit, les grains de farine de blé résistent et changent à
PECULE DE POjmE MTËnnE.
IvolutDf; les giiiins de fécule de [lomiiir de Lpitp se jjonflenL
FlG. 307. — Félonie
kfOQlraire, cl devlenacnt quatre à cinq Tois plus gros (Og. '
tftddition de farines de céréales à la farine de blê est la fraude i difficile à découvrir au mici'oscopc. Cependant celles de
49b FARINES ET PÉCULES.
riz et do maïs se recoonaîssent facilement, l'amidon de ces deui céréales étant en granules polyédriques qui n'atleignent jamais le volume des grains de farine de blé.
La farine de châtaigne est en ^nules qui ont souvent la forme de pépins de raisin, et dont le diamètre excède rarement O"-,0âO.
Les grains de fêaile de sagou présentent une disposition particulière : ils sont ovoïdes, et sur un point de leur surlace courbe se trouve une très-lai^e facette, par laquelle chaque grain était soudé à un grain semblable. On remarque, en outre, au moini
FHti !09. — Farina des liguniineudes, vue au Liiïcrtiicoj>c
dans quelques-uns de ces grains, qu'il existe une cavité mtèrieur<> au point où correspond to bile. Le diamètre est compris entre 0'"",030 et 0™,080.
Le tapioca présente dans les grains de sa fécule, la disposition en facettes qui se remarque dans le sagou. Mais le diamètre de'ces grains est plus petit et compris entre 0'"'",0I0 et O^.OiO.
Les farines des légumineuses (fig, 20!l) sont formées de grains symétriques et se rapprochent, par l'apparence, des grains de café, dont la face plane serait un peu bombée. Le bile est trèsmarqué, et correspond duns les jeunes grains, h un bourrelet
FARINES DES LÉGUMINEUSES. -iOf
OU à un enfoncement. Ce hile devient lumineux ou foncé, quand on élève ou qu'on abaisse le microscope, à cause de la réfringencede la substance qui le forme.
Pour tout ce qui concerne les caractères microscopiques des diverses espèces de fécules, on pourra consulter avec fruit Texcellent ouvrage de M. Coulier, intitulé : Manuel du microscope:.
in APPLICATIONS
QUATRIÈME SECTION